De mèche avec soi

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On me surnomme tournesol  [+]

Le salon ouvre ses portes. J’accepte avec plaisir son invitation à entrer. Je suis accueillie, et délestée du poids de mon manteau. Ici, on porte la blouse, comme les écoliers d’autrefois.

Je m’assois sur un fauteuil confortable, et repose ma tête entre des mains amies. Ici, on peut se laisser aller, et retrouver un peu de paix, à l’arrière de ses paupières closes.

Après ce bain de tête, je suis invitée à prendre place sur un nouveau siège. Le convive assis face à moi me regarde en silence, et penche sa raie du même côté que moi. Ici, on se coupe des diversions. On ne peut pas se cacher derrière des miroirs déformants. On est enfin, pour un temps, en tête à tête avec soi-même.

C’est alors que le travail créatif peut commencer. Je suis allégée par des mains habiles. A coup de ciseaux, se détachent le trop plein, l’inutile, l’abîmé. Et les mèches mortes qui tombent emportent les chagrins passés et les soucis à venir. L'automne règne sur le salon, quelle que soit la saison.

Je regarde le sol, tapissé de ces vestiges fragiles, qui sont bientôt mêlés à ceux des autres hôtes. Le balai leur donne le coup de grâce. Ils n’ont jamais été si beaux que jonchés, là, ensemble. S’ils pouvaient parler, ces fils si minces raconteraient sans doute leurs histoires. Des histoires bien plus vraies, bien plus épaisses que les paroles polies échangées tout-à-l’heure. Ici, on écoute autrement. On sait que l’essentiel est ailleurs, de l’autre côté du miroir, ou dans le poème mystérieux écrit par terre avec les boucles de cheveux.

Peignée, brossée, séchée, ma statue se laisse métamorphoser. A la fin, j’ose m’offrir un sourire radieux. Et celui-ci se répand par échos aux quatre coins de la pièce. Ici, le don ne se mesure pas.

Enfin, le salon m’envoie en dehors de ses portes, avec dans mon port de tête les racines de son secret : « trouver ce que tu cherchais, accepter ce que tu trouves... n’est-ce pas au fond la même chose ? »

Ca décoiffe, non ?
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Duje · il y a
J'ai bien aimé l'automne permanent qui règne dans un salon de coiffure , les cheveux tels des feuilles mortes qu'on balaie . Bien trouvé ! Méritoire !
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michel jarrié · il y a
Le salon ce lieu où l'on s'épanche
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Ginette Flora Amouma · il y a
Un astucieux mouvement d’écriture entre deux thèmes qui s'entrecroisent et .... de chez qui sort-on ? De chez le coiffeur ? ou de chez un psy ?
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Coralie · il y a
J'aime beaucoup le mot de la fin qui décoiffe ......