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Demain je pars

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Nakoann

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Demain je pars. Tous les abus de notre société sont connus, montrés, démontrés, prouvés, identifiés et pourtant, rien de nouveau à l'horizon. Cette société ne me correspond plus, je ne me reconnais ni dans ses valeurs, ni dans le chemin qu'elle trace pour moi. Une frustration immense m'envahit, me submerge, cette impuissance de pouvoir transformer le monde. Je suis le dernier d'une cordée de plusieurs millions d'individus dont les premiers sont déjà arrivés au sommet, et qui ne cherchent plus à la faire évoluer. Mon seul pouvoir : changer de comportement à mon échelle, petit pas par petit pas. Cela demande une telle exigence que la rage me consume le coeur quand je vois tous ces responsables qui devraient être exemplaires.
Demain je pars, frustration, impuissance. La marche du changement doit commencer par le haut, le statut des gouvernants, parlementaires, sénateurs... doit changer. Ils doivent vivre comme ceux qu'ils gouvernent, sinon comment prendre la meilleure route pour eux? Mais comment des nantis pourraient-ils se réformer? Même un homme de bonne volonté qui s'engagerait dans ce but serait vite transformé. La charge même de dirigeant corrompt. Avec tout les compromis et sacrifices qu'ils doivent faire pour arriver à de tels postes de décision, cela les transforme irrémédiablement. L'ordre semble ne jamais devoir évoluer, et même les grandes actions contestataires ne semblent être qu'un petit caillou dans leur chaussure.
Demain je pars, je suis rempli de désarroi, abattu, sans avenir, le quotidien n'a plus de goût, plus de nuance, l'ennui est partout. Les moments de joie, de surprise, qui ponctuaient parfois la semaine ne sont plus que de vagues souvenirs. L'existence même est devenue ennuyeuse, une succession d'émotions, de situations déjà vues, désenchantées, ne procurant ni joie ni peine. Tout est banal, il n'y a plus d'exceptionnel. Tout semble déjà avoir été vu à travers nos petits écrans, le fait de se mettre en scène ne donne pas plus de saveur à ce que nous avons déjà vu. Nous manquons de spiritualité, de quelque chose qui nous dépasserait, nous transcenderait.
Demain je pars. Que me promet ce pays, cette nation? Trimer toute la journée en attendant les week-ends et les vacances, gagner de l'argent pour me payer une petite maison, une petite auto en attendant une petite retraite? Continuer de croître en consumant toutes les ressources de la planète? En marchant sur mes voisins, en décimant les autres espèces? Qu'il faille corrompre pour gouverner, et se doper pour gagner, est-ce là le paradigme de notre temps? Condamné à poursuivre les mêmes rêves que nos parents, ce destin ne m'intéresse pas. Vivre pour mes petits intérêts dans une petite vie étriquée, non. Je veux quelque chose de plus grand.
Demain je pars, je pars pour une plus grande destinée, quelque chose qui me dépasse, dont je ne serai qu'un élément, mais un élément important, pour accomplir un destin dépassant mon père, ma mère, ma famille, mes amis, et le reste du monde. J'ai essayé de m'accomplir, de trouver une activité, quelque chose dont la simple exécution me comblerait, qui ne nécessiterait ni gros salaire, ni gloire. Mais mon coeur qui se consume ne me permet pas d'accéder à cela.
Demain je pars me battre, c'est tout ce qu'il me reste. Pour qui? Pour quoi? Se battre, c'est concret, plus de mots, de l'action. Je vais changer les choses, reprendre mon destin en main. Je me libère du poids de mon histoire.
Demain je pars. Pour un combat. Je suis prêt à tout donner, mon propre sacrifice ne me fait pas peur, je suis enfin vivant.
Demain je pars. L'accepter me libère de tout, plus rien ne m'atteint contrairement à ce groupe informe, sans foi.
Demain je pars. Tout est clair je ne m'appartiens plus, à l'opposé de cette société qui ne cherche qu'à posséder.
Demain je pars. Mon chemin est forcément le bon, il est en complète contradiction, incompris, par ce monde que j'exècre.
Je pars.
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