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Dans la lune

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Jackedit

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...Cela m’arrive, enfin je veux dire que cela se passe sans vraiment en avoir conscience. Pffuitt... et me voilà parti sans pouvoir maîtriser ni le moment ni les circonstances. Je pense qu’il en est de même pour vous. Cela s’appelle être "Dans la Lune"...la pauvre enfin surtout pour ceux qui ne connaissent pas le voyage et que cela effraie toujours un peu.

Car être "Dans la Lune" n’est pas si simple, cela demande une prédisposition, il faut que le terrain s’y prête, laisser faire les choses, se laisser apprivoiser. Ne pas lutter et se laisser pousser par un vent invisible. Je pense que cela vous arrive aussi. En fait je suis nouveau sur le sujet. L’ordre strict était ma devise chaque chose à sa place et une place pour chaque chose.

Cette vision du monde fonctionne tant que l’on ne doute pas. En fait c’est mon incompréhension et la curiosité pour le phénomène qui m’ont perdues.
Cette fuite d’attention de quelques-uns, en plein jour et à la vue de tous me laissait pantois. Avoir le culot de tout plaquer pour aller je ne sais où. Voilà la question qui fit tout basculer : mais où vont-ils ?

Alors je dois avouer que je me suis forcé et j’ai tordu le nez à ma nature rétive pour l’imaginaire. Au début se fut difficile : je partais peu et pas bien loin, un vrai gâchis, un peu les débuts de l’aviation : beaucoup de casse et peu d’altitude. J’avais les reproches sans l’ivresse. Car en débutant maladroit, je me faisais prendre à tous les coups. Je fini par affiner ma techniques et d’expérience en tentatives les disparitions se firent plus sérieuses et surtout plus discrètes. Enfin un jour ce fut la révélation : J’atteignis enfin mon "Walhalla" personnel à l’image de ce paradis des peuples du Nord où ils finiront tous par se retrouver un jour autour d'une bonne bière. J'étais enfin dans la lune !

Cet ailleurs était un curieux endroit pas vraiment fini, pas vraiment commencé. Car même pour les meilleurs, les séjours restent assez courts ne donnant que peu de latitude concernant la durée de ce que l’on vient y faire. Mais la diversité de ceux que l’on rencontre reste surprenante. Certains ne viennent ici que pour...rêver. Un comble alors que le temps est si précieux. D’autres au contraire redoublent d’énergie à coups de réflexion afin de trouver la solution à toutes les questions du monde restés sans réponse.

Au bout de quelques visites je compris mieux les motivations des uns et des autres. Ce monde, aux contours flous, reste léger et les conversations susceptibles d’être interrompues à tout moment, ne prennent jamais de tournure existentielle. Cela ne viendrait à l’idée de personne de commencer à refaire le monde sans avoir le temps de le terminer....Il y a comme une conscience professionnelle du rêveur : ne pas gâcher et bien calculer, calibrer son effort. Car ici c’est de l’éphémère pur que l’on respire et chaque minute vaut son pesant de cacahuetes galactiques.

En fait dans le monde réel beaucoup de gens intervertissent : ils travaillent en vacances et pensent aux loisirs durant les interminables réunions de travail. C’est le règne du moment choisi, bref souvent il s’agit juste d’échanger des tranches de temps dans la façon de les occuper. De retrouver le libre choix, doux bonheur de faire ce que l’on veut quand on le veut.

Bizarrement dans ces grands espaces ou l’herbe bien verte est ponctuée de maisons grandes ouvertes et de lieus polyvalents au trois quarts dessinés et à moitié construits. Très peu peuvent terminer ce qu’ils entreprennent, nous sommes tous conscients que l’essentiels est de préserver ces évasions. Cet espace qui souvent n’est là que pour nous aider à supporter les autres.

Certains à peine arriver expédient un bonjour hâtif et courent s’enfermer dans des salles tristes et sobres. Ils poursuivent des chimères et leurs absences ne servent qu’à repousser le champ de leurs recherches. On les appelle les intégraux, ils sont parfaitement à cheval sur le dos du temps. Ils sont peu nombreux, un peu comme une aristocratie de sable éphémère glissant entre les doigts du temps. Ici on parle souvent d'Albert Einstein qui vint très souvent se promener En mâchouillant ses branches de lunettes. Pour passer ensuite des heures comme pétrifié devant un grand tableau couvert de signes, la veste recouverte de craie blanche.

Dans l’ensemble cela reste agréable un peu comme un club très large. Parfois l’on se reconnaît d’un signe de tête et on convient d’un autre signe de tête de ne pas aller au-delà et de perdre du temps si précieux.

Mais...j’entends que l’on me parle... à bientôt, vous me trouverez près de l'étang que le vent pare souvent d'infinis cercles concentriques.

"...Heu oui...comment...ce que j'en pense...vous me parliez ?...dé..désolé bégayais-je.maladroitement

-" Oui vous étiez dans la lune ou quoi ?!"
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Jolie réflexion !!! Les rêveurs sont de grands incompris !!
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Jo Hanna · il y a
J'ai beaucoup aimé ce texte, étant une grande rêveuse, être dans le lune me parle forcément. Mais ici la réflexion est intéressante et surtout, c'est très agréable à lire !
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