Derrière le canapé

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Écrivaine à temps partiel qui partage un peu de ses modestes créations par ici ! Certains textes ont été écrits sur d'anciens blogs que je tenais et republiés ici par la suite  [+]

Image de Hiver 2021
Installée sur le canapé, ma vieille couverture écossaise à portée de main, je profitais de cette soirée en célibataire pour regarder un bon vieux film sans prétention, le genre de comédie romantique anglaise pendant laquelle mon cerveau pouvait se mettre au repos sans craindre de perdre le fil de l’histoire. Éclairée seulement par le scintillement de la guirlande multicolore du sapin, la tisane fumante sur la table basse attendait sagement que je daigne y tremper mes lèvres alors que l’assiette remplie de cookies subissait déjà mes premiers assauts.
Dehors, il faisait froid… Le vent de plus en plus violent emportait avec lui les dernières feuilles fébrilement suspendues aux grands érables de la cour. Sur la terrasse, les quelques plants encore vivaces jouaient les équilibristes. Tout était si calme, si serein, la douce berceuse du vent m’apaisait et je me laissais aller à divaguer…

un bruit, un cri…

Je sortis de ma douce rêverie. Je tendis l’oreille et jetai un œil par la fenêtre. Je fis le tour de la maison sans précipitation. Seule, il m’arrivait souvent d’entendre mes enfants pleurer ou m’appeler, hallucination auditive habituelle de la maman délaissée.
Je retournai finalement à ma séance cinéma, emmitouflée dans cette couverture offerte par ma grand-mère à Noël pour mes dix ans.

Un bruit, un cri, un souffle…

Ce n’était pas celui du vent, j’en étais certaine. Je le sentais dans mon cou, chaud, humide, insistant… Je n’osais alors me retourner. Il y avait derrière moi ce petit espace entre le canapé et le mur où mes petits aimaient se nicher, ce refuge où ils cachaient leurs trésors. En un instant il était devenu un lieu lugubre où « quelque chose », « quelqu’un » se terrait depuis des mois, attendant que je sois seule pour m’avertir de sa présence…
J’avais peur même si je savais qu’il n’en était rien… Le téléphone me sortit de ma torpeur et cette présence insistante semblait avoir disparue. Raphaël était au bout du fil. Il me parlait de sa soirée chez ses parents, les enfants dormaient enfin. Il allait lui aussi rejoindre les bras de Morphée et voulait simplement m’embrasser avant de se coucher. Je me sentis alors tout bonnement idiote face à l’absurdité de la situation.
Je raccrochai. Il me fallait aller au lit moi aussi, mes pérégrinations intérieures m’ayant conduite à des délires d’adolescente en manque d’aventures.

Un bruit, un cri, un souffle, un rire…

Je n’avais donc pas rêvé ! A cet instant tous mes sens étaient en éveil… Je ressentais d’autant plus la chaleur de ce souffle terrifiant, les cris se multipliaient, les rires moqueurs s’enchaînaient et me glaçaient… Je restais tétanisée sur mon canapé. Je devais fermer les yeux, je voulais fermer les yeux… mais mon regard était comme irrémédiablement attiré par cette ombre sur la terrasse qui semblait se faufiler entre les arbustes qui résistent encore au vent.

« Je dois me ressaisir… Tout ça est parfaitement ridicule… Respire, détourne ton regard… »

Il y avait pourtant bien quelqu’un là qui me regardait. Quelqu’un ou quelque chose qui paraissait saluer cette autre présence derrière moi…
Une vitre de la grande baie vitrée se brisa et il se mit à neiger dans la maison. La violence des bourrasques de vent déposait à l’intérieur un tapis cotonneux de flocons.
Il rentrait, il voulait rejoindre l’autre. Ils étaient là tous les deux pour moi, ils voulaient s’en prendre à moi. Terrifiée, je bénissais mon homme d’avoir eu l’idée de partir avec les enfants à cette fête de famille où ils étaient en sécurité.
Je voulais hurler mais aucun son ne sortait. Je voulais me lever, prendre ce couteau dans le tiroir de la cuisine en courant aussi vite que je pouvais mais mes jambes ne me portaient plus. Je voulais les défier du regard, leur dire avec force à quel point ils ne me faisaient pas peur mais je n’étais que spectatrice de ce qui était en train de m’arriver.
L’ombre contournait maintenant les débris de verre au sol. Le souffle derrière moi n’en était plus un. Je sentais une pression sur ma main, je tremblais, je n’arrivais plus à respirer, je me sentais défaillir… Tout tournait autour de moi… L’ombre leva alors ses bras comme pour se fondre en moi et je perdis connaissance.

Le bruit d’une porte qui s’ouvrait me sortit de ce cauchemar et m’annonça l’arrivée de mes enfants qui déjà criaient leur joie de me retrouver. Le rire de Raphaël me voyant couchée au pied du canapé fut plus que communicatif et bientôt nous nous mîmes à rire en chœur. Nous fûmes rapidement interrompus par son soupir à la vue de l’un de nos arbustes sur le sol qui avait réduit en miettes l’une des vitres durant la nuit.

« Je savais que j’aurais dû rentrer ces plants… Ils avaient parlé de cette tempête à la radio mais je n’ai pas voulu y croire. Bien fait pour moi ! »

Il était déjà dix heures, les enfants partirent jouer dans leur chambre, se partageant les babioles offertes par leur mamie. Raphaël grognait en tentant de nous mettre à l’abri du vent et du froid glacial qui avait totalement envahi la pièce. Et moi, je me sentais épuisée, vidée de toute énergie… Je n’arrivais pas à oublier cette nuit, ce cauchemar encore si présent. Mais il fallait reprendre le dessus et surtout ne pas lui en parler, il n’aurait pu s’empêcher de me taquiner avec cette mésaventure dès que l’occasion se présenterait à lui. Je me levai donc et me dirigeai vers la salle de bain pour prendre une douche salvatrice et revigorante.

« Maman, maman ! », hurla ma fille alors que je pensais naïvement pouvoir me doucher tranquillement. « Mes trésors, il me les a volés ! »

Elle devait sans doute parler des quelques bricoles données par sa grand-mère et que son frère avait dû lui subtiliser.

« Dis à ton frère de te les rendre immédiatement ! »

« Mais maman, ce n’est pas lui. C’est le monsieur derrière le canapé qui les a pris… »
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