Défense et illustration de la langue française

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A la suite de ma réussite à un concours de nouvelles, un article dans le journal local fut le début de ma carrière internationale. En effet, encouragée par ma famille, mes amis et mes collègues, je me lançais dans la rédaction de mon premier roman.
Envoyé sans grand espoir à Flaxot (dont le slogan est « la lecture, une sinécure »), mon ouvrage plut au comité de lecture du susdit éditeur.
C’est ainsi qu’en février 2017 paraissait : « Et si c’était demain ? »

Flaxot, à qui on ne la fait pas, organisa un buzz sur internet pour booster les ventes. Le pitch en était : « humble bibliothécaire, elle envoie son premier roman à une grande maison d’édition et avec ce seul et unique envoi, elle se fait éditer ». Quelle success-story !

Il va sans dire que « Et si c’était demain ? » devint vite un best-seller. Ce n’était que le début de la gloire. Grâce aux conseils de quelques écrivains devenus mes amis (Michel – Lætitia –Harlan - Joanne Kathleen - Gilles...), je peaufinais mon style.
Les critiques saluèrent en moi une véritable page-turner capable de créer un cliff-hanger à la fin de chaque chapitre.

Dans la foulée, je sortis un deuxième opus, que je gardais dans mes tiroirs et que je remaniais pour l’occasion. Le pari était osé. Loin de la chick-lit qui m’avait fait connaître, j’avais écrit un road-movie un peu trash qui se déroulait en Beauce, donc assez roots. Heureusement mon public me suivit. Ouf ! Je n’étais pas has-been. A la rigueur, on me considérait comme un peu borderline mais toujours comme une brave fille, la girl-next-door en quelque sorte.

Suite logique : le cinéma s’intéressa à moi et voulut adapter mon premier roman.
Sorti au moment des fêtes de Noël, l’adaptation plut énormément : ce fut une véritable cash machine. Finauds, les producteurs pressentaient le bon filon et se battaient pour adapter un auteur devenu bankable. Rapidement, un DVD collector fut édité avec un making-of conséquent.

Mes ventes de livre avaient fait de moi une millionnaire, il faut le dire.

Je pensais être capable de résister au consumérisme, à l’achat de l’accessoire must-have. Mais j’étais devenue, un peu malgré moi une fashionista : les redoutables rédactrices de mode me présentaient comme la it-girl du moment. Ma photo fit bientôt son apparition dans les magazines féminins. On vantait mon dress code. Installée en front row lors des défilés de mode, je ne perdais rien de l’évolution des mannequins sur le catwalk. J’étais toujours hype quand je foulais le red carpet des soirées, aux after ou aux before, auxquels j’étais invitée.

J’avais engagé un personal shopper qui m’aidait à ne pas commettre de fashion faux-pas.
A notre première rencontre, il m’avait dit : « pour tes dessous, un shorty et un push-up mettront tes formes pulpeuses en valeur. Ne choisis jamais de vêtements cheap. Ne pense plus à mettre de jeans, qu’ils soient slim, bootcut ou flare. Evidemment rien non plus de baggy ou d’over-sized : c’est juste bon pour les kids ! Non, pour toi je vois du trendy, du preppy, du vintage. Et pour ton make-up, je préconise un fond de teint nude qui mettra ton teint de porcelaine en valeur et des yeux smoky pour faire ressortir ton regard. »

J’avoue : j’étais devenue addict du shopping. Je frôlais la cure de rehab. Dieu merci, dans un dernier sursaut, je me remis à lire les grands auteurs français. Ce qui me rappela à une certaine humilité. Le but de ma vie était-il d’être une icône de mode ou d’écrire « une œuvre » ?

C’est dans une chambre quasi monacale du grand hôtel Barrière de Deauville (tiens je fais du name-dropping !) que je m’attelais à la rédaction de mon prochain opus : un pamphlet contre l’invasion de la langue anglaise dans le quotidien des français. (L.O.L. !)

Je faisais de longues promenades, seule, face à la mer, et la puissance des éléments naturels me rappelait la fragilité de l’être humain.
Une plage, c’est vraiment the place to be, pour remettre les choses à leur vraie place...

Isabelle, what else ?
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Ginette Flora Amouma · il y a
Truculent et tellement d’actualité !
Il faudrait revenir à nos Belles-Lettres françaises .

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Joëlle Brethes · il y a
Votre texte m'a intriguée et m'a poussée à chercher si ce roman ("Et si c'était demain") existait, au cas où vous auriez romancé l'histoire de la vie de son auteure... Des difficultés (techniques) de navigation m'ont interrompue, mais j'ai trouvé au moins deux auteurs d'un tel titre dont l'Américaine Sidney Sheldon...
Quoi qu'il en soit, j'aime beaucoup votre texte qui peint les effets dévastateurs du succès sur certaines personnalités...

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