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Des dieux et des chefs

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gillibert

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Le volcan a mal dormi
Il crache, vomit
Mais restons soumis
C’est le vrai Dieu de nos pères
Nous supportons ses colères
Car de son cratère
Sort en flots bénis
Bienfait infini !
La lave féconde
Qui nourrit le monde

Elle blesse et brûle, tue et détruit, mais elle nous donne la vie, enfant, c’est pourquoi nous aimons le volcan, ce chef cruel qui nous chérit pourtant.

Vivien écoutait sa mère, sans conviction. Il connaissait cette chanson, la grande prière de la région.
— Ceux qui désobéissent aux lois du Volcan sont punis, mon petit. Sois humble, accepte les lois de la vie.
Vivien grimaça.
— Mon enfant, nous avons réfléchi, le Volcan est tout puissant, il est le Chef, tous nous le respectons.
— Ils ont offert hier une vache, et j’ai faim.
— Ils demandent la pluie.
— Les prêtres ont gardé de la bête abattue les meilleurs morceaux, ils sont gras et repus. J’ai faim et je suis presque nu.
— La pluie viendra : le Volcan l’a promis.
— La pluie tombe chaque année, cette année elle arrosera trop tard, malgré la vache que les prêtres ont volée.
— Tais-toi, mon enfant, le volcan t’entendra.
— Il est sourd, maman, et tu le sais.
— Tant de gens passent, on t’entendra, et tu seras le prochain sacrifice.
— Quittons ce lieu, allons vers d’autres cieux ; loin du volcan féroce qui demande des vies, loin des prêtres impies qui affament le peuple et qui tuent chaque année de pauvres innocents.
— Je le voudrais, mon fils, mais le désert trop vaste empêche toute fuite, ils nous rattraperont et te mettront à mort.
— J’ai compris, ma mère, je suis né en prison, je dois m’en satisfaire, mais je vois un moyen, un seul, de m’évader.

L’enfant, le lendemain, tua les trois grands chefs des prêtres. Aucun ne se méfiait, il s’approcha et, dans leur cœur, enfonça un solide poignard.
Puis il proclama haut et fort que le peuple était libre. Il devint chef à la place du chef, on le respectait. Il oublia sa faim, sa nudité ; à son tour, il opprima le peuple. Sa mère pleurait en priant le Volcan : 
— Daigne pardonner à mon fils et accorde-lui, Grand Volcan la sagesse suprême.
Le volcan éclata d’un rire sanguinaire, lança dans les cieux des éclairs incendiaires, et sa voix retentit.
— Je suis las de vous tous. Qui croit vraiment en moi ? Une femme éplorée, et pleine de bonté. Pour les autres, je ne suis qu’un outil pour asservir les faibles. Je vous aimais pourtant, mais, en ce jour, je pars.
Il s’envola dans le ciel sombre. Il disparut et jamais ne revint.
La terre encore est féconde, on ne craint plus ses dangereux réveils.

Et les mères chantent à leurs enfants :

Le soleil brûle la terre,
Et assèche la rivière
Mais il donne la lumière
Et sa chaleur bienfaisante.
Enfant, tu ris, tu plaisantes,
Reste-lui soumis
Car c’est un ami
Jamais ne désobéis
À l’astre souverain

— Alors pourquoi, ma mère, pourquoi faut-il offrir tant de victimes, et tant payer les prêtres ?
— Ils sont nos chefs.
— Ton discours est bien bref.
L’enfance innocente demande à comprendre le monde étrange des adultes.

PRIX

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Pascal Gos · il y a
un joli conte ! La condition humaine y est bien tracée. Merci
gillibert, je vous invite à déguster mon hamburger de Noël en lice pour la finale du GP hivers 2019. je vote
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-hamburger-de-noel-1

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Artvic · il y a
Le monde des adulte est dur à comprendre en effet !! je vote +5 .
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs est en finale également pour la poésie, aimerez vous ?

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Daniel Nallade · il y a
Un conte, une morale, mes voix!
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Plume Le chat · il y a
Pas longtemps innocent, l'enfant...
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Guy Bellinger · il y a
Un conte bien écrit et riche de sens qui résume la condition de l'homme : se garantir de l'inexpliqué par des cultes liberticides, opprimer après avoir été soi-même opprimé, être dompté par la nature que l'on croit dompter, être tributaire de la dualité de cette même nature, tour à tour bienveillante et destructrice.
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Flore · il y a
Un conte avec une morale...Une croyance attachée à un volcan, des images entre les pouvoirs et la vénération. Bravo...
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Vivipioupiou77 · il y a
un volcan comme divinité, des prêtres comme oppresseurs et un garcon revolté que le pouvoir aura satanisé, de bons ingrédients pour ce conte que je soutiens bien volontiers , bravo
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Supalari · il y a
il y aura toujours une "raison" à l'oppression
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David Bogatirsky · il y a
Une ode à mère nature. Bravo pour votre conte.
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Alexienne Duplessis · il y a
Un conte que je soutiens avec plaisir;)*****
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