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Délire forestier

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Lililala

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Je roule aussi vite que je peux, tentant d’éviter les ronces, les branches basses, les racines entravant mon chemin. Je dois à tout prix maintenir mon guidon droit. Pourquoi, après 5 kms, avoir bifurqué vers ce petit sentier où je n’avais jamais mis les pieds auparavant ? Comme si une force m’avait poussée à tourner à gauche en pleine forêt au lieu de continuer sur l’allée bétonnée familière ?
Serait-ce l’impact du film d’hier soir où l’héroïne avait sa vie toute tracée, comblée de bonheur. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle s’amourache du vilain garçon mais bon sang, c’est vrai qu’il était beau... Ou bien le repassage que je viens de terminer, debout pendant des heures, qui m’a fait ressentir le besoin absolu de bouger et provoquer le ronron de ma vie si bien rangée ?
Mon petit sentier commence à devenir minuscule, je dois rouler bien droit sur l’unique trace et baisser la tête à plusieurs reprises pour ne pas m’érafler le visage. Ouille, mes chevilles ! Satanées ronces...
Où suis-je partie ? Et si quelque chose m’arrivait ? Ce sentier devient vraiment étroit et je vois bien que la végétation s’épaissit et se resserre autour de moi.
Quel est ce bruit ? Bon sang, si je me retourne, je me ramasse, c’est sûr. Et si je m’arrête... non, ne pas s’arrêter. Filer, filer vite. Le bruit me suit, se rapproche. Et si c’était un sanglier ? non, pas ça... Ah, ce n’est qu’un cycliste qui me double, accompagné de son chien... J’ai envie de lui dire « attendez-moi ! » mais je ne peux pas, pour qui me prendrait-il ? Et puis, je ne le connais pas ce cycliste après tout, c’est peut-être un sale type, un sale type en VTT ? Il a bien fait de me doubler...
Elle est où ma maison ? à droite ? à gauche ? Je suis seule, complètement seule, dans un silence quasi-total, en plein milieu de l’après-midi. Tout le monde travaille. Il n’y a que moi qui ai eu la lubie de faire du vélo en forêt, moi qui n’ai pas le sens de l’orientation. Faîtes-moi tourner trois fois sur moi-même et me voici sur une autre planète ! Quelqu’un pourrait surgir là du sentier de droite et me sauter dessus avec un couteau, ce serait fini... Filer, filer vite. Mes genoux me font mal. Je suis fatiguée. Que le destin me joue un sale tour, et tant pis, je l’aurai voulu !
Qui sont ces deux silhouettes que j’aperçois au loin, dans le fond du sentier ? Je ne vois rien de loin, une taupe... mais comme je n’ai pas le choix, je dois continuer. Bon, à toute vitesse alors, enfin... à ma toute vitesse à moi... Tiens donc, deux dames, légèrement vêtues, bon... soyons polis : « bonjour... » et vite, filer pour le cas où le caissier serait encore dans les parages... Filer, filer vite.
Je roule, je roule, chemin à gauche, chemin à droite, branchages à éviter, léger dérapage dans une ornière encore humide, rattrapage in extremis... non, pitié, pas de gamelle, et si je me cassais un poignet, ici, seule, le portable en fin de batterie ?... Me reste que 3%. Impossible d’enclencher le GPS. D’ici une heure, le jour commencera à tomber. Je n’ai rien dit à personne, le dîner est prêt, le repassage est fait. Ca va, ils auront une chemise prête pour demain et moi ? Je serai où demain ? Ici toute seule à avoir un mal de chien ? Ou à l’hôpital peut-être si l’on me trouve ? Zut, je n’ai pas fait la vaisselle... il faudra qu’ils la fassent... Je devais aussi me rendre à la Sécu. Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? C’est bon, je file toujours, personne en vue, je n’ai même pas rencontré un chien teigneux finalement, juste un brave cycliste et deux dames au labeur.
Tiens ! Des traverses de chemin de fer ! Ah là là ! Manquait plus que ça ! Mon lotissement est de l’autre côté, je le sais, j’aperçois les premières maisons. Vite, traverser... Et si un train surgissait, la voie n’est plus en fonction mais que sais-je, ils l’ont peut-être réactivée, je ne suis pas au courant de tout, moi, et puis, je peux me tordre la cheville, tomber et on me retrouvera le lendemain en galette bretonne... Cours, cours, Forest ! (ah que j’aimais ce film avec Tom Hanks pour acteur principal. Tiens, il faudra que je me le re-visionne un jour... oui... si je peux encore... !)
Et là, la dernière ligne droite que je reconnais jusqu’à la maison, ma maison, mon foyer, mon home, mon nid, je t’adore...
Enfin ! Après mon vélo gentiment remis en place et ¼ litre d’eau ingurgité, je me laisse tomber dans mon fauteuil, remise de mes émotions, dégustant un petit café bien mérité, les deux pieds sur la table du salon (ben oui, éreintant de jouer les exploratrices...).
Soudain, la porte d’entrée s’ouvre et la voix familière maritale surgit :
- T’es où ? Je suis là !
- Ah au fait, t’as lavé mon pantalon pour demain ? »
Je me lève de mon fauteuil, postérieur vermoulu et joues toutes roses de mon épopée :
- Ah, t’es rentré ? Ca va ? Oui, ton pantalon est prêt.
Tu sais quoi ? je viens de faire 10 kms à vélo en forêt. C’était trop super !!
Je me suis éclatée comme jamais...

