Dernier souffle ?

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(anciennement "Athor") À la recherche d'un éditeur pour du beaucoup plus long. Cher Lecteur, si j'arrive à t'embarquer dans le mystère d'une histoire jusqu'aux dernières lignes, j'aurai  [+]

Image de Hiver 2016

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C'est pour toi que je cours aujourd'hui. Je n'avais guère envie de venir mais tu ne me laisses pas le choix. Tu n'es pas là pour me voir, aujourd'hui. Tu rates le départ.

Cavalcade des cinq cents premiers mètres. Tout ce bruit et tant de silence dans mon cœur. Les quelques coureurs qui m'entourent me donnent à peine l'illusion d'une présence. Il pleut et il fait froid. Les éléments pleurent à ma place et les lamentations du ciel vont détremper les dix kilomètres à venir.

Mon corps et mes pensées sont déconnectés. Participer à cette course peut paraître futile alors que j'ai tellement de choses à te dire. Pourtant, tout est lié et tu m'obliges à y prendre part. Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas.

Ma foulée est mécanique, ma respiration me semble artificielle. Je ne suis plus un coureur humain mais un automate animé par ton image, si lointaine et si fragile. Murmure-moi quelque chose si tu le peux, je n'écoute que toi.

De l'herbe, du béton, de la boue... Toutes ces surfaces n'ont plus rien de matériel. Tout ce décor est cotonneux comme un tapis de neige. Peut-être que la réalité s'estompe lorsque l'on court après un mirage.

Une douleur vive à la jambe droite me rappelle tout à coup que je suis toujours vivant, toujours présent. Je ressens alors la fatigue, le froid et la peur. À quoi bon continuer ? Quel intérêt de mener un combat perdu d'avance ?

Et soudain, tu es là ! Comme dans un rêve blanc et presque diaphane. Je peux te sentir à mes côtés. Pardonne-moi d'avoir songé à abandonner ! Tu me souris, tu ne m'en veux pas. Ton « je t'aime » me parvient dans un petit vent frais. N'ajoute rien, ne te fatigue pas. Je vais mieux à présent. Ne t'en fais pas, je n'abandonnerai pas !

L'angoisse est passée. Le froid n'existe plus. La fatigue est partie. Il n'y a plus que toi et je vais te faire honneur. Je me détache du groupe, je veux être seul et prolonger notre tête-à-tête.

Je cours mieux. À l'écoute de mon corps et de mon cœur. J'ai trouvé l'équilibre, partagé entre le monde de la fange et celui des anges. Je n'ai jamais aussi bien couru. Grâce à toi.

La ligne d'arrivée au loin. Le bruit, la foule, les lumières. Ils ignorent que je ne me rue pas vers toutes ces lueurs mais que je poursuis seulement une petite flamme vacillante.

La victoire. Les embrassades. Le podium. Les flashs. La médaille. Le prix. Quelques-uns de mes amis sont là et me sourient tandis que je me laisse guider par les organisateurs. Je parviens à fausser compagnie aux juges et à me glisser vers eux. Ce sont les premiers mots que j'adresse à quelqu'un de réel depuis que la course est finie.
— Appelez l'hôpital et dites-leur qu'on a l'argent pour l'opération !

Ma course est finie. Celle de ma femme va pouvoir commencer. J'espère pouvoir moi aussi lui chuchoter quelques mots encourageants au détour d'un songe.

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