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De l'autre côté

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Les brumes qui emprisonnaient mon esprit dans de sombres rêves commençaient à se disperser, et je pus enfin soulever mes paupières. Une dizaine de personnes m’entouraient, dont plusieurs qui portaient une longue blouse blanche. Des médecins. Mais alors, on m’avait transporté à l’hôpital ? Mais qui ! Qui avait donc réussi à appeler les secours avant que... Peu importe. L’essentiel était que je sois en vie. J’observai tour à tour les personnes qui m’entouraient, et je les reconnus soudain. Ma famille. Ma famille était venue ! J’allais enfin pouvoir me confier.

« Auguste, dit doucement ma mère, comment vas-tu ?

- Je vais bien, Maman.

- En es-tu certain ? Toutes ces plaies...Aurais-tu une explication à nous apporter ?

- Je voulais justement vous conter cette affreuse histoire. »

Le regard des médecins et de mes proches prit alors une lueur d’anxiété, mêlée de curiosité. Je commençai donc.

«  Peu après m’être installé à Caen, je trouvais que ma petite maison semblait bien vide, dénuée de toute sorte de mobiliers décoratifs. Sans doute les anciens propriétaires les avaient emportés avec eux. Je me mis donc en tête de rendre ma demeure plus accueillante. Je commençai par trouver quelques tableaux qui décoreraient les couloirs et les chambres, et j’entrai dans une boutique d’Antiquités. Quelques minutes plus tard, je présentai les tableaux que j’avais choisis au vendeur, et je m’apprêtai à payer. Je vis soudain derrière l’homme un grand miroir. Il était certes couvert de saletés, mais on pouvait deviner les magnifiques arabesques qui ornaient son cadre, et je me dis qu’après une séance de nettoyage, il aurait fière allure au-dessus de ma commode. Je demandai donc si je pouvais l’acheter. L’homme se fit un plaisir de me l’emballer, me disant qu’il prenait beaucoup de place dans sa boutique, et que personne n’en avait jamais voulu. Mais je ne l’écoutais qu’à moitié. J’étais fasciné par ce miroir, tout comme s’il m’avait envoûté.

Je rentrai chez moi avec mes achats, et je déposai le miroir dans le jardin. Je le nettoierais après avoir accroché mes tableaux.

Environ une demi-heure plus tard, je fus de retour dans le jardin, armé d’une éponge, d’un grand seau d’eau et de savon. Je commençai à nettoyer précautionneusement l’objet. Tandis que je frottais les moindres recoins du cadre, je vis que le verre s’assombrissait, mais je n’y pris pas garde, supposant que ce n’était que l’ombre d’un nuage qui passait par là. Et lorsque mon éponge parcourut le verre, il avait retrouvé sa clarté.

Dix minutes plus tard, j’avais redonné toute sa splendeur au miroir. L’or de son cadre brillait sous les rayons du soleil couchant, et le verre reflétait à la perfection mon image. Je l’emmenai dans ma chambre et l’accrochai comme prévu au-dessus de ma commode en bois verni. Puis j’allai faire un peu de toilette à la salle de bain.
Lorsque j’en sortis, j’étais comme harassé, et des frissons de fièvre me parcouraient. Je m’écroulai alors sur mon lit et je sombrai dans un sommeil profond.

Le lendemain matin, lorsque je me réveillai, il était presque midi ! Heureusement, c’était dimanche, et j’avais ma journée libre. Je m’habillai et me coiffai, et jetai un œil vers mon miroir avant de sortir. Je fus frappé d’horreur lorsque je vis, derrière mon reflet, une grande ombre terrifiante. De la fumée semblait s’en échapper de toutes parts. Elle n’avait rien d’humain, sinon deux yeux blanchâtres et inquiétants.
Je sentais mon cœur battre à tout rompre, mes cheveux se dressèrent d’effroi et mon front se trempait de sueur. Je me retournai doucement, empli d’une crainte confuse. Mais derrière moi, rien. Cette ombre habitait donc le miroir ? Ou bien...Etais-je victime d’hallucinations ? Avais-je perdu la raison ? Peu importait. Il fallait que je me débarrasse de cette chose. Je m’approchai alors et tentai de décrocher le miroir. Mais je n’y parvins pas. Il paraissait comme ancré dans le mur.
Une terrible voix grave emplit soudain mon esprit.

« Tout ce que tu fais est vain. Tu ne pourras jamais m’échapper. Lorsque la folie aura gagné ton esprit, je m’emparerai de ton corps et je pourrai enfin sortir de ce miroir. »

La folie ! Cette chose cherchait à me rendre fou.

« Calme-toi Auguste, calme-toi, me dis-je. Tu ne dois pas sombrer. Le miroir. »

Si l’ombre y était enfermée, il fallait alors le détruire. Mais comment ? Je cherchai une fissure et tendis la main. A peine eu-je effleuré le verre qu’il explosa en mille morceaux. Comment ? Cela était impossible !
Je sentis des morceaux de verre se planter dans ma chair et j’entendis un cri terrifiant. Puis je sombrai dans l’inconscience. »

«  Mais alors, Auguste, bredouilla ma mère, cette ombre a disparu ?

- Je ne sais pas. Peut-être a-t-elle pénétré mon corps comme elle me l’avait dit, guettant le moment où elle pourrait prendre entière possession de moi. Je pense que ces plaies prouvent que je n’ai pas rêvé. Mais les médecins trouveront peut-être une autre explication. »

Lorsque je regardai le visage de chaque personne, je sus que tous n’étaient pas convaincus.
Mais moi, je sais pourtant que cette ombre me hantera jusqu’à la fin de mes jours.
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Image de Cloclo
Cloclo · il y a
Magnifique l'écrivaine , on attend le suivant avec impatience , un grand bravo
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Image de Stéphane Sogsine
Stéphane Sogsine · il y a
bravo ma grande
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