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Curieux et voyageur, j'aime la vie, ses calmes et ses tempêtes. Le monde et ses pays où jamais les yeux ne se lassent. Les livres qui nourrissent l'âme et l'esprit. Enfin "Les Autres" qui sont  [+]

Il était content de lui, la réparation de la clôture avançait bien. Les sangliers qui se sentaient partout chez eux allaient devoir passer ailleurs. 13 heures, Il terminait son casse-croûte quand son chien se mit à gémir bizarrement.
Avant d’en avoir pris conscience “Il” était là, devant lui, arrivé sans aucun bruit. Pas bien grand, pas vraiment petit, tout bizarre de partout avec ce qui semblait être de grands yeux indescriptibles qui étaient au nombre de trois.
Son chien, paniqué demeura recroquevillé.

Pétrifié, il laissa échapper ses gants de cuirs. Car manifestement « il » n’était pas du coin, mais alors pas du tout. Rien à voir avec les bras cassés de Saint Vigan, le village voisin, contre qui il jouait au rugby le dimanche. Son apparence était vraiment éloignée du look de vainqueurs toujours vaincus de ses voisins dominicaux.
”L’autre” s’avança vers lui d’une démarche peu sûre en inspectant les restes de son repas et les objets présents sur la serviette. Francis écarta les bras pour montrer qu’il ne portait aucun rayon laser pétrifiant au cobalt boulversifié.
Mais “l’autre” ne bronchait toujours pas, et scrutait avec attention la serviette.

Soudain il tomba en arrêt devant le trognon de la pomme qu’il venait tout juste de terminer. Il était tout bouleversé par la découverte. Avec ses petits bras qui paraissaient musclés, Il fit des signes que Francis ne comprit pas et il lui répondit en agitant de façon identique les bras de haut en bas.” L’autre” sorti un récipient et avec précaution y logea le trognon. Il déposa quelque chose à la place et fit demi-tour tout en contemplant sa boite avec dans les yeux une lueur de ce qui équivalait sans doute à de l’amour.

Francis se réveilla sous la langue râpeuse de son chien. Abasourdi il en était encore à se rassembler lui-même quand dans sa main, il découvrit un carré qui brillait d’une lumière chaude.

Le lendemain il était à la même place, après avoir terminé la clôture en surveillant ses arrières du coin de l’œil. Comme convenu son ami Paul vint le rejoindre peu avant 13 H. Ils avaient mangés quelques pommes dont les trognons étaient bien en vue.
Paul : tu es sûr qu’il est intéressé uniquement par les trognons de pommes ?
Francis : Oui et il paie en plaquette d’or, mais surtout ne soit pas surpris parce que je te préviens : il est un peu bizarre.
Paul laissa tomber sa gourde et sa bouche forma un cercle qui n’émit aucun son.. ” L’Autre ” était devant eux...

Francis par habitude releva les bras et l’échange s’effectua sans que personne ne dise rien. Et ” l’Autre” délaissa les pommes entières, pour se concentrer sur les trognons.
Le lendemain la moitié du village était là, équipée de paniers qu’ils avaient fiévreusement garnis de trognons de pommes. Dans tous les coins, les retardataires grignotaient dans le but d’aligner au plus vite les trognons dans des cagettes.
Le scénario se répéta et ” les Autres ” arrivèrent sans bruit et la collecte se fit dans un silence étrange. Chacun tentant de synchroniser ce qu’il voyait et ce qu’il comprenait. Les trognons confectionnés artificiellement au couteau furent délaissés.
Le retour au village fut beaucoup plus bruyant : Ils repartaient plus riches qu’ils n’étaient venus Mais déception pour les photographes, ils n’immortalisèrent que des lumières qui ressemblaient à des éclairs de flash trop forts.
Le lendemain dès 5 heures du matin, ils arrivèrent de partout, certains avaient dormis sur place dans des campings cars. Une baraque à frites avait même fleurit et une odeur de saucisses grillées balayait le champ de Francis.

A 13 heures un hélicoptère survola le lieu tandis que les gendarmes essayaient de mettre un peu d’ordre tout en grignotant des pommes. Mais le prix des pommes avait atteint de tels sommets que les pommes manquaient victime d’un ratissage en règle dans un rayon de cinquante kilomètres.
Francis regardait tristement sa clôture à terre, son champ défoncé et son troupeau effrayé qui s’était éparpillé on ne sait où.

Le jour d’après à 13 heures pétantes : La folie était toujours bien présente : mais plus de pommes. Chacun avait compensé, suivant son imagination par des objets divers de tous horizons. C’était une gigantesque brocante à ciel ouverte.
Les ” autres” arrivèrent nombreux mais devant la maigre récolte de trognons ils ne firent que passer et Il fallut se rendre à l’évidence sans pomme : il n’y aurait plus de visite. Et dès le lendemain, les visites cessèrent et avec eux les rêves d'un loto gagnant quotidien...


Francis trois clous dans la bouche venait enfin de terminé sa clôture. Quand un coup de fil de Paul l’avertit qu’à Saint Vigan, “les Autres” étaient revenus et se jetaient maintenant sur des trognons de poires. Et la gendarmerie débordée songeait à faire appel à l'armée.


Sa pomme terminée, il jeta un oeil aux alentours puis enterra le trognon sous les yeux de son chien Téquila, avant de prendre le volant pour s'éloigner au plus vite de la foule enfiévrée de Saint Vigan.

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