Dernier instant

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, le bruit des rafales, rafales, précède les gémissements d'hommes qui tombent nettoyés d'existence. La fumée des fusils s'envole, s’envole, suivie par les âmes, âmes, de nos camarades. Pas un n'a survécu. Pas de miracle pour les soldats.
Le plus jeune d'entre nous ne résista pas à cet enfer. Il se leva, leva, il hurla comme un humain peut vomir son désespoir. "J'veux pas mourir ! J'veux pas mourir !".
Accaparés par nos propres pensées, pensées, personne n'osa intervenir pour qu’il se taise.
Il honora notre mutisme en s’inclinant devant le masque mortuaire que nous revêtions.

Nous attendons notre tour, tour, les cinq derniers, derniers, prisonniers de la débâcle de notre pays. Moi non plus j'veux pas mourir. Du moins dans cet état. Si jeune.
La vie.
Une tristesse d'apprendre la valeur de ce mot lorsque l'on sait la fin proche. Profiter de sa vie, vie, de son temps, temps, devraient constituer l'unique objectif à concrétiser.
Le seul aspect positif de cette situation réside dans ce privilège que connaisse peu d’humains : connaître le jour de sa mort. Au final, final, cela ne me sert à rien.
Ce rien résume mon existence.
Je considère mes 26 années stériles. Que retenir de plus ? À quoi bon ?
La mort s’accompagne-t-elle de nos souvenirs, souvenirs, dans l’au-delà ?
Ma petite vie défile.
Je me revois enfant, enfant, jouer parmi les miens, miens, rieur, rieur, innocent. La chaleur du soleil caresse ma peau.
Je me revois adolescent, adolescent, au cœur des études, études, moroses, moroses, inadaptées à mon éveil. Le froid des gouttes de pluie tombent sur mon chemin, les orages m’empêchent d’avancer.
Je me revois forcer à quitter ma famille pour intégrer l'armée, armée, entrer dans cette guerre de merde dont la cause ne me concerne pas. Le brouillard se forme, forme, l’horizon se couche.
Je m'aperçois que je ne possédais aucune maîtrise sur ma vie, vie, devant répondre aux exigences de la société.
Si le purgatoire existe, existe, je souhaiterai récriminer à la fois : mon destin ; sacrifié sur l’autel de la guerre ; ma vie ; extorqué par la société, société, de toute volupté que la nature m’offrait.
Mort pour rien. Je quitte la Terre sans avoir accompli une seule bonne action.
Juste tuer pour vivre, vivre, continuer à vivre pour tuer. Mort pour rien. J’appartiens au mauvais camp. Je paye.
J'ai mal au crâne. J’ai l’impression que des mots bégaient dans ma tête. Mes derniers instants m'écrasent. Mes souvenirs m'étouffent. Mes pensées inutiles m'anéantissent. Je vomis à mon tour.
"J'en ai marre. Je veux mourir. Qu'on en finisse !
- Silence là-dedans. Ce n'est pas encore l'heure, ironise le geôlier.
- Pauvre con ! J't'emmerde, toi et ta guerre.
- Il va se taire !
- Tais-toi et prie, lance un camarade.
- C'est ça priez !"

Tout se mélange, mélange, se bouscule. Je survole mon corps. Mon esprit se dissipe de toute contrainte. Ma liberté me semble éternelle, éternelle, mon esprit léger de bonheur. Plus rien ne pèse.
Le gardien me gifle. Je reviens sur terre...
"Debout j'ai dis ! Rejoins les autres, hurle-t-il."
Je marche tel un robot -symbole de ma vie- tête baissée, baissée, indigne de regarder la lumière.
En bout de peloton, peloton, attiré par une force extrême, extrême, insensible. Je sens l'odeur de la mort sur mes compagnons. Je m'arrête.
Devant mes yeux, yeux, gît le corps d'un camarade : froid, froid, livide, livide, pâle, pâle, très pâle. Il a mon âge.
Je vis la mort. Debout, debout, raide.
Personne ne désire entendre ma dernière volonté ?
J'entends les ordres, ordres, les cliquetis des armes.
J'attends le bruit,
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