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Crispé, tiré vers le nœud qui me serre la poitrine, mon sourire n’est plus rien qu’un rictus que je distribue au gré des amis que je croise sans vraiment les voir. Je me sens comme une zombie, la tête vide, le cerveau obscurci par la seule pensée qui l'occupe : lui, moi, moi et lui, nous deux. Mon cœur saigne et je refoule à peine les larmes qui tentent à nouveau de m’envahir. Brutales, sans pitié, elles me harcèlent jour et nuit, compagnes insatisfaites de mes nuits d'insomnie.
Hier tout était si beau, si simple, si facile. Hier j'avais le cœur à chanter, à hurler mon plaisir et ma joie. Hier j'aurais voulu que le monde entier sache que j'étais jeune à nouveau, enthousiaste et pleine de vie. Hier je le trouvais si merveilleux, si aimant et plein d'attentions. Je voyais ses yeux briller pour moi, je vivais par son regard. J'étais si bien, sereine, sûre de moi.
Son regard s'est détourné trop vite, fanant ma beauté, brisant mon cœur et me noyant dans une tristesse sans fond. Je ne suis plus rien, plus personne. Il m'arrive parfois d'errer au long des rues avec l'espoir de le croiser, de remarquer un tressaillement lorsqu'il m'apercevra. J’espère un sourire ou un geste me laissant croire qu'il ne m'a pas oubliée, que cet éloignement n'est qu'une incompréhension, un accident, une maladresse. Je rêve à cet instant, au moment où il se précipitera vers moi, les larmes aux yeux, le cœur battant la chamade. Lorsque j'y songe, mes bras s'ouvrent, les pleurs inondent mon visage de leur eau amère, et la boule dans ma poitrine m'oppresse. Elle me rappelle que ce n’est qu'un rêve, un espoir que je garde en mon sein, un espoir trop ténu et trop douloureux.
Comment oublier ces instants, celui de la surprise et du choc de la première rencontre, celui de nos regards, des timides sourires esquissés alors que nos cœurs s'embrasaient comme ceux de deux adolescents subjugués par des sentiments inconnus et brûlants ?
Mystère des passions, mystères éternels de la vie, comment oublier les hésitations, la timidité émue de nos premiers échanges puis nos étreintes folles, la rencontre de deux corps qui se découvrent dans une émotion unique et partagée ? D’où nous viennent ces feux, ces flammes qui nous brûlent et nous projettent hors du monde en quelques instants ? Qui éclairent le monde d’une autre lumière et le font soudain rayonner autour de nous alors qu’il paraissait si terne et sans intérêt ?
Il ne m’a pas laissé le temps de m’habituer à cette lumière, à ce monde nouveau, à ces sentiments que le temps aurait affadis. Le temps des souffrances est arrivé trop vite, m’a frappée en pleine allégresse, me laissant cette plaie béante qui ne se refermera peut-être jamais. Je suis une âme en peine à la recherche de la lumière.
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Pelicorne · il y a
Bravo Jean-Paul,
Texte poignant, criant de vérité. Tout le monde a, un jour, ressenti ce désespoir. Heureusement, la lumière existe, il ne faut jamais baisser les bras. Point de vue d'une femme, c'est plutôt bien retranscrit quand aux sentiments, et quand on a un grand cœur... il suffit de le laisser parler. Amitiés. Christine

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Jean-Paul Robert · il y a
Merci pour ce commentaire, Christine. Ce n'est pas toujours facile de se mettre dans la tête de quelqu'un. J'ai essayé...
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Jean-Paul Robert · il y a
Merci pour cette appréciation, ce n'est pas toujours si simple de se mettre dans la tête de quelqu'un...
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Janine Gillet · il y a
Trés bien... ça n'a certainement été facile de se mettre à la place d'une femme..
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Jean-Paul Robert · il y a
Finalement je me demande si nous n'avons pas à peu près les mêmes réactions. Un peu différentes, certes, mais le fond doit bien être à peu près le même... Et il faut que j'apprenne à décrire des choses et des comportements qui me sont un peu externes.
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Loky · il y a
Beau texte ! N'est-il pas difficile de se glisser dans la peau du femme ?
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Jean-Paul Robert · il y a
Si. Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais j'ai essayé de me mettre au moins dans sa tête.
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