Dernier voyage

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— Tu rentres avec LUI ?
Dans le bureau que nous partageons, Kenza, ma meilleure amie, me dévisage comme si j’étais folle.
— Il n’y a pas de train à cause de la grève, alors...
— Tu m’appelles dans une heure, promis ?
— Mais oui !
J’ai hâte de rentrer : Rémy, mon collègue qui joue le chauffeur d’un jour, est un homme mystérieux et solitaire. Mais il habite à dix minutes de chez moi. Voilà pourquoi je me retrouve sur le siège passager de sa berline de luxe. Ce soir, un brouillard dense enveloppe la campagne et confère au paysage une atmosphère fantomatique.
Tandis qu’une brise légère fait tournoyer les feuilles mortes sur la route, je remarque que nous ne sommes plus sur la nationale. Je me tourne vers Rémy mais ce dernier, impassible, ignore mon interpellation. Quelques minutes plus tard, la voiture s’arrête devant le haut portail en fer forgé d’un cimetière. Je pose ma main sur la poignée pour ouvrir la porte mais je constate que celle-ci est verrouillée.
L’angoisse m’envahit et mes yeux s’agrandissent d’effroi lorsque Rémy braque sur moi un révolver.
Il m’oblige à quitter l’habitacle et m’agrippe ensuite le bras pour me forcer à le suivre.
Le regard menaçant et empreint de folie, il murmure :
— Un cri, un seul et je t’explose la cervelle.
Mon subconscient me hurle de fuir tant qu’il est encore temps mais mes jambes refusent de me porter. Tétanisée, je ne peux qu’obéir à mon ravisseur.
Autour de nous, il n’y a aucun bruit. Nos pas crissent sous le gravier et, dans cet environnement lugubre, je peine à garder toute ma lucidité. Rémy me force à avancer entre les tombes. Je pousse un cri lorsqu’un rongeur détale devant nous, apeuré par la lampe-torche de mon collègue.
Enfin, nous parvenons devant une fosse qui semble avoir été creusée à la va-vite.
Je jette un regard implorant à l’homme qui se tient à mes côtés :
— S’il vous plait, laissez-moi partir, je ne dirai rien c’est promis.
— Où est passée votre légendaire arrogance ma chère Lizzie ? Oh mais suis-je donc bête, vos deux chiens de garde ne sont pas là pour une fois...
— Rémy, que...
— Taisez-vous ! Je supporte vos sarcasmes depuis trop longtemps. Mais ce soir, je vais enfin pouvoir retrouver la paix. Il est temps pour vous d’effectuer votre dernier voyage.
Un bruit sourd retentit à mes oreilles et une brûlure atroce irradie dans tout mon corps. Je dévisage Rémy avec incompréhension et je pose une main sur mon ventre. Un liquide chaud coule sur mes doigts. Je suis prise de vertiges tandis que mon collègue me fixe avec un sourire moqueur.
Mes mains sont brûlantes et ma peau se couvre d’une fine pellicule de transpiration. Une perle de sueur roule le long de ma tempe et je sens mon corps s’engourdir peu à peu...
Une main me secoue avec vigueur :
— Tu te réveilles enfin !
Je cligne des yeux et j’aperçois le visage de Kenza, ma meilleure amie :
— Je t’ai appelée pour te demander de m’attendre mais tu ne m’as pas entendue, tu étais perdue dans tes pensées. Je t’ai suivie dans le bus mais tu ne m’as pas vue, tu t’étais déjà assoupie. Et, heureusement que je suis là, on arrive chez toi. Allez, debout la marmotte !
Je soupire de soulagement : tout cela n’était qu’un affreux cauchemar !
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