Derrière la porte...

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Passionnée de littérature, Je me lance un nouveau défi, Une nouvelle aventure, Celle de l'écrit ! Mon blog : http://enviedecriture.canalblog.com/ Au plaisir…  [+]

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Encore un pas, mes yeux embués s’ouvrent légèrement et je frémis devant cette porte qui me fait face. Tétanisée, J’en scrute néanmoins les moindres détails. Elle n’est pas ordinaire, bien au contraire, imposante et ornée d’une multitude de gravures inconnues qui me remplissent d’effroi.
Mon esprit s’emmêle, se brouille. Dois-je avancer, l’ouvrir ? Dois-je retourner sur mes pas ?
J’ai peur de la toucher même du bout des doigts, de ressentir une brûlure, une douleur intense ou pire encore. Elle est à la fois magnifique et terrifiante : un bois massif patiné par le temps, des sculptures d’une finesse exquise, et des charnières en fer forgé qui affirment sa robustesse et sa puissance.
Je ne sais où je me trouve. Ma tête est lancinante, je n’arrive pas à remettre mes idées en place. Je me revois faire un pas, puis un autre, ouvrir les yeux, mais avant cela le trou noir. Et cette scène qui se rejoue sans cesse.
Personne ne peut m’aider, j’en suis certaine.
Ils sont partis à tout jamais. Je suis seule, désespérément seule.
Je ne vois rien à part cette porte et cette petite lumière qui l’éclaire au crépuscule. Le brouillard épais transperce ma peau, mes os de son humidité. J’ai froid, je gèle. Point de manteau, ni de gants, ni même une écharpe, mon corps frêle n’est revêtu que d’une étoffe légère et vaporeuse sur laquelle s’accrochent de fins cristaux de glace. Les poils de mes bras se dressent malgré les gouttelettes qui y pénètrent.
Je ne bouge toujours pas. Immobile devant ce seuil clos.
Aucun bruit ne vient déranger ce face à face troublant. Tout est tellement silencieux. Aucun cri d’enfants, ni de crissements de pneus, aucun aboiement ne vient perturber cet instant.
Le silence absolu. Un silence assourdissant.
Je pourrais m’enfuir, je n’ai pas d’entraves, mais une force invisible m’en empêche.
M’observe-t-on ? Je ne vois point de judas, ni de caméra.
Qui se cache derrière cette porte ? Point de vitre pour voir à travers, point de nom sur la porte.
Que dois-je faire ? Qu’attend-on de moi ? Depuis combien de temps suis-je là maintenant ?
Tant de questions qui tourbillonnent dans ma tête.

Tu pourrais avoir une réponse si tu osais seulement franchir ce seuil. Il te suffit pour cela de tourner la clé. Cette grande clé argentée qui te fait face dans la serrure. Tu l’as forcément vu. Un trait lumineux te l’indique depuis ton arrivée. Elle brille dans la nuit qui vient de tomber.
Combien de temps vas-tu encore rester là à grelotter ? Allez, sois courageuse ! Fais encore un pas, un tout petit pas. Ce n’est pas si compliqué. Avance, tend ta main et ouvre cette porte !
Tu as peur. Tu es morte de peur. Tu t’inventes des excuses surtout, toujours et encore. Tu ne sais faire que ça. Tu es incapable d’agir, de prendre une décision radicale. Arrête de te lamenter ! Tu sais très bien pourquoi tu es là. Tu l’as toujours su.
Alors fonce, tourne cette maudite clé !
Tu sais ce qui t’attends si tu retournes sur tes pas. Ne feint pas l’amnésie. Tu le sais très bien.
Veux-tu que je te rafraîchisse la mémoire ? Veux-tu que je narre ici en ce lieu tes innombrables histoires fumasses, si on peut les décrire ainsi ? J’en doute.
Rien d’honorable jusqu’à présent, plutôt des anecdotes douteuses et scabreuses. Tu aimes te retrouver dans des situations qui ne te montrent pas sous ton meilleur jour et à ton avantage. À qui la faute ? Toi et seulement TOI. Inutile de chercher un autre coupable. Tu es responsable de tes actes.
Regarde-toi. Tu es d’un mauvais goût ! Ton visage est ravagé. Tu ne ressembles plus à rien. Tes tentatives pour camoufler tes cernes restent infructueuses. Tu uses et abuses de nombreux artifices pourtant, qui ne font que réduire, à une peau de chagrin, ton bas de laine déjà bien troué. Une épave qui s’enfonce jour après jour, nuit après nuit, dans un liquide gluant et nauséabond. Ton haleine est pestilentielle tel un cadavre en décomposition. J’ai même oublié ton âge. Triste tableau que tu nous proposes.
Tu as fait fuir tous tes amis, ta famille. Tu as refusé les mains tendues.
Alors, décide-toi ! C’est ta dernière chance.

