Dans le jardin

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Je suis au carrefour de la vie. Le roi d'un pays pluvieux qui aimait les géantes et les oiseaux maladroits reste toujours près de moi. Marathonien, j'aime mon chien. Ma vie c'est ma chérie, mon  [+]

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C'est la Toussaint. Il crachine sur les tombes grises heureusement parées de chrysanthèmes multicolores dont les grosses formes rondes défient la tristesse ambiante.
Là où tu reposes c'est très joli.
Du marbre rose entoure un carré couvert de gravier blanc sur lequel des géraniums encore fleuris
se mélangent aux pensées et aux immortelles.
Je dépose mon pot aux fleurs exubérantes sur l'un des rares emplacements encore libre.
Je me souviens très bien du jour d'après.
Tu es partie doucement, trop tôt, emportée par ce cancer, monstre silencieux.
Pendant des nuits entières je suis resté près de toi, te tenant la main, ne sortant de la chambre que lorsque les aide-soignantes venaient te prodiguer leurs soins.
Je sommeillais. Je comprenais sans comprendre. J'attendais cette visiteuse effroyable qui chaque minute davantage bouleversait tes traits, effaçait ton visage.
Lorsqu'elle est venue et qu'elle a emporté ton âme ne laissant sur le lit que ton corps amaigri
brisé par la souffrance, alors j'ai pleuré, apeuré et incrédule.
Plus tard, je suis parti de l'hôpital.
Quelque chose bourdonnait contre mes oreilles.
L'air au dehors me semblait glacial. Un brouillard soudain paraissait glisser le long des vitres de ma voiture.
Ce jour d'après, quand je me suis levé après une nuit sans sommeil, avec un oreiller trempé de larmes sous mon visage, oui je m'en rappelle.
Les regards tristes de ma famille et de mes amis, les gestes de réconfort un peu hésitants, l'évocation déjà de souvenirs alors que des problèmes matériels liés à ton départ m'obligeaient à revivre malgré
moi et me privaient de te pleurer en silence.
Je découvris les rouages bien huilés de l'industrie de la mort, les commentaires chuchotés du cadre hospitalier qui me faisait savoir que d'autres attendaient ta chambre et qu'il fallait la vider.
Tous ces objets choisis et aimés, ces vêtements que tu ne porteras plus, il m'a fallu tout
effacer pour abandonner une pièce vide où n'a flotté qu'un instant ton parfum.
Ce jour qui n'en finit pas me laissera enfin seul dans mon jardin avec la même petite pluie qu'aujourd'hui qui se mêle à mes larmes.
Je regarde cette terre que j'ai travaillé. Mes pensées s'emmêlent.
Ma vie d'enfant aux genoux écorchés qui écoute sa mère chanter avant de s'endormir rassuré
revient me visiter.
Des souvenirs de tartines et de jeux, de menthe glacée sous le soleil brûlant, de promenades en vélo
vers la mer m'étreignent le cœur.
Et je glisse alors vers le sol, gisant soudain dans une position inconfortable.
Je regarde la nuit tomber. Le ciel s'est éclairci et l'on y distingue de pâles étoiles qui tentent d'étinceler dans l'obscurité humide.
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