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De l'air

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Flow'

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La porte chuinte désagréablement en se fermant. Encore. J'entend ce bruit tous les jours, et tous les jours je le hais. Tout comme je hais ce réduit minuscule qui ne mériterait pas le nom de chambre. Je ne supporte plus ces murs trops proches, ce lit minuscule et cette fenêtre qui laisse passer les courants d'air. De l'air... Il a beau se faufiler par les joints inexistants de la vitre, cette fichue pièce continue de sentir le renfermé. Et ce vieux rideau bleu affreux...
Debout à 6h30, le soleil ne daigne pas pointer son nez. Une journée de plus à rester assise pendant des heures sur la même chaise incofortable. Une journée de plus où je ne verrai l'astre scintillant qu'à l'heure du repas s'il lui prend l'envie de sortir des nuages. A mon réveil il fait nuit, à mon retour aussi. Pas d'air, pas de lumière.
Fini les lamentations. La porte chuinte à nouveau après mon entrée. J'éteins la lumière et m'avance jusqu'à la lumière diffuse offerte par la fenêtre. Armée de ma clef, je triture la serrure sans poignée dont le verrouillage, censé nous empêcher d'ouvrir pour nous passer l'envie de nous jeter du troisème étage sans doute, est cassé. La serrure cède dans un discret "clac". J'ouvre en grand le panneau de verre et inspire enfin l'air à plein poumons. C'est l'air de la ville. Mais il me paraît infiniment plus respirable que celui que je respire depuis des jours, des semaines, des mois. J'escalade le bureau, seul obstacle entre mon objectif et moi. Seule dans la nuit, je brave l'interdit. Je passe mes jambes au-dehors, et m'assois sur le rebord de la fenêtre.
J'ai froid aux fesses, les pieds posés sur ce fichu morceau de toit en zinc qui fait toujours résonner la pluie et me réveille de son tintamarre en pleine nuit. J'inspire à fond, je contemple le ciel morne et gris, d'un gris uniforme et compact. Mes yeux dérivent, je regarde les lumières de la ville qui scintillent tout autour de moi.
Je suis seule dans la nuit. Je ne devrais pas être ici. Mais qui aurait l'idée de lever le nez vers le troisième étage ? Personne ne regarde en l'air. On fixe ses pieds, son téléphone. Rien ne nous oblige à élever le regard vers les étoiles.
Je suis seule dans la nuit, j'ai voulu me rapprocher du ciel. Je suis seule dans la nuit, je l'entend qui m'appelle. Je suis seule dans la nuit, enfin je respire et je vis.
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Pradoline · il y a
Flow, je vous découvre.
Un besoin d'air, d'oxygène évident, pour cette jeune femme en mal existentiel. Ce n'est pas seulement la chambre qui est exigüe et inconfortable avec ses bruits répétitifs et dérangeants, c'est aussi les murs au-dedans d'elle, qui l'oppressent (les murs douloureux ne sont pas toujours au-dehors).
Il est des jours où il semble impossible d'être vu, reconnu, entendu, de proches ou d'inconnus. Alors nous nous accrochons, comme à une bouée, à une situation (ou quelqu'un ou quelque chose) qui peut être inconfortable, voire déséquilibrante (ici, s'asseoir sur le rebord de la fenêtre) pour trouver justement un équilibre à notre vie, une raison d'exister.
La chute me semble ouverte :
1/ Elle respire enfin et contemple le ciel étoilé.
2/ Elle se suicide pour rejoindre les cieux.
Un bon moment de lecture qui ouvre à la réflexion. Merci, Flow.

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Flow' · il y a
J'avoue ne pas avoir songé à ce double-sens contenu dans la chute lors de l'écriture ! Mais pour le reste c'est effectivement cette impression que j'ai voulu retranscrire, du vécu en réalité puisque j'ai passé une bonne partie de l'année scolaire à étudier en prépa, le tout dans une chambre d'internat minuscule où je me sentais étouffer tant par le manque d'espace et d'air que par la somme de travail que j'avais à fournir. Ce texte est ma bouffée d'air du rebord de la fenêtre... Merci pour ce charmant commentaire ! =)
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