Dans le cul-de-sac d’une violence policière habituelle

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Scénariste et écrivain né en 1976 à Trappes, Boël Souleymane bascule dans le monde littéraire après un long passé dans le milieu associatif, où il œuvre pour le développement éducatif et  [+]

Villepinte 22h17 le 2 septembre 2008/quartier la fontaine Mallet
Le soleil vient de décroitre pour laisser place à la pénombre qui s’est diffusée en silence dans le quartier. Sous le parfum d’un encens exquis je me suis endormi dans le salon de Madame Baradji le temps que ma mère revienne me chercher épuisé par ma première journée d’école.
Cela ne fait seulement qu’un jour que ma mère m’a confié à cette dame pendant ses heures de travail et malgré cela je la considère déjà comme ma tante.
D’ailleurs c’est elle qui insiste pour que je l’appelle:
- «Tata Astou »
Sa fille Aïssatou m’a ramené une couverture pendant que je dormais elle l’a posée si délicatement sur moi que je n’ai même pas senti me faire border comme un nouveau-né.
Quand brusquement je fus réveillé par le bruit d’un grognement animal provenant de l’extérieur.
Les jappements d’un chien qui raisonnaient dans le hall de l’immeuble mélangé avec les injonctions d’un groupe de policiers ayant fait irruption dans le bâtiment.
Tata Astou habite au rez-de-chaussée de chez elle on entend tous ce qu’on ne devrait pas:
- « Police !
Videz vos poches et posez vos mains sur le mur. Allez! Allez!
Mais toi ton nom je le connais.
Ouais il me semble bien qu’on a arrêté ta sœur le mois dernier à la supérette de la gare pour un vol de maquillage.
Sûrement qu’elle faisait le plein de cosmétique pour se rendre présentable pour aller faire le tapin. »
-« Pourquoi tu fais le malin devant tes collègues?
Je n’ai pas de sœur.
Donc ce que tu dis ça ne peut pas me toucher. »
-« Peut-être que tu en as une mais que ta mère ne t’a pas mis au courant parce qu’elle ne savait pas qui exactement était le géniteur. »
-«Très drôle ! Tu les sors d’où tes vannes de l’école de police ?
Tu perds ton temps avec moi tu ne l’auras pas ton outrage.
Tu es juste frustré parce qu’on est clean et que pour toi quatre noirs qui discutent devant chez eux ça te semble suspect. »
Le chien jappa de plus en plus fort quand subitement l’attaque de l’animal fut aussi inattendue que sauvage.
Le berger allemand bondit au visage du jeune et ses crocs se refermèrent avec rage sur son oreille.
Un cri de douleur résonna jusqu’au cinquième étage.
Le chien flic arracha l’oreille de ce jeune innocent sous les yeux de ses amis.
-«Putain ! Il a arraché son oreille!
Le clébard du condé vient de lui arracher son oreille! »
Un voisin du premier ouvrit sa porte en hurlant :
-« Oh! C’est quoi tous ce bordel en bas.
Vous ne pouvez pas faire un peu moins de bruit les jeunes j’ai ma mère de 72 ans qui se repoose. »
Dans la panique un des flics sortie son arme pour tenir les jeunes en joues.
-« Reculez! Reculez bordel ou je vous allume!»
Un de ses collègues sorties un extincteur à lacrymogène et gaza de face le plus jeune qui tomba au sol avant de s’enfuir.
Des jeunes se mirent à prévenir le voisin d’en haut :
-« Hé le voisin du haut !!
Ferme ta porte un flic vient de gazer !! »
Un impressionnant nuage de gaz lacrymogène en pleine face fit tomber le jeune en arrière.
On n’aurait dit une crise d’épilepsie mais ce n’était autre qu’un blépharospasme provoqué par l’effet du gaz lacrymogène.
Le jeune avait dû avaler du gaz car il commença à fortement tousser au point de finir par vomir.
Un jeune dit à son pote :
« Aliou va à l’épicerie et tu lui ramènes une bouteille d’eau. »
Il tenta de rassurer le jeune qui s’était fait gazer :
« T’inquiètes l’effet va bientôt partir.
Aliou est parti pour te ramener de la flotte.
Touche pas ton visage et attend que l’eau arrive.»

Après un clignement accru des yeux le jeune retrouva sa respiration après avoir rincé son visage sous l’eau. Depuis que je viens d’aménager dans ce quartier je suis confronté à voir des actes d'abus policiers dans des contrôles arbitraires aux faciès ou la violence psychologique et physique remplace couramment la sagesse du dialogue par des coups de matraques et des tirs de flash balls.
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