Depuis le temps...

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Passionnée, depuis l'enfance, de voyages, de lecture et d'écriture, j'essaie de les vivre intensément et il arrive parfois que mes passions se rencontrent. Mes voyages nourrissent mes histoires  [+]

Image de 2017
L’impact des gouttes sur le métal, comme le martellement de l’eau dans le siphon d’une baignoire, la tira de son sommeil. A peine réveillée, elle se sentit irritée par ce bruit aussi régulier que le tic-tac d’une horloge de grand-mère. Clara ignorait combien de temps elle avait dormi sur son canapé mais ses douleurs dorsales lui laissèrent penser qu’elle n’avait pas dû voir grand-chose du film. Tant mieux. Elle savait que regarder ce genre d’épouvante toute seule s’avérait à chaque fois être une piètre idée. Elle ne parvenait jamais à s’endormir et passait sa nuit à épier les moindres bruits, à regarder sous son lit pour vérifier si un étrangleur ne guettait pas le bon moment, un grand couteau de cuisine à la main. Elle adorait avoir peur mais elle gérait si mal ses émotions. Elle s’assit péniblement, éteignit la télévision et écouta : « Ploc....Ploc.... ». Le son résonnait toujours sur la gouttière. Soudain, elle sentit comme une vraie rage l’envahir. D’où cela pouvait-il venir? Elle avait beau scruter le ciel par la petite lucarne de sa chambre de bonne, elle n’y voyait qu’un ciel noir sans lune. Pas l’ombre d’un nuage, pas la moindre trace de goutte de pluie. Et personne ne lave jamais le toit à grande eau que je sache ! Elle décida de prendre un somnifère et se traîna vers son lit étroit, collé au mur. Après de longues minutes à attendre Morphée, la tête enfouie sous son oreiller, elle dût se rendre à l’évidence, elle passerait encore une nuit pourrie à ressasser ses angoisses. Elle s’allongea comme une morte dans son cercueil, les mains croisées sur son ventre, immobile et commença à épier le plafond qui la séparait de son ennemi du soir. L’air froid caressait son visage. Elle frissonna. Toute son attention était accaparée par l’écrasement des gouttes au-dessus de sa tête. Elle devait se résigner. René, son voisin bricoleur et toujours prêt à rendre service, était parti pour le week-end chez sa mère en Normandie et Carole, son adorable fêtarde de voisine , devait sûrement être de sortie ce samedi soir, comme tous les autres samedis soirs d’ailleurs. De toute façon, il n’aurait pas fallu compter sur elle pour se hisser sur le toit ! René l’avait déjà fait pour réparer l’antenne mais Carole, trouillarde comme elle était, n’en aurait jamais eu le courage. Elle n’avait donc personne pour lui tenir compagnie dans cette nouvelle insomnie. Alors, ne pouvant plus contenir sa colère, elle cria : « Aaaaaaaahhhhhhhhhhhh ! Tais-toi donc sale bruit de malheur. Va faire chier ton monde sur un autre toit. » Elle se sentit ridicule et se mit à rire tant sa réaction lui parut stupide lorsqu’elle s’interrompit. Une main sur la bouche, elle sonda le plafond. Non, ce n’est pas possible ! Elle devait sûrement se tromper. Personne ne pouvait décemment marcher sur le toit. Voilà que j’hallucine encore! Ce devait être à cause du cachet. Elle tendit à nouveau l’oreille, rien. Non, pas de bruit de pas. Elle retenait son souffle de peur de se tromper à nouveau quand elle entendit comme un frottement sourd qui semblait avancer au-dessus de sa tête. Elle se redressa brusquement et voulut allumer sa lampe de chevet pour se rassurer, rien. Cette foutue vieille lampe choisit bien son moment pour tomber en rade, tiens ! Elle chercha son téléphone ; mince, plus de batterie ! Elle se leva, pieds nus sur le parquet glacé, avança à tâtons vers le disjoncteur qui se trouvait à côté de la porte d’entrée. Elle ouvrit le placard dans un grincement- ce bruit aussi me tape sur les nerfs !- enclencha l’interrupteur, rien. Le noir total continuait de l’enserrer. Il fallait qu’elle retourne vers sa kitchenette pour trouver une bougie. Elle s’apprêtait à avancer quand elle entendit le parquet grincer dans le couloir. Elle pensait pourtant qu’elle était seule à l’étage ce soir. Elle se figea, colla son oreille contre la porte, le craquement évoluait doucement. Son cœur grossissait dans sa poitrine. Ses yeux, fixés sur l’entrebâillement, perçurent une ombre. Les bruits de pas cessèrent. Elle n’osait plus bouger, comme pétrifiée.
