De Berlioz à Shakespeare... La question du Génie

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(22 ans) Voyez Alfred de Musset : il y a dans ses poèmes une sensibilité, une verve, un sentiment des choses qui me touchent au plus profond. Aucun accent humain ne m'a jamais parlé si bien que  [+]

Mes pensées jetées sur papier lors du Festival Berlioz 2015, sous l'emprise de la Symphonie Fantastique et du Te Deum...

Ah ! Je m'en souviendrai longtemps de cette ivresse qui nous prend à marcher dans les pas d'un grand homme ! Lorsque dans la verve d'un orchestre, le temps suspend son cours et s'arrête dans la contemplation et l'immortalité du Génie ; lorsque terrible de fougue, d'ardeur et de tendresse, ledit génie se dresse devant nos yeux dans toute sa puissance et saisit au plus profond l'esprit et le cœur d'un frémissement incontrôlable et sublime ! Berlioz ! Berlioz était là ! Je l'ai vu, je l'ai touché, immense de volonté, d'amour et de défi ! Mais qui fut-il pour supporter tant de passion ?!
Ah, le génie n'est pas humain, il est trop incommensurable pour l'être ! J'aime à penser, mieux encore je crois, qu'il est un reste de l'état parfait de l'homme avant sa chute. Que serait-ce d'autre ? De quoi donc était atteint un enfant de six ans pour que son père lui rendît son premier menuet avec ces mots insensés : "Oh non, Wolfgang, il n'y a pas de faute... Mais c'est injouable !" ?

Qu'est-ce que l'art ? L'art... l'art est le siège du génie, son confident, son langage. L'art, c'est l'extase de l'homme qui perce le secret de sa grandeur originelle. L'art, c'est l'expression contemplative des dons de Dieu que l'homme redécouvre et ne comprend qu'à moitié dans son émerveillement à les connaître.
Voilà pourquoi l'on ne se moque pas de l'art ! Voilà pourquoi le génie est tout ce qui peut rester de l'homme éternellement sur la terre : parce qu'il est un reste de notre état originel, une étincelle de perfection qu'un ange - ou la Muse ? qu'importe - dépose dans un baiser sur le front d'un enfant au creux de son berceau. Il dépasse, il transcende la nature. Voilà encore pourquoi l'artiste lui-même ne saisit pas entièrement le mystère de son propre génie, et s'en effraie parfois. Berlioz, à écouter l'exécution de sa musique, en frémissait souvent de transe et d'effroi : "C'est moi qui ai fait cela !? C'est terrible ! C'est prodigieux ! Et c'est de moi !"

Pour cette raison l'artiste est toujours seul. Incompris ou admiré, il est toujours seul, pour ce qu'il possède, pour ce qu'il EST plus que les autres hommes. Il a accès à un monde secret et délicieux dont seul il possède la clef : le génie, ce langage quasi divin, et insondable. Il a des extases sublimes où il s'enlève du monde terrestre dans l'éblouissement d'une contemplation émerveillée, où il s'enflamme d'une joie, d'un bonheur qui ne sont pas humains. C'est pourquoi l'artiste comprend mieux que personne la misère de notre nature, car lorsque les transports exquis du génie l'abandonnent, que la Muse sacrée s'est envolée, il retombe à terre dans une chute cruelle et violente.
Ne blâmons pas trop les artistes les plus pessimistes ou les plus désespérés : ils ont peut-être le plus éminent génie, et les plus hautes extases. Shakespeare ! Shakespeare a dû voir tant de merveilles ! tant de délices pour être juge si sévère des hommes et artiste si malheureux !... Le génie a un prix bien cher !... à la mesure de son intensité.

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