Destination finale

il y a
1 min
167
lectures
36
Finaliste
Jury

"Wherever I am, if I've got a book with me, I have a place I can go and be happy", J.K. Rowling. J'adore lire, mais depuis peu, je me consacre énormément à l'écriture. J'aime embarquer le lecteu  [+]

Image de 2016
Image de Très très courts
-Quand est-ce qu’on arrive maman ? dit le petit Simon en tirant sur la jupe de sa mère.
-Pas encore mon chéri, répondit sa mère avec un faible sourire, il va falloir être patient, la route est longue.
-J’en ai marre maman, on est trop serrés et ça sent mauvais ici.
-Je sais mon lapin, mais il faut que tu sois courageux d’accord ?
Le petit garçon hocha la tête.
-Il est où papa ? demanda-t-il après un moment.
-Il nous rejoint là-bas.
-Pourquoi il y a plein de gens autour de nous ? Ils m’écrasent maman ! J’ai du mal à respirer.
Sa mère ne répondit rien. Elle avait les larmes aux yeux et s’efforçait de les cacher pour ne pas transformer la détresse de son fils en véritable terreur. Cela faisait des heures qu’ils étaient dans ce train bondé, on les avait chargés et entassés comme des animaux. La route était longue pour Simon qui n’en supportait pas les conditions, mais bien trop court pour sa mère qui savait que celles de leur destination seraient encore pires.


-On va où maman ?
Aïe... La femme se pinça les lèvres. Elle redoutait cette question, même si elle savait bien qu’elle ne pourrait pas l’éviter indéfiniment. Elle pouvait détourner l’attention de son fils pendant quelques temps, mais il ne se laisserait bientôt plus satisfaire par le « tu verras mon chéri ». Mais à quoi bon lui dire la vérité ? Il ne comprendrait pas. Les enfants de cet âge ne se rendent pas compte que l’humanité n’a en fait rien d’humaine.
-Pourquoi y a pas de fenêtre dans le train maman ?
-Je ne sais pas mon bonhomme.
-C’est encore long ? Je suis fatigué !
A cet instant, le train freina et finit par s’arrêter. Le sang de la femme se glaça dans ses veines. Elle attrapa la main de son fils et ne la lâcha plus. Elle était bien décidé à le protéger aussi longtemps qu’elle le pourrait, même si elle savait qu’elle n’était pas de taille à stopper la machine de guerre allemande. On les fit descendre du train. On leur hurlait des ordres et on les bousculait en tous sens. On entendait des cris et des pleurs.
-Qu’est-ce qui se passe maman ? C’est qui eux ? Et il est où papa ?
La jeune femme entendit la voix de Simon trembler. Des larmes roulèrent sur ses joues sans qu’elle ne puisse les arrêter. Alors, elle détourna la tête et regarda en arrière. Elle vit les kilomètres de rails parfaitement alignés qui s’étalaient à perte de vue. Ils traçaient la route qui les avait amenés ici, elle et son fils. Ils traçaient la route qui les mènerait à leur destination finale. Devant eux, le camp de la mort. A l’entrée, cette inscription : « Arbeit macht frei ».
36

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,