Dernier hommage

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Le garçon apparut derrière une masse de foule d’hommes et de femmes vêtus de couleurs sombre. Tous le regardèrent s’avancer vers le pupitre en bois, une feuille de papier froissé dans les mains. Il était si jeune pour prendre la parole dans un moment aussi tragique, qu’est un enterrement. Il n’en paraissait pas moins, les mains tremblantes et la tête basse. Arriver face à la foule en larme, il éclaircit sa voix d’une toux rauque et sèche.

« C’est la première fois et sûrement pas la dernière fois que je vais devoir écrire un texte dans ce registre ci. C’est la première fois également que je participe à un enterrement et c’est très difficile. J’aimerais parler aujourd’hui au nom de toute ma famille et des proches qui aimaient Joseph.

L’histoire de mon grand-père débuta en Bretagne où il vivait avec ses frères et sœur dans une maison tellement rustique que le toit de paille pouvait s’envoler lors des grosses tempêtes m’avait-il raconté. Pendant son adolescence et sa jeune vie de pré-adulte il commença son service militaire ou il fût commissionné à conduire la voiture du général.

C’est ainsi qu’il rencontra sa femme, ma grand-mère, une femme très forte et magnifique. Je me souviens qu’il m’avait dit qu’en entrant dans le bar il espérait séduire la barmaid, mais qu’elle n’était pas là ce soir-là. C’était le destin. En quelque regard, et un verre de martini débuta leur histoire d’amour. C’est ainsi qu’ils eurent trois magnifiques enfants Sandrine, Marc et Gérald.

Mon grand-père emménagea dans une petite commune du nom de Vaux-Le-Pénil ou il n’y avait que sa maison au milieu de champs et d’une grande forêt. La vie suivait son cours entre les allers-retours à l’hôpital de Gérald, les bêtises de Marc et les crises d’agacement de Sandrine envers ces frères. Une vie tranquille sans soucis, avec des parents aimants et une famille solide. Peu à peu des maisons se construisirent et il ne resta plus rien de la grande forêt et des champs qu’il connaissait.

Mon grand-père n’avait aucun diplôme mais est parti travailler à la Snecma ou au fur et à mesure il gravit les échelons et participa à la création du moteur du concorde. On lui proposa même d’enseigner, mais il n’avait pas envie de s’embêter avec ça. Ils vécurent heureux, les enfants quittèrent le foyer et eurent de magnifiques petits enfants qui vinrent tenir compagnie à Joseph et Paulette.

Nous avons pris la relève des bêtises dans cette maison. Des prunes jetées sur les murs, des lits et lampes cassés, toutes sorte d’objets fabriqués sur l’établi de papi. En bref que des souvenirs magnifiques avec Boris, Carla, Cloé, Mathis et Louanne. Nous avons une famille comme peu ont la chance d’avoir et ça papi le savait et en était fier je le pense. Puis vint un jour ou la mort vint l’enlever de nos bras.

Le soir ou j’ai appris qu’il allait mourir j’étais effondré. Depuis mes journées sont grises et mes nuits sont blanches, parfois j'ai du mal à dormir et dans le noir je sens ta présence. Un homme si solide et courageux nous a quitté en cette fin d’année. Comme un arbre qui perd ses feuilles en hiver, nous reviendrons plus fort et plus florissant à la saison prochaine, sans jamais t’oublier.

Ecrire ce texte me torture, Je me souviens de ton visage, de ton sourire, ta fierté et même dans les coups durs, le courage d’un homme pur. Pendant qu’il était à l’hôpital j’ai été lui donné mes histoires que j’écrivais pour le changer des mots fléchés et autres programmes télé bidons. J’espère qu’il a eu le temps de lire ce que je savais faire.

J’aurais voulu qu’il puisse être là un jour et qu’il puisse me féliciter de toutes les choses que j’ai accomplis dans ma vie, qu’il puisse prendre mes enfants dans ses bras. Et quand je passe devant la maison devant la fenêtre là où tu avais l'habitude d'être, plus personne et vous comprenez mon mal-être.

Je souhaite à tous les gens du monde d'avoir un grand père comme toi et pas au pire de mes ennemis de perdre un grand père comme toi. Aucune médaille d'honneur pour un homme d'honneur, juste un cimetière, quelques larmes, une famille, quelques fleurs.

Papi tu me manques, enfin tout me manque, lorsque tu parlais fort à table, ton amour pour le travail, ton regard, ta présence. Car ce n’est pas seulement sa personne qui s’en va, c’est également des habitudes et des petites choses qu’il avait l’habitude de faire qui vont nous manquer. Et puis un jour devant un détail anodin je fondrais en larme. Personne ne comprendra pourquoi, mais ceux qui l’ont connu sauront la raison de mon chagrin. Il ne nous reste que des souvenirs de toi et de tous ce que tu a pu faire pour moi et pour ta famille.

Oui j'vous parle d'amour, j'vous parle de ce que j'connais, J'culpabilise à chaque fou rire, mon moral est au plus haut point rabaissé. Les souvenirs d’un homme discret au grand cœur, légèrement émotif sur les bords, mais c’est parce que tu nous aimais. Chaque moment de famille tu savais les apprécier et tu les chérissais tant, au bout de ta longue table de salle à manger.

Et un jour nous te rejoindrons pour fêter ce noël de 2016 où tu n’as pas pu être avec nous. Tous assis autour d’une grande table à rigoler et parler fort, comme lorsque nous étions que des gosses. Voilà mon dernier hommage à un grand homme que l’on appelait tonton, papi, papa mais surtout jojo. Je ne te l’ai jamais dit mais je pense que tu le savais déjà, je t’aime papi, le seul grand-père qui a été là jusqu’à la fin à mes côtés et aux cotés de toute ta famille. Nous t’aimons tous et aujourd’hui nous regrettons la mort d’un homme en or qui part rejoindre les étoiles pour toujours. Comment t'oublier, comment ne pas t'aimer. Tu seras à jamais gravé dans nos cœurs. Et si un jour vous avez besoin de réconfort auprès de lui vous n’aurez qu’à regarder là-haut pour savoir qu’il sera toujours là pour veuillez sur vous.

Bientôt les pleurs laisseront place aux rires, les souvenirs de toi nous feront sourire, car la peine s’estompera et il nous restera que des bons souvenirs de toi. »
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