Une heure après, j’allume le PC et commence.... tapatapatapat.....  : « Délire forestier »........
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RAC · il y a
Whaou ! En parcourant ce texte j'ai eu l'impression d'avoir fait des km avec vous...et je suis crevée ! Quelle énergie ! et bravo pour le clin d'oeil aux divers habitants des forêts... Une récit hâletant !
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Elisabeth Marchand · il y a
J'ai vu votre passage sous un TTC de Raynaud... alors, la curiosité m'a amenée ici... et je ne suis pas déçue!! C'est bien écrit, haletant... quel dommage que vous ne proposiez rien au concours, vous seriez plus lue (même si on ne vise pas le podium des gagnants!)
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Lililala · il y a
Ah Elisabeth.. votre commentaire me réchauffe le coeur ! Je propose, je propose mais le Comité Short ne m'ayant accepté que mon premier texte "Sacré Papy", mes textes n'apparaissent pas sur les TTC ! ("je l'aurai un jour... je l'aurai !!"). M e r c i !
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Elisabeth Marchand · il y a
Je n'ai jamais encore compris les choix de Short, refus ou acceptation des textes... Dans ce cas, attendez les Prix Ephémères, là, tous les textes sont acceptés mais il faut passer par une contrainte : un thème imposé et un nombre de signes à ne pas dépasser... mais cela ne va pas vous posez problème... l'imagination, vous l'avez! A bientôt! Et toute mon amitié...
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Jcjr · il y a
Ouf, quel rythme. Je me suis demandé à quel moment je pouvais reprendre ma respiration. J'ai aimé cette belle ballade. Je vous invite à partager avec moi mon dernier TTC " L'essentiel".
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Lililala · il y a
hahaha ou hihihi (je ne sais jamais - bref je ris !), oui je m'époumonne moi-même à la relecture... Merci pour votre petit mot. Je m'en vais lire votre dernier TTC
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Gali Nette · il y a
Bien écrit, intéressant. Fin peut-être un peu convenue et encore...
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Lililala · il y a
Merci Gali Nette ! Je vais booster mes méninges pour soigner mes chutes...
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Dolotarasse · il y a
Prête à recommencer ! Cela fait du bien une échappée ;-).
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Lililala · il y a
Ah que oui ! promis, pour les frustrés, la prochaine fois, je tombe (ah ! ça me rappelle une chute qui m'est arrivée. Rendez-vous sous peu dans "humour" !!). Merci pour votre petit mot
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Pierre Lieutaud · il y a
Bien écrit. La fin aurait pu être plus surprenante ( la fameuse chute de la nouvelle qui manque ici).
Personnellement, je crois qu'on peut raconter une histoire sans cette chute obligée...

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Lililala · il y a
Merci Pierre pour votre commentaire. C'est bien noté...
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Réginald Ress · il y a
Belle mise en abyme, bravo.
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Lililala · il y a
Merci beaucoup Réginald !
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