251 lectures

121

Qualifié

Je cheminais dans l'air frais du soir, posant un œil curieux sur les choses de ce monde.

Le chant des corbeaux conférait au crépuscule de ce premier jour d'automne des profondeurs de caveau, des ombres brillantes, des légèretés sépulcrales : ma joie de sybarite ténébreux était à son comble.

Au loin, à l'horizon, dans les nues, des promesses de fêtes sanguines et de rêves lourds.

Partout autour de moi dans ce paysage sinistre et apaisant, l'espace, la solitude, la brume, l'âpreté...

Une sorte de cloître naturel. C'est à dire une forme d'immensité.

L'heure du couchant comme un voyage étrange de la clarté à la nuit.

Dans cette ambiance à la fois sereine et cafardeuse, pesante et irréelle, austère et onirique, un ciel en mon être s'éveillait et désirait des océans, des montagnes, des orages, des vertiges et du fracas, de la flamme et de l'écume, du roc et de la lumière !

Les oiseaux noirs au-dessus de ma tête arboraient des ailes éclatantes et leurs cris rauques m'enchantaient.

Plongé dans ce décor dense et obscur propice aux ivresses de l'âme, ma vue intérieure s'élargissait. Des portes impalpables s'ouvraient, des fenêtres invisibles apparaissaient, des astres nouveaux s'allumaient...

Il me suffisait de marcher entre ces champs boueux, sur cette route perdue, dans cette campagne désolée pour me sentir voler et me retrouver très haut. De là, rien à mes yeux ne semblait vain : ni le sommet ni le gouffre, ni la ronce ni la fleur, ni le terne ni le lustre, pas plus la cendre que l'étincelle.

Tout dans la Création reflétait la gloire. Que ce soit de la nécessité la plus brute au superflu le plus gratuit. Je comprenais cela depuis mon regard neuf, entre le sol et l'infini.

Je devinais que tout avait sa place sur Terre et dans le reste de l'Univers, du majeur au mineur, de la goutte de pluie au grain de sable, de l'étoile à la glace et de la rose au purin.

Alors émerveillé et interrogateur, je poursuivais mon chemin dans l'obscurité naissante, le pas alerte, le cœur battant, adressant des pensées mystérieuses –ou des prières sans fin, des feux sans mesure – aux cailloux, aux herbes, au vent, à ces créatures aux plumes de deuil croassant avec mélancolie derrière moi, là-bas dans le lointain...

PRIX

Image de Été 2019
121

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Alain.Mas
Alain.Mas · il y a
Il me semble qu'il y a eu une révélation dans ce poéme . Très beau.. Si vous souhaitez lire Un de mes poèmes, j'ai la Bretagne bleue sur ce site.merci
·
Image de Samia.mbodong
Samia.mbodong · il y a
Ce texte est un poème avec des phrases remarquables,
Je vois cela comme un éveil de la conscience
Bravo et merci je soutiens.

·
Image de Loodmer
Loodmer · il y a
Une prose qui vaut bien des poèmes. D'une tristesse infinie
·
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Une belle envolée lyriques sur la beaté des choses ! Bravo, Raphaël ! Vous avez mes cinq voix !
Je vous invite à lire mon sonnet "Spectacle nocturne" en finale printemps :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Bonne journée à vous.

·
Image de Cathy Grejacz
Cathy Grejacz · il y a
Une bonne histoire
Bonne route
Je vote
À bientôt peut-être sur ma page

·
Image de Marie Guzman
Marie Guzman · il y a
pas plus la cendre que l'étincelle ****
le rythme de ce texte est particulièrement remarquable et le lyrisme subtil
de la chair à la goutte d'eau tout peut émerveiller

·
Image de michel jarrié
michel jarrié · il y a
Pas trop lecteur non plus, aussi je vote et c'est tout.
·
Image de jc jr
jc jr · il y a
Je me suis vu revenu à la fin du roman de JC Grangé " le concile de pierre". Très bel imaginaire. Mes voix et bienvenue sur ma page quand vous le voulez.
·
Image de Patrick Peronne
Patrick Peronne · il y a
Une poétique et une mystique qui font penser à des expériences comme celle d'E.E Schmitt dans - La nuit de feu -... mais pas que...
·
Image de Sylvie Detain
Sylvie Detain · il y a
très beau
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

Du même thème

TRÈS TRÈS COURTS

Autour de l’étang, des voix. Un brouhaha léger comme un rideau de pluie. Les conversations des hommes. En petits groupes, alignés sur la rive. Bras croisés pour les uns, mains s’agitant ...