Décharge

il y a
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De mon vrai nom Sophie Renaudin, il m'arrive de me prendre pour un dragon. On peut me trouver dans mon antre : www.dragonaplumes.fr J'y parle de mes romans, de mes coups de coeur, de mon quotidien  [+]

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— Ouvre la valve ! Le condensateur ne va pas... Aah !

Élisabeth fit volte-face pour voir une décharge d’énergie éthérique s’échapper du moteur et frapper Philippe. Le corps du mécanicien prit la consistance d’un ballon d’hélium et se mit à flotter vers le plafond. Il avait perdu connaissance sur le coup, s’il fallait en juger par ses ronflements.

— Salle des machines ! Qu’est-ce que vous trafiquez ? tonitrua la voix du capitaine depuis un conduit fixé au mur.

Élisabeth poussa un juron et s’arc-bouta sur la valve. Un jet de vapeur se répandit dans la pièce, achevant de transformer en étuve l’espace encombré de citernes et de tuyaux de cuivre rutilants.

Une ombre passa devant les hublots. C’était le navire adverse qui les rattrapait par le flanc, avalant la mer de nuages. L’abordage était imminent.

Élisabeth aurait aimé s’offrir quelques secondes pour paniquer en bonne et due forme, mais un sifflement de mauvais augure retentit. Elle plongea au sol. Une nouvelle décharge s’abattit à l’endroit où elle s’était trouvée une seconde plus tôt, transformant sa meilleure clé à molette en souris verte. Le rongeur s’enfuit sans demander son reste. Le moteur éthérique s’emballait, évacuant son trop-plein d’énergie dans toutes les directions.

— Pourtant j’ai ouvert la valve ! protesta Élisabeth, rampant à quatre pattes sous le couvert des tuyaux.

Elle repéra vite la cause du problème : dans son ascension, la salopette de Philippe s’était accrochée à un levier et l’avait relevé. La cuve adjacente était sombre et immobile.

Élisabeth jaillit de son abri, chassa son collègue volant d’un revers de main impatient et baissa le levier. Le condensateur se remit en marche. Le liquide de la cuve s’illumina d’une teinte bleutée et commença à bouillir. Le moteur expulsa de la vapeur par toutes ses valves et consentit à se calmer.

Non sans une dernière décharge, cependant, qui frôla Élisabeth. Sous le coup de la frayeur, elle se cramponna à son levier. Philippe avait disparu. C’était encore lui que la décharge avait dû frapper. Pauvre vieux, se dit-elle. Mais elle n’y mit pas beaucoup de sincérité. Mieux valait un mécano touché deux fois que deux mécanos inconscients, c’était mathématique.

Et voilà que le navire pirate s’éloignait par les hublots. Ils reprenaient de l’avance.

— Miaou.

— Miaou ? répéta Élisabeth, qui, bien que distraite par son soulagement, savait que ce n’était pas un son que le moteur produisait en temps normal.

Un chat voletait près du plafond. Ses petites ailes blanches brassaient les nuages de vapeur en volutes complexes.

— Philippe ?

Le chat fit le tour de la pièce, puis, soudain, plongea derrière une citerne. Un couinement de terreur annonça qu’il avait trouvé la souris. Elle n’était clairement pas décidée à se laisser faire, car s’ensuivirent un grand vacarme et l’extinction brutale des lumières.

Élisabeth accourut dans le noir, se cognant aux tuyaux brûlants et trébuchant sur une boîte à outils. Les lumières se rallumèrent et s’éteignirent à nouveau. Le chat poursuivait la souris sur le panneau de contrôle principal. Élisabeth bondit et attrapa le matou, mais trop tard : sa patte s’abattit sur le gros bouton rouge.

Un grand calme descendit sur la pièce. Le moteur s’était arrêté.

— SALLE DES MACHINES ! vociféra le conduit juste à côté d’Élisabeth, si fort qu’elle en eut des acouphènes.

Elle martela frénétiquement le bouton de démarrage.

— Allez, maudit tas de ferraille !

L’engin se remit en route avec réticence. Les cuves recommencèrent à frémir, les jauges remontèrent lentement.

Mais les hublots s’assombrirent et un gros choc secoua la carcasse du navire. Les pirates les abordaient.

Du moins, ils essayèrent sans doute. Mais alors que les coques de deux vaisseaux frottaient l’une contre l’autre, le navire ennemi cogna dans l’antenne de terre du moteur. Le condensateur, en surtension depuis l’emballement, y trouva l’occasion de se délester. Une décharge éthérique se déversa sur le second bateau et le transforma en cétacé géant.

Élisabeth n’eut que le temps de voir la confusion sur les visages des pirates perchés sur le dos de la baleine avant que la bête plonge sous les nuages.

Elle baissa les yeux.

— Miaou, dit Philippe.

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Eric diokel Ngom · il y a
Un texte structuré et original .je suis un débutant Admiratif. Vos impressions me permettront sûrement de progresser voici mon œuvre que vous pouvez également soutenirhttps://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/au-commencement-etait-lamour-2 jj
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François Duvernois · il y a
Original, fantaisiste et plein d'humour.
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Sophie Renaudin · il y a
Merci !
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Thara · il y a
Un texte original qui a le mérite de faire sourire...
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Sophie Renaudin · il y a
Merci Thara. ^^
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Ginette Flora Amouma · il y a
C'est assez mouvementé dans les coursives du navire !
Je participe aussi au prix sourire dans les deux catégories adulte et jeunesse : " le plateau de friandises " et la course au trésor " . Je vous invite à les lire . Merci beaucoup .

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Sophie Renaudin · il y a
Merci à vous Ginette, et bonne chance pour le concours !
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Utilisateur désactivé · il y a
+ 5 voix! bonne continuation :)

Venez donc découvrir ma peinture actuellement en finale d'un autre concours :)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/dumbledores-tattoo-1

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Sophie Renaudin · il y a
Merci Béné. Bonne chance pour votre concours !
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Keith Simmonds · il y a
Un joli texte bien inscrit dans une ambiance dynamique ! Mes voix !
Une invitation à venir découvrir “Didi et Titi” qui est en lice pour le Prix
Faites Sourire Catégorie Jeunesse 2018. Merci d’avance et bonne journée !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/didi-et-titi

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Sophie Renaudin · il y a
Merci Keith ! Hélas j'ai lu votre texte mais le sort de ce pauvre Titi m'attriste. Bonne chance pour le concours !
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Sylvie Neveu · il y a
Miaou !
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Liam Azerio · il y a
Belle ambiance fantasy steampunk, c'est franchement idéal pour débuter une journée :)
J'ai beaucoup aimé ton chat-ailé qui m'a rappelé un peu celui du cycle d'Ambremer de Pevel, et j'ai adoré ton écriture pleine de pep's et avec un aspect technico-étherique très bien travaillé ! Pauvres pirates, miaou !
On veut connaître la suite :D
Merci et bravo, Sophie :)

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Sophie Renaudin · il y a
Merci beaucoup Aurélien ! Je ne connais pas ces livres, mais je n'ai pas la prétention d'imaginer que je suis la première à créer un chat ailé. J'y jetterai un œil à l'occasion !
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Hervé Mazoyer · il y a
Du grand n importe quoi sur une cadence soutenue qui nous fait rire....pauvre philippe. J ai passé un bon moment merci. Mes voix pour vous. Si vous le souhaitez venez lire "train d enfer" en competition nouvelles et "le ridicule ne tue plus" en competition ttc. Amicalement.