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De l’autre coté de l’ascenseur

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Hany

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Mme Pouli enfilait son vieux gilet de laine, prit son panier de courses et passa la porte de chez elle.
Le paillasson devant sa porte reflétait bien sa personnalité. C’était un paillasson en paille avec brodé dessus un chat noir.
Marguerite Pouli était grincheuse et aigrie et vivait comme un chat entre salon et salle à manger avec un quotidien très épuré de toutes activités.
Au même moment, à l’étage au-dessus, Eléonore de la Tour, se poudrait avec un fond de teint beige moyen rosé, avec effet lissant rajeunissant haute tenue, en face d’un miroir offert par sa grand-mère qui était recouvert d’un film plastique afin qu’il ne s’abîme pas.
Emile, son mari architecte, était parti depuis une demi-heure.
Ils avaient pour plan tous les deux de faire construire et de quitter l’appartement d’ici un an.
Pendant ce temps, au 3ème étage, Mme Pouli pénétrait dans l’ascenseur et pressait le bouton rez de chaussée tout en raclant sa gorge dans un bruit assourdissant dont elle seule avait le talent.
Soudainement, l’ascenseur tomba comme du plomb dans le vide à une allure à faire pâlir une vieille dame du 3ème étage ou même un costaud qui n’avait jamais craint quelconque incident.
Marguerite était une dame corpulente, le tissu de sa robe se tendait sur elle comme un film plastique recouvrait un gigot après un repas sans succès.
Mme Pouli était donc bel et bien bloqué dans l’ascenseur.
Eléonore, elle, se regardait une dernière fois dans le miroir, époussetant une par une les quelques pellicules qui garnissaient son tailleur.
Elle prit son sac et son parapluie anti-gouttes et passa la porte de chez elle.
Cela faisait maintenant 30 minutes que Marguerite était bloquée sans téléphone portable pour la sauver.
Le ventre collé à la porte de l’ascenseur, elle tapait de toutes ses forces en hurlant :
- Et ! Sauvez-moi ! Eh !
De l’autre coté, Eléonore entendit les cris alors qu’elle s’apprêtait à presser le bouton de l’appareil.
- Qu’est-ce qui se passe ? Vous êtes bloquée ? Qui êtes vous ?
- Marguerite Pouli, oui, bloquée depuis 30 minutes. Faut m’aider ! Qui êtes-vous ?
- Mme de la Tour.
- Ce n’est pas vrai ! Je suis tombée sur la voisine neuneu pimbêche abrutie ! se murmurait elle, énervée.
- Je vais vous aider Marguerite ! Parlez-moi, je vais téléphoner entre temps !
Le téléphone portable ne fonctionne pas. Ca ne capte pas ! Ah ! Je vais faire le numéro de chez moi.
- Vous allez me laisser là ! Vous êtes une pimbêche de merde ! Et dire que je suis tombée sur vous pour me sauver ! Une demeurée !
- Madame Pouli ! Qu’est-ce que vous racontez ? Moi, une pimbêche !
- Ecoutez ! Je suis là pour vous sauver ! Elle courut chez elle et saisit le combiné de l’entrée pour appeler les pompiers.
Une vielle dame est bloquée dans l’ascenseur rue des Choux blancs, numéro 8 bat C.
Puis elle retourna auprès d’elle, s’accroupit au bas de l’ascenseur et lui parla.
- Marguerite, vous êtes toujours là ?
- Oui !
- Les pompiers vont arriver ! Pendant ce temps, ne vous avisez pas de me faire un reproche de plus ! Je reste avec vous jusqu’à qu’ils arrivent !
- Ce n’est pas la peine, vous pouvez partir ! Une incapable comme vous ! Fallait que je tombe dessus ! Quel numéro vous avez composé ?
- Oh ! qu’est-ce que vous insinuez ! Que je ne connais pas le numéro des pompiers !
- Et bien, crevez ici Marguerite !
- Oui, vous ne savez rien faire ! Le jour où vous avez parlé de vos problèmes avec vos lavabos, vous avez coupé l’eau dans l’immeuble entier !
- Je vais sortir de mes gongs, Mme Pouli, arrêtez !
- Mais, sortez de vos gongs ! Allez- y ! Laissez-moi ! Partez !
- Je suis bien élevée ! Vous êtes la pire voisine de l’immeuble et de toute l’histoire des comités de quartiers ! J’espère ne jamais devenir comme vous, d’ailleurs, voyez, vous croupissez au fond d’un ascenseur ! Et, vous savez, je vais partir vivre dans un pavillon prochainement !
Sur ce, le brouhaha des pompiers déboula dans le hall et mit fin à l’agitation.
Une fois sortie de l’appareil, Madame Pouli s’approcha d’Eléonore et lui dit merci honteusement.
- Finalement, j’ai eu de la chance de tomber sur vous. Je retire toutes les mauvaises paroles que j’ai dites. Si je peux, je ferais quelque chose pour vous remercier. Peut être que vous aimez les lasagnes ?

PRIX

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Isabelle Lambin · il y a
Comme j'aimerais avoir une voisine à l'image de cette charmante madame Pouli ! ;o)
Éléonore est vraiment trop gentille

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Elisabeth Marchand · il y a
Voilà qui m'a bien fait rire!! Mais "ce qui est dit, est dit", des fois, ça ne s'oublie pas si facilement! Belle écriture! Bravo!
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Geoffroy · il y a
Un talent certain pour la description. Bravo! Je vous donne mes voix et vous remercie d'avoir visité http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/apprendre-a-voler-1 A bientôt
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Plume-Tea · il y a
Un petit côté Amélie Poulain dans le début...
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Louis Rubellin · il y a
Merci Hany pour cette petite histoire bien sympathique ! Mes votes +5 !
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Violette · il y a
Une histoire qui pourrait être vraie !
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Mirgar · il y a
Comme quoi, il ne faut pas désespérer de la nature humaine!Une histoire sympathique .
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Alice · il y a
oh c'est marrant... Tout est bien qui finit bien (En plus je connais une vraie Madame Pouly... Je ne la voyais pas si acariatre)
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Paul Brandor · il y a
Mon vote Hany pour ce voyage en ascenseur.
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Nicolaï Drassof · il y a
Amusant. Eléonore et Marguerite se réconcilient autour d'un plat de lasagnes...
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