De l’autre côté de la face polie

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« La vanité tue, la dévotion fertilise. » Éric-Emmanuel Schmitt  [+]

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Isabelle est une jeune femme longiligne, sportive et agréable. Elle pratique le tennis. Depuis quelque temps une douleur lancinante lui taraude l’épaule avec une irradiation du sein droit.

Deux semaines sans s’entrainer irritent la championne de 30 ans. Alain son ami et confident s’inquiète pour elle. Il ne sait pas comment apaiser son inquiétude et son angoisse. Isabelle s’imagine le pire.
— Ma douleur devient insupportable, confie-t-elle à Alain.
Elle va consulter, accompagnée d’Alain, son médecin décèle une petite boule dans le sein.
— Rien d’alarmant, je vous prescris une mammographie et nous serons fixés, dit-il avec détachement.
Diagnostic et prescription provoquent chez la jeune femme une grande appréhension. Pourtant Isabelle ne versait que rarement une larme et la mélancolie lui était inconnue.

Quelques jours plus tard, le diagnostic est sans appel : — vous avez un cancer du sein droit, annonce le médecin en poursuivant : je vous envoie chez un gynécologue qui vous expliquera le traitement qu’il préconisera pour votre cas. Ne soyez pas pessimiste, les cancers ne sont plus incurables.
Isabelle entend à peine les propos du médecin. Elle s’isole dans une bulle virtuelle dans laquelle la mort tisse sa toile noire. Elle est comme une nymphe prisonnière dans son cocon d’un rose incarnadin. La tête lui tourne. Elle s’engouffre dans une impasse sans issue.
— Tu sais les cancers se guérissent et après l’orage le soleil brillera, lui dit-il machinalement. Alain est lui-même secoué. Il enchaine, la serrant fort dans ses bras : — nous nous battrons à coups redoublés tous les deux contre ton cancer.

Isabelle et Alain avaient eu une aventure amoureuse éphémère lors de leur adolescence. Elle a quitté le jeune homme bien trop timide pour elle. Aujourd’hui, elle se blâme sévèrement du comportement qu’elle avait eu envers celui qui lui semble être l’homme de sa vie.
Après de nombreux rendez-vous et des heures d’attentes chez les médecins, Isabelle était enfin fixée sur son traitement du cancer du sein. Elle subira une série de chimiothérapie, une opération, suivie de quelques séances de radiothérapie pour éradiquer les cellules cancéreuses qui auraient échappé au bistouri.
À la fin de mon traitement, j’étais lasse, fatiguée et découragée. Je n’avais plus de cheveux, plus de sourcils, plus de cils et mon corps était mutilé. J’avais un aspect diaphane. Pourtant la présence d’Alain me donnait du courage. Il est la clarté de mon espoir de vie.

Le jour après

— Je savais que tu ne refuserais pas le combat, lui confie Alain.
Isabelle sourit ! Des jours meilleurs sont à venir, pensa-t-elle. Je cache une partie de mon alopécie en portant des bandanas. J’avais le sentiment que la sensation d’épuisement commençait à disparaître et la rugosité apparente sur mon crâne lisse signifiait une renaissance miraculeuse.
Alain m’enlaça tendrement, m’embrassa. J’étais en lévitation sur l’orbite du bonheur renaissant.

Tous les deux nous avions pris la décision de ralentir, de vivre en faisant l’éloge à la lenteur.
Le temps était magnifique. Lors de nos promenades quotidiennes, nous admirions les premières violettes odorantes, les primevères jaune pâle, dont j’en cueillais quelques-unes pour faire un bouquet. La présence du ruisseau et le friselis de l’eau étaient lénifiants.
J’étais dans la période dite de rémission. — Elle sera longue, m’avait averti mon gynécologue. Peu m’importe, l’important est ailleurs. Je suis en vie. La Fraicheur de l’herbe, l’odeur des fleurs, une feuille qui tourbillonne dans l’air, la rosée du matin, la Lune, les étoiles, les fenaisons qui sèchent au soleil, une abeille butineuse posée sur un tournesol en mouvement avec le soleil, tout suscite une gamme d’émotions intenses qui me pousse vers une vie nouvelle.
Pourtant je sais que je ne suis pas guérie, mais je ne suis plus malade. Je vois la vie en rose à côté d’Alain, d’autant plus que ma grossesse est visible et que nous allons nous marier.
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