Derniers soupirs

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Depuis tout petit (je mesure 1m83 à l'heure actuelle), j'aime les mots (surtout kayak parce qu'il est fun et qu'on ne peut pas le mettre au scrabble malgré tout), la musique qu'ils forment  [+]

Image de Hiver 2013
Lundi 16 juin
Alors que la soirée avait été bien arrosée, la pluie n'avait cessé de se vider tandis que les verres tombaient drus... Ou l'inverse ! Bref, j'étais complètement allongé verticalement contre un mur pour garder une certaine prestance lorsque mon téléphone sonna. Je pensais d'abord que c'était le réveil, mais ma main ne rencontra qu'une armoire et un cadre, sans bouton « snooze » bien évidemment.
Mon indic', le commandant Bouillon, me prévint qu'un nouveau suicide avait eu lieu au pont des soupirs – c'était pas le même que celui de Venise, mais il avait le même nom – c'était le quarante-troisième en deux ans ! Depuis le début, je m'intéressais à cette affaire, et mon indic' me prévenait lorsqu'un nouveau suicide avait lieu, pour me faire plaisir.
Apparemment, tout s'était déroulé à nouveau de la même manière selon des témoins, une personne d'apparence normale se dirigeait soudainement vers le muret du pont et sautait quarante mètres plus bas.
La pluie aidant, je bravai l'alcool et me rendis pour la première fois vers ce pont qui embrumait ma vie depuis si longtemps. Le corps avait déjà été retiré et toutes traces funèbres étaient nettoyées. Je décidais de remonter le talus et d'aller inspecter le pont. Combien de fois n'avais-je pas rêvé de l'inspecter ?
En Écosse, au pont d'Overtoun, il y a une étrange histoire quasi identique, mais là, ce sont des chiens qui se suicident, sans raison apparente non plus. Ils sont tranquilles, puis tout à coup, ils sautent. C'est le genre d'histoire qui m'intéresse, un jour, j'en ferai une histoire géniale !
Je suis à présent sur le pont, les pavés sont alcoolisés tandis que mon ventre se tord à cause de la pluie, j'allume une clope et je continue de marcher. Puis soudain, je...

*
* *

Le commandant Bouillon rangea le carnet dans le petit plastique prévu pour ce genre d'élément important. L'écriture de son copain s'interrompait brutalement mais il n'avait pas lâché son petit calepin malgré la chute. C'était le premier qui avait raconté sa dernière aventure, Bouillon le remercia mentalement de toujours avoir eu cette manie de tout écrire en temps réel de son vivant. Son corps formait maintenant un angle improbable et toute trace de vie avait disparu de son visage.
Il était le quarante-quatrième en deux ans... L'adjoint s'approcha du commandant.
- Ils demandent s'ils peuvent emporter le corps...
- Ouais...
- On va bientôt le surnommer le pont des derniers soupirs, hein patron ?
- Ouais...
Le commandant attendait déjà le quarante-cinquième coup de fil. Que se passait-il donc sur ce fichu pont... Un jour, il trouverait.
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Anthony Degois · il y a
Il faudrait qu'on arrive à communiquer directement alors voici mon adresse mail anthony.degois @ neuf . fr . A bientôt.
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Anthony Degois · il y a
Salut Corentin, je n'avais pas eu le temps de lire tes œuvres. Franchement, j'aime beaucoup surtout celle-ci.
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Cécilia Navarro · il y a
Toujours excellent ! Dans la construction, les mots, l'humour, tout est parfait ! Mon avis importe sans doute peu mais je t'encourage à continuer d'écrire ! A ++
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Corentin François · il y a
Tous les avis, sans exception, comptent ! Un grand merci, donc :)
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Morgane Deleval · il y a
J'adore! Une chute (ahah) certes prévisible, mais je trouve le style particulièrement accrocheur. Ca se lit tout seul, c'est un véritable plaisir!
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Corentin François · il y a
Merci ;-)
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Corentin François · il y a
Je ne mendie pas, votez juste si vous aimez...

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