Dernier sommeil

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Très lentement elle se recroqueville sur la banquette arrière d'une épave digérée par le temps. Il fait extrêmement froid et pourtant elle à abandonné l'idée de faire un feu. Ce soir la chaleur et le crépitement des flammes ne la berceront pas. Ce soir, elle sait qu'elle va s'endormir pour toujours.

A quelques kilomètres de son modeste abri brillent les lumières de la ville. Autrefois, elle y était chez elle. Mais le prix à payer pour un toit et de la nourriture y était beaucoup trop élevé. C'est dans cette ville qu'elle a perdu sa dignité en vendant son corps pour de l'eau et des conserves. Tous les hommes qui ont souillé sa chair hantent définitivement son esprit. Elle ne pouvait plus, elle ne voulait plus. Mais en refusant, elle se serait condamnée aux pires sentences. L'exil était son choix.

Survivre seul dans les terres ravagées est un exploit, s'y rendre volontairement et sans préparation n'est rien d'autre qu'un suicide.
Elle le savait, sa décision était réfléchie. Troquer la surexploitation de son corps contre une courte liberté à l'issue fatale est encore aujourd'hui sa plus grande fierté.

Frigorifiée et toute tremblante, elle contemple avec dégoût le panorama qui lui est offert une toute dernière fois. Là où il y avait jadis des champs ou peut-être même une forêt, il n'y a maintenant plus que des terres arides où jonchent à perte de vue les fragments du passé.

Elle aurait souhaité ne jamais connaître ces temps obscurs mais elle a survécu aux bombes. Comme tous ceux qui ont échappé à la folie des hommes, elle s'est considérée chanceuse au début. Il y avait là, l'opportunité de rebâtir un monde meilleur sur les cendres de l'ancien. Les promesses des prophètes auto-proclamés étaient pleines de sens. Mais avec le temps la véritable nature de l'homme revient au galop. Le grand blast ne leur à rien appris.

Ce soir elle ne souhaite guère penser à la folie humaine, ce soir elle met un point d'honneur à se remémorer les belles choses qu'elle a connu...

Elle repense aux fantastiques journées passées avec sa mère, à écumer les galeries marchandes, les solderies, les marchés. Les cabines d'essayage, les défilés improvisés, toutes deux adoraient jouer les pretty women dès lors qu'elles avaient du temps libre en commun. Ces joyeuses expéditions se clôturaient par de malicieux papotages atour d'un chocolat chaud. Tel était le rituel du samedi.

Le soir venu, chacun s'accordait sur les tâches à accomplir. En général elle choisissait la pâtisserie, laissant l'apéritif à papa et le repas, nécessitant certaines compétences, à maman.
Chacun racontait sa semaine, chacun commentait chaque histoire ou anecdote. Parfois ils terminaient leur soirée devant la télévision. Des films fantastiques principalement, dans lesquels des fées et autres créatures légendaires vivent en harmonie dans de magnifiques paysages.

Puis elle partait s'isoler pour retrouver son journal intime dans lequel chaque jour elle griffonnait une anecdote tout en écoutant les Red Hot Chili Peppers.

Ses meilleurs souvenirs, son adolescence, tout est si loin à présent...

Le froid commence à bruler, les engelures, comme si des centaines d'aiguilles venaient transpercer l’extrémité de ses doigts, de ses orteils. Elle pensait que son assassin serait la faim, mais elle avait tort. Difficilement elle s'équipe d'un crayon et d'un morceau de papier chiffonné. Elle gribouille avec courage quelques derniers mots, son ultime présent fait à qui le lira. Si toute fois quelqu'un, un jour, le lit. Morbide testament, héritier inconnu, une bouteille d'eau douteuse et une conserve encore étanche, maigre legs.

Fermer les yeux, une dernière fois, fermer les yeux. Le cauchemar est terminé, maman, papa, j'arrive...
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