De religione

il y a
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Si j'écrivais une autobiographie, ma vie serait une feuille blanche, terne, insipide, où aucune possibilité de la voir s'agrandir s'ébauche et où la profondeur n'existe. C'est justement pou  [+]

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Assise sur son fauteuil roulant, Marie se perdait devant l'immensité de la cathédrale s'élevant devant elle. Une sensation de nausée l'arpenta, à mesure que son corps ressentait l'air froid s'échappant de l'intérieur du monument. À l'intérieur, rien ne s'arrangea, tellement la stature du lieu semblait démesurée par rapport à la raison elle-même.

- « Admire cette magnifique structure, somma une voix féminine derrière le fauteuil.

- Ce n'est pas la première fois que je viens ici, répondit sèchement la jeune fille. Avant que mes parents meurent, tous les dimanches, nous avions l'habitude de venir à la messe ici.

- Quelle chance tu as, félicita la voix féminine. Être venu autant de fois dans ce saint lieu, c'est comme être un privilégié !

- Au départ oui, répondit la fille. J'ai toujours été habitué à vivre au contact de la religion catholique. Je portais en permanence un pendentif en forme de croix. Je baignais dans ce monde, chaque seconde de ma vie, comme si mes parents voulaient me l’inculquer par la force et la propagande. Eux-mêmes ne parlaient que de ça, s'amusaient à tester leurs connaissances sur la bible et vouaient aux gémonies l'intégralité des thèses scientifiques qui n'acceptaient pas ou remettaient en cause l'existence de Dieu. Quand j'étais encore au collège, peu de personnes comprenaient l'intérêt que j'avais pour la religion, et certains se moquaient de moi pour je ne sais quelle raison. Je me souviens juste qu'on me disait souvent que j'étais "dans mon monde"... Mais, je restais convaincu de ma foi. Après tout, mes parents m'avaient éduqué comme cela et j'avais leur amour. Puis, il y eut cet incendie.

- Si tu veux, coupa la femme derrière son fauteuil, tu n'es pas obligé de me parler de ça.

- Ne vous en faites pas, je n'éprouve plus rien à parler de ça. Ce temps est révolu maintenant et a fait de moi ce que je suis à présent. J'ai peut-être tout perdu, mes jambes quand la poutre s'est effondrée sur moi, mes parents et toutes mes affaires, mais je suis encore là, et je compte vivre comme je l'entends, que ce soit avec vous, ma famille d'accueil, ou seule. Celui auquel je croyais le plus m'a lâchée moi et mes parents. S'il existe comme vous le prônez, Dieu a détruit ma vie pour m'en faire commencer une autre, là où lui et ses soi-disant préceptes n'existent pas, conclut l'handicapée.

La discussion finit sur ces mots, résonnant dans la cathédrale. Les deux femmes s'avancèrent au premier rang pour écouter la messe. Marie resta dans son fauteuil et attendu le début de la cérémonie, livre en main.



Au bout de vingt minutes, la messe débuta. La liturgie de la parole commença dès que les fidèles récitèrent « Je confesse à Dieu », pour continuer sur le Gloria. Marie ne se sentit pas bien. Elle regarda toutes les personnes présentes, en se demandant comment tout cela était possible. Elle se demanda comment tant d'hommes et de femmes pouvaient croire en un pardon miraculeux. Leur attitude était trop absconse à ses yeux.

Son enfance lui revint en mémoire à ce même moment. Elle se rappela alors avec quelle joie ils venaient, elle avec ses parents, et le bien que ça lui faisait. Mais, plus rien n'existait, il ne restait que ces souvenirs nauséabonds et pervers, qui lui mirent les larmes aux yeux.

Dès la prière d'ouverture, Marie ne put se contenir. Elle roula jusque devant le chœur et laissa s'échapper toute sa pensée, comme pour s'exorciser.

- Mais, debout ! Relevez-vous ! Que faites-vous là, agenouillée, devant un homme prêchant une parole totalement manipulée pour vous faire voir un monde idéalisé ? Aucun homme n'a le droit, ni le devoir, d'être à genoux devant un autre, ni même devant une croyance hypothétique ! Aucune autorité, politique ou religieuse, ne doit vous assujettir, l'homme est ainsi fait qu'il n'a pas d'ordre positiviste à recevoir !

Et la religion ? N'est-elle pas qu'un moyen, du moins dans les siècles d'avant, pour encadrer la population ? Où trouvez-vous donc la parole divine, d'un Dieu miséricordieux et bienfaiteur s'il n'est là que par les modifications des textes, faites par un tiers ? N'est-il donc pas un dictateur, ou un Empereur ? Non ! L'homme n'a pas à croire ces discours enjolivés et utopiques ! Je vous le dis, rien ne sert de croire des supposés réceptacles, si c'est pour modifier sa parole, car c'est le diable lui-même qui vous lit les textes saints ! De ce fait, ne croyez pas au discours auréolé de bonheur après la mort, de paradis ou de purgatoire, car l'homme doit rester réaliste jusqu'au bout ! Tout ce que vous entendez de religieux a été changé, réécrit, pour des besoins propres ! Le purgatoire en est la preuve. Comment des préceptes modifiés peuvent être gage de vérité, si tout est dénaturé ?

