Désincarnation

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Artiste polymorphe, j'opère sur internet depuis quelque années, créant au gré de mes envies, diverses formes esthétisantes : musique, collage, poésie,littérature,photo,vidéo le tout trouvable  [+]

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L’impact des gouttes sur le métal... ce clapotis arythmique me servait de repère au coeur des ténèbres, je tendais l'oreille pour m'en rapprocher. Il n'y avait plus d'autres sons auxquels se raccrocher... Le tunnel où je me trouvais était pourtant étroit, mon souffle aurait dû lui même m'oppresser, toutefois sans que je ne parvienne à me l'expliquer, il restait régulier, totalement en décalage avec mes réflexions, comme s'il était émis par un autre que moi... à l'intérieur, mes pensées s'entrechoquaient, projetaient mille terreurs dans mon réseau synaptique... Des heures (des jours ?) où j'avançais en rampant dans ce souterrain inconnu, où nul son n'avait jamais retenti jusqu'à ce que l'eau tinte au loin. Ce pulsar dissonant m'avait donné un but, une direction, une échappatoire au néant. Je m'imaginais l'eau suinter, la pluie tomber, une canalisation fuire, tout plutôt que le vide assourdissant... Comment tout cela avait-il commencé ? Rien ne me venait, simplement j'avançais depuis des jours, sous terre, l'argile plein la bouche, et pourtant je n'étouffais pas... Peut-être était aussi la promesse de l'eau, mais la soif n'était plus qu'un concept abstrait, un vague souvenir d'autrefois... Non, c'était ce son, ce bruit qui m'obsédait. Cette vibration qui devenait tangible en moi, à mesure que j'avançais vers elle... M'étais-je, depuis le début de cette nouvelle vie, déjà senti aussi vivant, y'avait-il eu un avant ? Peut-être... Une impression terrible, comme si je n'étais plus totalement moi, mais une séparation... Des griffes, des mâchoires broient dans le noir, et je me retrouve en plusieurs morceaux... certains d'entre eux n'existent plus... Mais je ne sais plus ce que j'étais, ça ne devait pas être si différent, peut-être suis-je en train de fuir depuis si longtemps, que j'en ai oublié la raison... Je ne dors plus, je n'en éprouve plus le besoin, j'avance seulement vers le bruit qui a attiré mon attention... Je me rapproche si lentement qu'il me semble qu'un millimètre dure une vie... Il me tarde de savoir si l'eau m'éveillera à autre chose, si elle justifiera cette existence dont le sens profond m'échappe encore... Si lente est ma progression que je pourrais encore rêver mille vies avant d'y arriver. Mais les images de mon passé se dérobent peu à peu, elles s'étiolent, disparaissent, je n'ai plus que se son auquel me raccrocher, ce clapotis étrange, qui résonne dans le noir... Mais comment puis je l'entendre et d'ailleurs qu'est-ce « qu'entendre » ? Qu'est-ce que « voir » ? Qu'est-ce que « sentir » ? Toutes ces choses me paraissent bien étranges... Mais toujours j'avance, rampe... Il me semble que c'est ce que j'ai décidé, mais en suis-je bien certain ? Être ? Suis-je ? Que fais-je ? Mais c'est plus fort que moi... La terre, ce goût devient vital, la pierre, la poussière, tout est Un à présent... Mais alors que le son se rapproche, et qu'il n'est plus du tout un son, mais le relent d'un ancien monde, où je pouvais distinguer mille et une couleurs simplement par l'ouïe, je comprends que je n'en dispose plus, ce son qui résonne est le passé. Le dernier moment avant que je ne devienne ceci, cet être nouveau... Je l'ai été, m'en suis souvenu, puis j'ai été séparé par quelque chose, et ce choc m'a ramené à l'ancien moi. Maintenant, je suis de nouveau Un, et j'avance sans peur dans les ténèbres. Je n'ai pas souvenir des couleurs, ni des sons, ni des sens, seul le goût de la terre m'emplit... mais alors je me découvre entier, comprenant simultanément que plus jamais je n'y penserais, qu'à présent, ni le temps, ni la peur, plus rien n'aura d'importance que le mouvement de mon corps qui rampe, et le goût de la terre en moi... Alors je découvre l'origine du son en tombant dans la fosse que le poison a creusée en tuant la terre que je nourris en mangeant. Et alors que s'éteint en moi la conscience d'être, mon corps se dissous à son tour.

Puis la Lumière... La Roue... Le Perpétuel Renouveau.


Marcherais-je ? Ramperais-je ? Nagerais-je ? Resterais-je stoïque, simplement mu par le désir de m'élever vers les cieux ?

Il ne m'appartient pas de décider.

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Arlo G · il y a
A L'AIR DU TEMPS d' Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.
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SakimaRomane · il y a
Original et surprenant :)
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Patrick Peronne · il y a
Un texte dont l'originalité et l'univers poético fantastique offre davantage l'occasion de "voyager" et de se questionner que de frissonner... mais cela reste une fort agréable lecture. Je vote. Mon Court et Noir (plus prosaïque) est à votre disposition... avant mon prochain karma :-)
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Jean Nascien · il y a
Belle page de prose poétique. Je vous attribue trois votes, et vous souhaite d'écrire encore d'aussi jolis textes.
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FredBreizh56 · il y a
"La Vie après la Mort" et ou "La Mort après Vie" ??? Va Savoir ??? Athée je vous donne "ma voix"
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Violaine Biaux · il y a
Texte surprenant, intéressant et qui nous interpelle (quelque part...). Nouvelle surprenante que je soutiens!
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Fleur · il y a
Désincarnation, ou crise existentielle.
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J.H. Keurk · il y a
L'éternelle question : que sommes-nous, qui sommes-nous, où allons-nous ? Après notre dernier voyage, aurons-nous vraiment la réponse ? Mes votes pour cet aller qui interpelle...
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Arlo G · il y a
Très original et qui nous laisse sans réponse aux questions posées. Les votes d'Arlo qui vous invite à découvrir son dernier poème " à l'air du temps" en lice prix été poésie. Bonne journée à vous.