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Des étoiles à midi

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Henri Massol

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Léo venait de terminer son match de basket avec les Benjamins, mais il était resté au gymnase pour voir jouer les Cadettes. Ca lui plaisait – il ne savait trop pourquoi – de voir s’élancer et bondir ces grandes filles. Leurs jambes fines et nues, leur poitrine qui tressautait au moindre mouvement et ces effluves animales quand elles couraient près de lui : tout cela le fascinait et lui réchauffait le corps.
Il aperçut soudain Eric, un garçon de son âge qui cherchait toujours querelle. Léo recula dans un coin, derrière les tapis de gymnastique. C’était un garçon calme, Léo ; il était costaud, mais il n’aimait pas les disputes. Eric approchait, alors il recula encore et se trouva acculé à une porte. L’arbitre siffla la fin du match. Les filles sautèrent de joie : « On a gagné ! On a gagné ! » et se dirigèrent vers lui. Il n’eut d’autre alternative que d’entrebâiller cette porte, courir au fond de la pièce à travers la pénombre et se cacher dans une armoire métallique. Il tira le battant vers lui sans pouvoir le fermer complètement. Il faisait chaud là-dedans.

Les huit filles entrèrent en riant à gorge déployée et une lumière crue éclata dans le vestiaire quand les néons s’éclairèrent. Aussitôt déchaussées, les socquettes et les maillots tombèrent au sol dans un souffle feutré. Puis les shorts, les soutiens-gorge et les petites culottes les rejoignirent, baignés de sueur. Il émanait de cet amas de cotonnade féminine une envoutante touffeur féline qui arrivait par vagues puissantes aux narines de Léo. Les filles passaient maintenant sous la douche en jacassant, insouciantes de leur nudité. Elles gigotaient et caquetaient de plaisir en s’aspergeant d’eau fumante, têtes et bras rejetés en arrière, yeux fermés, bustes et jambes tendus. A travers la vapeur, Léo discernait leurs merveilleuses ondulations. Le liquide, bouillonnant en cascades sur leur corps, les nimbait d’un éclat merveilleux et accentuait la tendre carnation de leurs arrondis. Les poitrines étaient exquises, trépidantes, offertes comme des fruits – pommes, poires, abricots, melons – qui ne demandaient qu’à être cueillis et aspirés goulûment: des gorges superbes, fermes et souples à la fois, frémissant sous les menottes encore immatures qui les pelotaient d’eau savonneuse. Les croupes, blanches et d’une rondeur à couper le souffle, se trémoussaient en étincelant sous l’effleurement des doigts. Les mains glissaient sur les corps ruisselants comme des serpents avides, saisissaient ici un sein renflé, mâchonnaient là une fesse plantureuse, rebondissaient en claquant sur les ventres palpitants et lisses, puis s’insinuaient vers un repli mystérieux devant lequel glougloutait un triangle de mousse onctueuse. Léo dut se retenir pour ne pas sombrer de plaisir. Des piaillements aigus résonnaient dans cette lumière éthérée et moite, accompagnant le gazouillis de l’eau. Cette scène le gonflait de plaisir et ces exhalaisons lui donnaient le vertige.
L’essuyage fut un spectacle encore plus voluptueux tant les filles étaient minutieuses : les bouches haletaient, les bras s’agitaient, les jambes se relevaient, les serviettes voletaient, cachaient et découvraient les anatomies puis s’engouffraient dans les moindres recoins, saturant l’air humide d’autres fragrances capiteuses que Léo reniflait à plein nez.
Une fille, dos tourné, se plia en deux pour ramasser ses affaires, exposant à Léo sa plus profonde intimité. Et soudain Léo comprit le sens de la vie : son origine était là, exhibée devant lui ; l’amour, la haine, la guerre, la paix, les religions, les drogues, la science, la conquête, toute l’Histoire du monde était résumée dans ce lumineux sillon juteux. Pénétrer le secret de ce sillon, c’était pénétrer les mystères de la Création. Il dut fermer les yeux pour ne pas exploser.

Les filles parties, Léo attendit un peu et se faufila sans bruit vers la sortie. Les Séniors jouaient maintenant, mais ça ne l’intéressait plus. Il quitta le gymnase. Midi venait de sonner. Dans les arbres babillait une kyrielle d’oiseaux; le sol était tapissé jusqu’à l’horizon de fleurs multicolores ; autour de lui voletait une flopée de papillons aux couleurs chatoyantes et là-haut dans le ciel, malgré le soleil flamboyant, scintillaient des milliers d’étoiles. Il avait envie de revoir Eric, pour lui casser la figure ou pour lui dire merci. « A quoi bon raconter tout ça ? On me traitera de menteur ou bien on dira que j’ai rêvé ». Mais il n’avait pas rêvé, la preuve, cette petite socquette oubliée qu’il avait ramassée avant de s’enfuir et qu’il respirait maintenant à pleins poumons en souriant, yeux au ciel, enivré par cette odeur lascive qui lui ouvrait les portes de la vie.
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Patrick Gibon · il y a
l'Origine du monde version ados, érotisme frémissant, voyeur sacrément, oulalà heureusement que c'est joyeux!
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Elena Hristova · il y a
Quel spectacle savoureux vous nous offrez là Henri, à déguster sans modération. Vos phrases s'offrent à nous dans toute leur nudité suave et joyeuse.
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Keith Simmonds · il y a
Agréable à lire ! Mon vote ! Vous avez voté une première fois pour “Lumière d’Amour” qui est maintenant en Finale. Je vous invite à revenir vous imbiber de cette même lumière qui vous sera peut=être bénéfique. Merci d’avance !
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Dolotarasse · il y a
Cela fourmille dans le vestiaire des filles. Un quart-temps savoureux pour Léo.
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Vrac · il y a
Sacré fantasme : l'Origine du monde au vestiaire du gymnase
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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Philippe. Je relis avec plaisir votre sympathique TTC.
Vous avez soutenu mon verglas. Il est en finale J-1. Le soutiendrez-vous encore : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/verglas Merci d'avance !

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Jean Calbrix · il y a
Bravo, Philippe, pour cette découverte du sens de la vie dans un style alerte et savoureux. Eros à la noce ! Vous avez mon vote.
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M. Iraje · il y a
Une chaude ambiance sensuelle dans ces douches .... Et des émois d'adolescent joliment interprêtés.
( De mon côté, c'est à la découverte des paysages isèrois que je t'invite à présent ☺☺☺ http://short-edition.com/oeuvre/poetik/d-isere-a-aujourd-hui)

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Philippe Clavel · il y a
J'ai bien aimé ce texte gentiment érotique , et me demande pourquoi vous ne l'avez pas posté pour le concours en cours "Livres en Tête" organisé par Short Edition, rubrique "bordel ambiant"... Il aurait pu y faire son petit bonhomme de chemin
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Henri Massol · il y a
Bonsoir, merci d'avoir aimé. Pour répondre à votre question: il a été refusé...
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