Debout ! Ce n'est pas en suivant cette figure paternelle, ni en se gonflant les poumons d'opium et encore moins en croyant à ces douces paroles, que le chemin de la vie s'esquisse sous nos pas ! La vie se joue par ses bons et ses mauvais moments, mais ce n'est pas une raison pour occulter une de leurs sombres parties ! Je n'ai pas fait de pari pour m'assurer un bon futur post mortem, j'ai juste le souhait que chacun se détourne d'un chemin en pente, boueux, et qui ne mène qu'à la désillusion, plutôt que d'affronter de face ses problèmes ! Je suis de celles et ceux qui sont réalistes, car la réalité est moins facile à manipuler que des saintes paroles. »

Un silence investit les lieux. Seul le souffle de Marie parasita la tranquillité nouvelle des lieux. Tout le monde la regardait, de son fauteuil, comme une bête de foire à qui on lance des cacahuètes.

Soudain, Marie sentit en elle comme une force, une énergie qui se diffusait dans ses jambes. Puis, dans un élan soudain, presque aidée par une force invisible, elle posa un pied à terre et enfin le second. Choquée, mais heureuse, elle marcha devant tous, et partit sentir la sensation des pavés sous ses pieds.

Plus tard, encore chargée de cet événement, la cathédrale ne perdit pas de fidèles, seulement, à chaque fois que le prêtre commençait la messe, tous se rappelèrent la courageuse jeune fille qui assuma ses idéaux. Et surtout, le miracle qui eut lieu, encore lié aujourd'hui à son discours anticlérical.

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Merlin Merlinéa · il y a
Merci d'avoir exprimé ce que beaucoup pensent....
Eric ma balade entre deux mondes au bord de l'eau est en finale et a besoin de ton soutien

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Pascal Depresle · il y a
Pas d'accord avec votre présentation, votre biographie se nourrit de ce genre de textes. Elle écrit à ses silences. A l'occasion, si le cœur vous en dit, mon "Gamin" est en finale et mon univers vous est grand ouvert Amicalement http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gamin-le-pont
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Elena Moretto · il y a
en lisant votre texte j'ai été saisie par la plénitude d'un silence si enveloppant, une sorte de miracle littéraire que vous avez su créer.
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Arlo G · il y a
Toutes mes félicitations pour votre superbe place. A mon tour de vous inviter à découvrir mon dernier poème " à l'air du temps" retenu pour le prix été poésie. Bonne journée à vous.
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Pierre Priet · il y a
Efficace! Bravo! Mon vote évidement ! Je vous invite, si vous trouvez le temps a lire ma nouvelle " blizzard" en finale :)
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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup!
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Gabrielle Egger · il y a
un très bon texte très fort avec une chute inattendue , il n'y a qu'une petite chose qui m'intrigue à la ligne 27 le mot attendu, n'y aurait il pas une faute de frappe à cet endroit ? merci pour ce partage, je vous invite si vous aimez à lire quand les quatre saisons ( http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/quand-les-quatre-saisons ) mon vote vous soutien, bonne chance
@micalement

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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup Gabrielle, effectivement bien vu, il y a une faute ici :-)
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Maryse · il y a
Félicitations Eric !
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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup Maryse ! ;-)
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Nora White · il y a
Que te dire que te dire, tout te seras dit ne t'en fait pas. Encore une fois tu surpasses facilement toutes mes attentes, comment dit précédemment ton texte fait vibrer, il est vivant, il a une âme. Il est très travaillé et ton style à fait un sacré bond vraiment impressionnant!
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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup Nora ! :-D Pour répondre à un point que tu as mis dans ton mail, si la fin est rapide, c'est simplement car le format de ce concours est restreint. Dans la première version, la fin est plus longue, mieux développée/amenée, que sur celle-ci, fait à la vite. Je pense que le point faible de mon texte est bien ici justement...
En tout cas, merci beaucoup de ta critique, ça fais vraiment plaisir... :-D

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Nora White · il y a
Je m'en suis doutée pour la fin, ça m'aurait étonné venant de toi autrement x)! En tout cas bravo!
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Eric Vain · il y a
Voilà x') Merci beaucoup Nora ^-^
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Marie Dauvers · il y a
Hé, hé...Bravo et Bonne master class !
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Eric Vain · il y a
Merci beaucoup Marie, et encore merci pour votre soutien! :-D
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Chantal Sourire · il y a
J'avais aimé, encore bravo !
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Eric Vain · il y a
Merci à vous Sourire! :-)