Dernier regard

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En compétition

Un esprit sain dans un corps sain, à la sauce web, ça donne quoi? Un fantasme dans un avatar? Mais quand même... je me demande comment Shakespeare, Wilde et tant d'autres se seraient approprié la  [+]

Image de Été 2020

Pour la première fois, je ne lisais pas cette prédictible et irrépressible peur de la mort dans les yeux verts qui me fixaient. Au contraire, je croyais y déceler un remerciement mâtiné de soulagement. Ça me paraissait impossible.
D’habitude, les gens mis en joue par mes soins perdent toute dignité. Ils pleurent, crient, supplient, bavent même, pour la plupart. Ce n’est pas un spectacle agréable. Il va mieux pour tout le monde l’abréger. Mais là… Là, c’était différent. Elle était agenouillée devant moi, et elle semblait me regarder avec confiance. Tous les autres étaient au sol, le visage enfoui dans leurs bras, comme je l’avais demandé. Elle seule avait désobéi. Comme si elle voulait profiter d’une occasion attendue depuis longtemps.
Ce n’est pas simple de braquer une banque et on préfère évidemment éviter les dégâts collatéraux. Le plus dur, c’est de gérer les gens. Ça m’a toujours semblé dingue, parce qu’on connaît tous l’inéluctabilité de notre avenir, mais les gens se comportent comme s’ils ne croyaient pas qu’ils vont disparaître un jour. Alors quand ils se trouvent pris au piège d’un braquage, certains perdent complètement les pédales. Même ceux qui ont l’air d’avoir des vies merdiques se mettent à gémir et à trembler. Ce n’est pas dur de repérer une personne dont la vie est merdique. Son regard est éteint et sa mâchoire molle. Souvent, jusqu’à ses cheveux orientent leurs regards vers le sol, comme si ceux qui restent fixés au crâne s’excusaient d’être là. On peut quasi lire la pensée de ces cheveux : « J’y suis pour rien, il s’accroche à moi, il me soigne comme si son avenir dépendait de ma présence sur son crâne blafard ».
Mais la femme au bout de mon pistolet n’était pas comme ça. Elle était droite, silencieuse, ne tremblait pas, dans une attitude d’une dignité impressionnante. Et ce regard. Du coup j’ai un peu perdu de temps. On se prépare à un inattendu attendu, me suis-je entendu penser. Comme si on était capable d’anticiper uniquement par le passé. Cette fulgurance de mon esprit, dans un moment aussi dense, m’a terrassé.
Elle me regardait droit dans les yeux et ce jour-là, j’avais oublié mon masque de Donald Duck. Donc, si je suivais la procédure, je devais la tuer. Là. Elle le savait. Mais je ne pouvais pas.
— Qu’est-ce que vous attendez ?
Sa voix grave m’a ramené sur terre. Autour de moi, tout le monde hurlait. Les clients et les employés de la banque, de trouille, mes comparses, d’énervement.
— Allez, tu connais le règlement, il faut t’en débarrasser !
— On se casse ! Pas de temps à perdre à réfléchir !
— On y va, j’te dis !
Et ils se sont mis à sortir de la banque, un par un, sans cesser de menacer les gens.
Il me fallait faire vite, sinon ma carrière de grand braqueur était vouée à l’échec. Je ne voulais pas encore décevoir maman. Pour être honnête, elle ne connait pas l’exacte vérité. Je me suis contenté de lui dire que je bosse dans une banque, ce qui n’est pas loin d’être vrai. Ça lui a suffi. Elle était tellement fière de son fils chéri que j’ai en un peu rajouté, comme ça, pour profiter de son sourire. Du coup, maintenant elle croit que j’occupe un poste important dans une grosse banque et que j’ai même des subalternes. J’ai un peu honte, mais j’aime ma maman. Tous ceux qui aiment leur maman me comprendront.
— Alors ? Vous attendez quoi ?
Elle insistait… J’en ai profité pour la détailler. Au-delà des yeux verts, elle avait un visage agréable, franc. Elle semblait mince, coiffée, maquillée et habillée avec soin. Ça m’a plu. Mon doigt sur la gâchette a commencé à trembler. Dans quelques secondes, les autres seraient partis et je serai fini.
— Je vous aime
La voix est sortie de moi comme par magie. J’ai eu un moment de stupeur, mais pas tant qu’elle. De doux, son regard est devenu froid, à la limite du méprisant. Elle a presque craché sa phrase.
— Ah non ! Pas maintenant !
Une femme si peu attachée à la fragilité de l’existence ne pouvait que me faire fondre. Ma voix avait formulé une vérité ancestrale. Oui, je l’aimais, parce qu’on était pareils. Je devais en avoir le cœur net.
— Voulez-vous m’épouser ?
Elle s’est relevée, a pris le temps d’essuyer la poussière sur ses genoux. Son regard a balayé l’espace qui nous entourait. D’un doigt, elle a détourné l’arme qui pointait toujours sur son visage. Son regard avait de nouveau changé. Il était devenu un liquide vert d’une opacité prometteuse, où flottaient de minuscules particules dorées.
— Offrez-moi d’abord un verre…
Elle s’est mise derrière moi pour que je la couvre, comme si elle avait braqué des banques toute sa vie et nous sommes sortis à reculons. Avant de franchir la porte, j’ai tiré vers le plafond, moins pour impressionner les gens, toujours au sol, que pour manifester la joie folle qui me remplissait et semblait ruisseler de moi.

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Maryam Sk · il y a
J'aime beaucoup cette histoire ❤
Bon courage et bonne continuation monsieur

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Gecko Bleu · il y a
Merci!
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Marie Juliane DAVID · il y a
Magnifique votre texte!
C'est aussi fort touchant.
Félicitations et bonne continuation.

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Gecko Bleu · il y a
Merci !
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Marie Juliane DAVID · il y a
De rien Greko Bleu.
En passant, j'ai aussi écrit un texte sur l'enfance plus précisément sur certaines des peurs de l'enfance titré 'Mésaventures nocturnes" en final pour le Prix des jeunes écritures que je vous invite à découvrir si toute fois vous avez un peu de temps et que cela vous tente.

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Paul Marie · il y a
tres bonne histoire, bravo !
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JACB · il y a
à la vie à la mort, pourvu que ça dure !!! Une histoire inattendue, un regard qui tue ..
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DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Gecko.
j'adhère par mes voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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M. Iraje · il y a
Dröle d'endroit pour une rencontre ... Bref, comme un film !
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Gecko Bleu · il y a
Oui, 'est pour casser le mythe des sites dédiés ;-)
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Valentine Faugeras · il y a
Wouaw wouaw wouaw !!!!!
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Gecko Bleu · il y a
A ce point ?
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Caroline Kipik · il y a
La magie du coup de foudre... très beau texte.
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Gecko Bleu · il y a
Merci
Oui, du coup de feu au coup de foudre 😊

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Gil Nathan · il y a
Un coup de foudre et quelques coups de feu : un braquage pas très sérieux... Mais que va dire maman !
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Gecko Bleu · il y a
Merci 😉
Mais... Que vient faire maman dans tt ça ? Vous êtes plusieurs à y faire référence et du coup je me demande si cette histoire n'a pas un petit côté subliminal inconscient...

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Jean Dallier · il y a
C'est décidé ! Demain, je braque une banque ! Récit bien écrit, bien mené.
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Gecko Bleu · il y a
Faites gaffe qd même, avec le port du masque, vous risquez une surprise (d'ailleurs je devrais faire une v2 'coronabraquage' de ce texte...

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