3
min

Dépression

Image de Mwan Zamba

Mwan Zamba

2 lectures

0

Samedi 20 Mai 2016
J'ai mal dormi parce que je n'ai pas baisé.

La journée commence mal. Je suis de mauvaise humeur dès le réveil. Réveil ? Lequel ? Je ne me souviens pas avoir dormi. J'ai bien fermé les yeux un moment. Je me suis même légèrement assoupi un temps mais je ne peux pas dire que j'ai dormi. J'étais bien trop nerveux. Et Chérie ronflait vraiment trop fort. Au matin Amour a remarqué mon front bas, et mon œil sombre. Elle m'a demandé ce qui m'arrivait. Boudeur, je l'ai bouclée sachant pertinemment qu'elle savait l'origine de ma frustration. Elle était parfaitement consciente que c'est le sevrage sexuel qui me faisait fumer des oreilles. Que voulait-elle que je lui dise ? «  Je fais la gueule parce que tu t'es endormie alors que je te doigtais ! » Et puis quoi encore ? Je comprends sa position. C'est une femme. Ça l'aurait sûrement valorisé de me savoir en nuit blanche parce je ne l'avais pas baisée. Plus que se faire sauter, les femmes aiment qu'on ait envie d'elles. Avoir envie de les baiser est un argument qui fait monter la note de l'amour. Et moi, ça ne m'aurait pas rabaissé peut-être ? J'aurais montré un côté salaud que je préfère quand même gardé diffus. Il est des choses qu'on ne peut pas avouer. Même pas s'avouer ! Le sexe c'est délicat : la frontière est mince entre l'hyper désir flatteur et l'obsession sexuelle malsaine. Enfin, je ne lui en voulais pas ! Je me détestais de céder si docilement à mes pulsions. Néanmoins, il était hors de question de satisfaire sa vantardise féminine en jetant devant ses sarcasmes mon ego masculin. Peut-être dois-je le répéter : c'est honteux de mal dormir parce qu'on n'a pas baisé. C'est plutôt triste d'être identifié comme obsédé du cul. Même si chérie me préfère plutôt gourmand sexuellement. Je ne suis pas homme à chanter mon côté bonobo.

J'avais honte ! J'aurais préféré passer la journée tapie sous ma couette mais il y' avait le déjeuner des gosses à préparer. Puis il y avait ces satanés chiens à sortir. Je suis descendu au salon un peu après 10h. Finalement je n'ai pas eu besoin de faire quoique ce soi. Les chiens étaient déjà dans le jardin. Le garçon n'avait pas faim et sa grande sœur m'a dit qu'elle se débrouillerait en temps utile. Tous deux étaient absorbés dans un dessin animé peuplé de monstres. Je me suis demandé quels genres de tordus créaient de telles horreurs pour les enfants. Je ne voulais pas que les petits regardent monstres et compagnie, mais le leur interdire c'était risquer l'émeute, en plus de les vider du sentiment d'appartenance. Quand on est enfant, il est très douloureux de ne pas pouvoir faire les même choses que ses camarades. A cet âge là, ce qui compte c'est ressembler à ses copains. Toute différence est destructrice. C'est pourquoi les succès de jeunesse deviennent vite viraux. Les enfants en général ignore l'ego. Ils veulent juste être heureux comme les autres enfants, et si possible entre eux. Néanmoins, je leur ai proposé une ballade à vélo ou un tour avec les chiens. Personne n'était emballé. Dépité, j'ai laissé tombé. Je me suis préparé un thé que j'ai bu sous la terrasse en regardant les cockers croquer des branchages. Le spectacle m'a amusé et la camomille m'a détendu. Je me suis senti plutôt bien, énergique même. La haie avait besoin d'un bon coup de cisaille. Notre pelouse avait maintenant l'air de la crinière folle de Don King. Là aussi il fallait tailler beaucoup. J'ai regretté qu'on ait pas de moutons. Ils auraient fait office de tondeuse avant de finir en sauce ou en broche.

J'ai passé le reste de la matinée à m'engueuler avec des inconnus sur Youtube. C'est fou à quel point l'anonymat de internet nous rend violent et osé dans l'abject. En relisant certains de mes commentaires, j'étais choqué de voir les horreurs que je balançais à des inconnus. Des personnes contre qui je n'avais à priori rien. Elles avaient un avis ignoble sur une question grave! Et alors ? Tomber sur une vidéo raciste anti noir justifiait-il que je traite l'Europe entière de fasciste ou les noirs ayant un avis moins tranchés de vendus ? Non, absolument pas. Je faisais trop de raccourcis douteux. Je me risquais à tellement de glissements dangereux. Il était temps d'arrêter. Je devais passer moins de temps sur internet. Je devais couper court aux intoxications de la toile. J'ai désactivé le bouton wi-fi de mon ordinateur. Aux chiottes réseaux sociaux, site de streaming et compagnie.

Il est tard. Chérie va se coucher. Je fais de même. Rester assis à écrire toute la journée m'a cassé le dos. On fait l'amour. Elle prend une douche. On refait l'amour et elle s'endort sur mon torse. Je regarde une séance d'hypnose pour m'en dormir. Ça ne fonctionne pas. J'attends, les yeux braqués sur l'obscurité, tentant de bouter hors de mon esprit la moindre pensée. C'est la base même de la méditation. Pas étonnant que presque personne n'y arrive. Se vider l'esprit de toute réflexion me semble impossible. Ça me rend fou d'essayer. J'arrête d'essayer d'arrêter de penser. Je tente de me concentrer sur la radio. Mais les chansons me font penser. Que faire ? Comment sortir du piège interminable des pensées qui gambergent sans fin? Faudrait que les yogis m'expliquent comment ils y arrivent. Je baille. Mes yeux commencent à picoter. C'est bon signe. Je me sens de plus en plus fatigué, mais pas assez pour dormir. J'en ai marre de cette journée qui n'en finit pas car ma nuit refuse de commencer. Je maudis Morphe ! Je veux dormir, dormir, juste dormir. Enfin...Sommeil !
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,