De ma fenêtre

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L'année de mes 12 ans, j'ai envoyé un poème au journal Var Matin République. Il a été publié. Mon choix était fait ; je deviendrai écrivain ! La vie m'a entraînée vers d'autres contrées  [+]

Image de Printemps 2016
De ma fenêtre je vois la mer.
J'observe sa jupe plissée qui parfois se déchire contre les rochers.

Il est assis près de moi, silencieux, énigmatique.
Il hume l'air salé comme il fumerait une cigarette après l'amour.
Son regard bleu se perd sur les dentelles des vagues qui roulent comme des volants sous la danse du vent.

Je ferme les yeux. Les siens sont plongés dans un roman posé sur ses genoux.
Il me prend la main. Se noue à moi.
Nous, petite île d'amour, réfugiés dans notre maison agrippée au dessus de l'onde.
Au-delà des rochers, l'immensité du monde.

Il ne dit rien.
Il perçoit l'affolement léger du métronome intime qui se cache sous ma peau.
Une chanson balbutiée vient d'en augmenter le rythme. Un gazouillis joyeux s’échappe de la pièce voisine. Une chanson : la nôtre. Emma vient de se réveiller.

Il se lève, entre dans la chambrette, se penche vers le berceau où deux petites mains se tendent. De gros baisers claquent. La fillette roucoule un peu plus. Il revient vers moi, la dépose dans mes bras, trésor délicat.

Il s'assoit à nouveau et reprend sa lecture. Bercé par les mouvements du wagon qui tangue sur la voie.
Soudain, une voix féminine un peu saccadée nous fait sursauter. Elle dit :
"Mesdames et messieurs, notre train arrivera bientôt en gare de Cannes.
Cannes, 1 minute d'arrêt."

J'ai laissé choir mon enfant, c'est ici que je descends.
Je lui demande pardon, il se lève, me frôle sans le vouloir vraiment. Je me retourne. Son regard est celui des hommes qui abandonnent.
Une fois sur le quai, je l'épie à travers le hublot. Une femme a pris ma place.

Il m'a déjà oubliée.

Je suis chez moi maintenant. Mon univers s'est rétréci. Mon regard se perd dans le cadre, accroché dans ma cuisine : une photo de fenêtre, découpée dans un magazine.

De cette fenêtre, je vois la mer.

J'observe chaque jour sa jupe plissée qui se déchire contre les rochers, en petits morceaux de dentelle que les vagues balaient.
Comme mes rêves les plus secrets.

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