Stop ! Je t’en prie. Laisse-moi tranquille. Je ne te vois pas, mais j’entends tes paroles qui m’agressent et me blessent. Laisse-moi tranquille !
Cette clé qui brille dans la nuit, elle m’attire, me révulse.
Je ne suis pas seule. Tu te trompes. Les souvenirs affluent à nouveau.
Regarde, derrière moi se trouve Jean, non Bruno, peu importe son nom. Je ne suis pas seule. Tu le vois bien. Il dort profondément. Il m’a désiré et aimé cette nuit, j’en suis sûre. Mon corps ressent encore les étreintes passées.
Ne ris pas. J’ai besoin d’une présence, quelle qu’elle soit. J’ai besoin de ce contact pour ne pas sombrer plus profondément dans cet abîme de désespoir. C’est une drogue dont je ne peux me passer. Personne ne peut comprendre, personne ne peut m’aider. Je suis face à mes démons.
Je la vois cette clé. Elle me fait peur.
Que vais-je trouver derrière cette porte ? Le néant, le purgatoire, la rédemption ?
Combien de fois me suis-je retrouvée dans les eaux tumultueuses, emportées par une tempête intérieure, noyée, ressuscitée, et de nouveau submergée ? Je n’ai plus la force de nager.
Sombrer à tout jamais est peut-être une délicieuse conclusion.
Je suis devant cette porte imposante qui me terrifie. Terminus.
Je ferme les yeux, mes poumons s’emplissent d’un air nouveau, le froid m’envahit. Mes membres s’engourdissent. Je dois réagir. Ma main trésaille, mes doigts s’agitent, mes jambes tremblent, mon pied veut avancer.

Allez, vas-y, SAUTE !

Je bute contre la porte. Le vide m’engloutit. Seul mon cri déchire la nuit. Un cri intérieur inaudible.
J’ouvre les yeux. Plus de porte. Anéantie, disparue.
Je suis nue dans la froideur de l’hiver contre la rambarde d’une terrasse. Un lampadaire illumine la rue. Je perçois désormais en contrebas le va et vient des rares véhicules qui circulent.
Dans quel bouge ai-je atterri ?
Je me penche, il suffirait d’un souffle un peu plus fort et tout serait fini. Je vacille.
Une larme coule sur ma joue. Je la sens qui prend son temps, qui trace son sillon, et puis une autre plus rapide, et encore une autre... Un flot ininterrompu.
Un bruit de klaxon en contre-bas.
La vie continue.
Je recule, me retourne. Je laisse la porte-fenêtre grande ouverte. Les deux loques dorment toujours. Le lit est un champ de bataille gorgé d’immondices en tout genre. Flash-back d’une soirée amère, violente et peu glorieuse. Les draps sont sales. Tout pue. J’ai un haut-le-cœur et décharge mes tripes dans un coin de la pièce. Je fais un pas, puis deux, puis trois. Je récupère mes quelques affaires parsemées ici et là. Je trébuche sur les innombrables bouteilles d’alcool que mon estomac a ingurgité avec un plaisir insatiable durant ces derniers jours.
J’enfile mon pantalon délavé, mon pull miteux et ma doudoune qui empeste le tabac et autres substances illicites. Je trouve mon sac sous un amas de linges sales et je m’enfuis telle une voleuse prise en flagrant délit.
La descente des escaliers est un véritable calvaire. Les marches semblent se déformer sous mes pas. Ils veulent me garder eux aussi. Je résiste et finis par franchir le seuil de cet immeuble délabré. Je marche de plus en plus vite, d’un pas de plus en plus assuré vers la bonne direction.

Tes paroles ne résonnent plus dans ma tête. Je ressens ta présence tout près, mais je sais que je peux compter sur toi. Tu ne riras plus de ma déchéance, bien au contraire. Je t’en fais la promesse absolue.
Les kilomètres s’enchaînent. Je n’éprouve plus aucune fatigue.
Il me reste deux pas, deux petits pas.
Une petite lumière éclaire une porte. Une porte toute simple, sans apparat. Je n’ai plus qu’à avancer, appuyer mon doigt sur la sonnette.
Je n’hésite plus, je n’ai plus peur.
La clé se trouve à l’intérieur.
La porte s’entrouvre. Un visage bienveillant m’accueille. Je me sens revivre enfin.
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