Ce fut alors qu’un déclic se produisit dans sa tête : « Eh, Carole ! Je sais que c’est toi. Bien tenté mais je te rappelle que tu m’as déjà fait le coup une fois. Dommage que je m’en souvienne si bien ! ». Elle sourit, fière de ne pas avoir cédé à la panique cette fois-ci quand elle aperçut une masse sombre passer devant la fenêtre. Son instinct la poussa à se précipiter vers la petite ouverture. Un vent glacial lui souffla au visage lorsqu’elle se pencha pour chercher des yeux ce qu’elle avait vu chuter. L’objet venait forcément du toit. Tout d’abord elle ne vit rien, puis ses yeux s’habituant au froid brûlant et à l’éblouissement des réverbères, elle aperçut une tâche étalée sur le capot d’une voiture noire. Clara se laissa glisser sur son parquet, elle ne sentait plus le froid, elle ne sentait plus rien, la terreur la terrassait, elle se mit à gémir. Écrasée en contre-bas, elle avait reconnu la petite robe rouge de Carole. Elle ne parvenait pas à réfléchir. Les gouttes de sang continuaient de battre la mesure au-dessus de sa tête. Elle n’avait que deux issues possibles. La fenêtre ou la porte derrière laquelle l’ombre l’attendait. Elle n’avait pas le choix, elle devait attendre. Elle entendit un nouveau crissement et comprit que quelqu’un essayait d’ouvrir la porte. Un couteau ! Elle se releva, tituba jusqu’à la cuisine et poussa un cri strident. Elle n’avait pas reconnu son reflet dans le miroir en pied. Calme-toi ! On martelait franchement à la porte à présent et la jeune femme se retrouva le visage baigné de larmes, les mains crispées sur son couteau à viande, les jambes flageolantes. Sa frayeur grandissante l’empêchait de discerner ce qui se passait derrière la porte. Elle souffla comme un chien haletant pour tenter de calmer ses tremblements. « Ouvre-moi, vite ! » Oui, elle n’avait pas reconnu la voix, elle n’avait rien entendu d’ailleurs hormis un vague grognement mais à présent la voix se faisait de plus en plus nette. « Clara, ouvre, bon sang ! ». Elle bondit sur la porte, déverrouilla toutes les serrures de sûreté et se jeta dans ses bras : « René ! Comme je suis contente de te voir, quelqu’un a...
- Calme-toi, je sais, je sais, c’est terrible mais la police arrive.
- Tu te rends compte, Carole....en bas....mais comment....Pourquoi tant de....
- Oui, je sais, tout va bien maintenant. Sois tranquille. Je suis là. Chuttttt.»
René soutint Clara pour la guider vers son canapé. Il la tenait fermement par les deux épaules pour s’assurer qu’elle ne tombe pas de tout son poids sur le parquet. Une fois assise, les yeux perdus dans le vague, il retourna fermer la porte à clef.
Clara était hébétée. Heureusement qu’elle pouvait toujours compter sur René. Elle se sentait rassurée. Mais comment ce cauchemar avait-il pu se produire ? Mais au fait ! Et la Normandie ? Et la mère de René ? Ses sens se remirent en alerte. René venait de fermer la porte : « Clac, clac ». Alors qu’il revenait vers elle, elle perçut très distinctement l’impact des gouttes de sang sur le parquet.
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