Délire forestier

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J'ai toujours aimé lire. Je suis addict depuis l'âge de 7-8 ans... Puis, avec les années, j'ai découvert qu'écrire procurait aussi bien du bonheur. Oh je me sens bien modeste, n'ayant pas de don  [+]

Je roule aussi vite que je peux, tentant d’éviter les ronces, les branches basses, les racines entravant mon chemin. Je dois à tout prix maintenir mon guidon droit. Pourquoi, après 5 kms, avoir bifurqué vers ce petit sentier où je n’avais jamais mis les pieds auparavant ? Comme si une force m’avait poussée à tourner à gauche en pleine forêt au lieu de continuer sur l’allée bétonnée familière ?
Serait-ce l’impact du film d’hier soir où l’héroïne avait sa vie toute tracée, comblée de bonheur. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle s’amourache du vilain garçon mais bon sang, c’est vrai qu’il était beau... Ou bien le repassage que je viens de terminer, debout pendant des heures, qui m’a fait ressentir le besoin absolu de bouger et provoquer le ronron de ma vie si bien rangée ?
Mon petit sentier commence à devenir minuscule, je dois rouler bien droit sur l’unique trace et baisser la tête à plusieurs reprises pour ne pas m’érafler le visage. Ouille, mes chevilles ! Satanées ronces...
Où suis-je partie ? Et si quelque chose m’arrivait ? Ce sentier devient vraiment étroit et je vois bien que la végétation s’épaissit et se resserre autour de moi.
Quel est ce bruit ? Bon sang, si je me retourne, je me ramasse, c’est sûr. Et si je m’arrête... non, ne pas s’arrêter. Filer, filer vite. Le bruit me suit, se rapproche. Et si c’était un sanglier ? non, pas ça... Ah, ce n’est qu’un cycliste qui me double, accompagné de son chien... J’ai envie de lui dire « attendez-moi ! » mais je ne peux pas, pour qui me prendrait-il ? Et puis, je ne le connais pas ce cycliste après tout, c’est peut-être un sale type, un sale type en VTT ? Il a bien fait de me doubler...
Elle est où ma maison ? à droite ? à gauche ? Je suis seule, complètement seule, dans un silence quasi-total, en plein milieu de l’après-midi. Tout le monde travaille. Il n’y a que moi qui ai eu la lubie de faire du vélo en forêt, moi qui n’ai pas le sens de l’orientation. Faîtes-moi tourner trois fois sur moi-même et me voici sur une autre planète ! Quelqu’un pourrait surgir là du sentier de droite et me sauter dessus avec un couteau, ce serait fini... Filer, filer vite. Mes genoux me font mal. Je suis fatiguée. Que le destin me joue un sale tour, et tant pis, je l’aurai voulu !
Qui sont ces deux silhouettes que j’aperçois au loin, dans le fond du sentier ? Je ne vois rien de loin, une taupe... mais comme je n’ai pas le choix, je dois continuer. Bon, à toute vitesse alors, enfin... à ma toute vitesse à moi... Tiens donc, deux dames, légèrement vêtues, bon... soyons polis : « bonjour... » et vite, filer pour le cas où le caissier serait encore dans les parages... Filer, filer vite.
Je roule, je roule, chemin à gauche, chemin à droite, branchages à éviter, léger dérapage dans une ornière encore humide, rattrapage in extremis... non, pitié, pas de gamelle, et si je me cassais un poignet, ici, seule, le portable en fin de batterie ?... Me reste que 3%. Impossible d’enclencher le GPS. D’ici une heure, le jour commencera à tomber. Je n’ai rien dit à personne, le dîner est prêt, le repassage est fait. Ca va, ils auront une chemise prête pour demain et moi ? Je serai où demain ? Ici toute seule à avoir un mal de chien ? Ou à l’hôpital peut-être si l’on me trouve ? Zut, je n’ai pas fait la vaisselle... il faudra qu’ils la fassent... Je devais aussi me rendre à la Sécu. Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? C’est bon, je file toujours, personne en vue, je n’ai même pas rencontré un chien teigneux finalement, juste un brave cycliste et deux dames au labeur.
Tiens ! Des traverses de chemin de fer ! Ah là là ! Manquait plus que ça ! Mon lotissement est de l’autre côté, je le sais, j’aperçois les premières maisons. Vite, traverser... Et si un train surgissait, la voie n’est plus en fonction mais que sais-je, ils l’ont peut-être réactivée, je ne suis pas au courant de tout, moi, et puis, je peux me tordre la cheville, tomber et on me retrouvera le lendemain en galette bretonne... Cours, cours, Forest ! (ah que j’aimais ce film avec Tom Hanks pour acteur principal. Tiens, il faudra que je me le re-visionne un jour... oui... si je peux encore... !)
Et là, la dernière ligne droite que je reconnais jusqu’à la maison, ma maison, mon foyer, mon home, mon nid, je t’adore...
Enfin ! Après mon vélo gentiment remis en place et ¼ litre d’eau ingurgité, je me laisse tomber dans mon fauteuil, remise de mes émotions, dégustant un petit café bien mérité, les deux pieds sur la table du salon (ben oui, éreintant de jouer les exploratrices...).
Soudain, la porte d’entrée s’ouvre et la voix familière maritale surgit :
- T’es où ? Je suis là !
- Ah au fait, t’as lavé mon pantalon pour demain ? »
Je me lève de mon fauteuil, postérieur vermoulu et joues toutes roses de mon épopée :
- Ah, t’es rentré ? Ca va ? Oui, ton pantalon est prêt.
Tu sais quoi ? je viens de faire 10 kms à vélo en forêt. C’était trop super !!
Je me suis éclatée comme jamais...

Une heure après, j’allume le PC et commence.... tapatapatapat.....  : « Délire forestier »........
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