Damnée

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j'ai toujours aimé écrire. Depuis 2015, grâce à Nathalie et les ateliers "écrire...& compagnie" je m'amuse et je partage avec d'autres mon amour des mots et de la construction d'un texte, d'un  [+]

Image de 2018
Image de Très très courts
Le paysage est pâle, les couleurs affadies, comme délavées.
Je ne suis pas en ville, nulle construction alentour.
La lumière a une présence étrange et monotone qui m’inquiète et m’interroge.
Est-il arrivé quelque chose ?

Cette campagne me donne la nausée, le silence est dérangeant, les arbres sont ordonnés...
Oui, c’est cela : trois platanes, un buisson, de l’herbe, trois chênes, un bosquet, des fleurs, trois...
Un algorithme ?

Le chemin est trop droit,je n’identifie pas cette matière lisse sans être glissante, tout aussi improbable que ce lieu, déroutant.
Je cherche un détail, un repère, un signe familier.
Mon cœur s’emballe, je sens le malaise m’envahir, monter vers ma gorge, ramper hors de ma bouche dans un couac dissonant.
Le son ne porte pas, reste autour de moi comme une enveloppe puante de miasmes qui ne se dissipent pas.

Le ciel bleu mat, sans aucune nuance, ferme l’horizon.
Pas de soleil, pas d’ombre.
Est-ce un cauchemar, une plaisanterie ou un canular?
J’hésite entre avancer et rester sur place.
J’attends, je raisonne, je ressens. Donc je suis.
Un moment, j’ai besoin d’un moment.

Je m’assois lourdement dans cette herbe sans odeur d’un vert terne bien que tendre ; je la caresse machinalement et sursaute. J’enfouis désespérément les mains dans cette masse, cherche à l’arracher, à me démontrer sa consistance, sans succès.
Je roule au sol, frotte mon visage, tente de goûter cette nature que je ne perçois que des yeux, mes autres sens hurlant à la supercherie.
Je pleure. De gros sanglots éclatent tels des bulles de terreur et s’écrasent au sol.
Mes larmes stagnent, refusent de pénétrer cet environnement lisse, caduque.
Elles s’agglutinent en petites flaques où rien ne se reflète, une eau opaque et inquiétante qui s’étend lentement, au gré des flots de mon effroi.
Cette vision décuple mon angoisse, me coupe le souffle, tarit mes yeux.
Je chuchote et répète : plus rien ne fait sens.
Je n’ose manifester ma présence plus bruyamment.
J’accroche ma raison à cette phrase qui crie dans ma tête.

Je suis dans un lieu qui n’existe pas et si tout cela n’a aucun sens, autant ne pas en chercher, rester immobile, conserver une forme, une consistance.
Tenter de déterminer si le temps s’écoule.
Pas de vent, pas de nuage, aucun frémissement de vie.
Je compte ; arrête à 180, je me déprime vite quand le temps passe lentement.

Une musique assourdissante me fait sursauter, saturant mes oreilles de sons électroniques crus, d’une violence inouïe.
Le paysage semble s’animer, les couleurs deviennent acidulées, agressives.
Cinq personnages au volant de véhicules ridicules viennent d’apparaître.

« Nom de Zeus, sortez-moi de là... »

Je m’élance en direction des bolides rugissants.
Je dois initier un changement, faire le buzz, déclencher une réaction en chaîne, interagir avec mon environnement...bref restaurer mon bios en provoquant un bug, initialiser la machine et trouver la sortie.

La course bat son plein lorsque je m’oppose au premier concurrent : je suis instantanément traversée par Luigi, déchaîné sur sa tortue à réaction ; ils s’éloignent en vrombissant, sans le moindre cahot lié à ma présence.
Un brouillard de couleurs plates et étales m’entoure, me perd, les pixels se dispersent et se rassemblent, faisant fi de mes mouvements frénétiques.
Je tente d’alerter le public qui s’est matérialisé dans le décor... Peine perdue, je suis coincée là, sans option, ne possédant qu’une seule vie.

Lorsque je me retourne, éberluée, la course s’est évanouie, sans fumée ni chaleur.
Le public se dissout lentement, m’imposant un effet de mosaïque vertigineux.

Le paysage est pâle, les couleurs affadies, la lumière a une présence étrange et monotone.
Rien n’a changé, rien n’est arrivé.

Je vais devoir attendre que la réalité me rattrape.
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