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Norsk

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En compétition

— Vous êtes sourds ou quoi ? Il faut vous jouer de la trompette dans les oreilles pour vous faire réagir ? Dégagez, dégagez ! Vous êtes sur la piste cyclable !
Nous avons tout juste le temps de faire un bond sur le côté. Le vélo enragé nous frôle les mollets. Piétons, joggeurs, trottinettes et autres usagers illégitimes de la voie royale, clairement délimitée par son ruban blanc, échappent de justesse à la folie turbulente. La bicyclette balaie scrupuleusement la largeur de son espace réservé. Son jockey fou, debout sur la machine infernale, appuie rageusement sur les pédales. Il hurle menaces et insultes à la foule des promeneurs abasourdis ou apeurés. Sa silhouette braillarde disparaît aussi vite qu’elle a surgi et laisse derrière elle un fantôme d’incrédulité.
Les gens se regardent sans mot dire. Puis, la sidération qui les a médusés les quitte peu à peu, les invitant toutefois à reprendre leur promenade hors du chemin interdit qui se retrouve déserté. Le prochain ding ding du vélo qui les croise provoque chez certains quelques sursauts réflexes et quelques gestes désordonnés de panique. Mais le calme revient rapidement. Ce cycliste-ci n’est qu’un simple promeneur comme les autres.
Je reprends mon jogging rassérénée, poussant même l’audace jusqu’à franchir le ruban blanc afin d’éviter les pavés glissants.
— Casse-toi de là, face de citron, si tu veux pas que je te démolisse la gueule ! T’es pas dans tes rizières ici !
Je n’avais rien entendu ! Il est pourtant déjà de retour ! Le cauchemar repasse en effet dans l’autre sens et je l’évite de justesse. Mais, désorientée, je trébuche et je me retrouve à deux doigts de finir ma chute dans le canal. Il est loin quand je me relève et il tempête déjà contre d’autres obstacles.
Je ne ressens aucune colère contre cet homme, même pas de l’indignation. À peine de la mélancolie. C’est qu’il a raison : je ne suis pas dans mes rizières ici. Je cours sur l’asphalte, au milieu de la circulation, et je dois subir l’agression des vélos. L’horizon qui se dessine de l’autre côté du canal est bétonné. Et si je ferme les yeux, je n’arrive plus à imaginer les montagnes. Le vert éclatant des jeunes tiges est gris ; la neige des sommets est grise ; les toits sont gris. Mon paysage se peint en noir et blanc. Je rouvre les yeux et le squelette d’un immeuble en construction promet de mieux calfeutrer la ville encore.
Au loin, l’absurde tumulte à deux roues a repris et s’approche à grande vitesse.
— Tu tiens plus à la vie, mémé ? Et toi, gros lard, t’as pas assez de place sur le trottoir ? Foutez-moi le camp !
Je ne sais pas quelle pulsion me saisit, mais je me place immédiatement à sa disposition. Mes muscles s’activent et je me mets à courir à la poursuite de l’engin diabolique. Mes baskets frôlent à peine l’asphalte, mon cœur sautille dans ma poitrine, mon souffle se fait bruyant. Mon corps s’engage dans une synchronie rythmique qui s’accélère. Cette flèche qui va heurter la menace roulante, c’est moi. Moi qui suis ici, dans la ville. Moi qui vis. Malgré l’horizon qui se bouche, malgré les couleurs qui déteignent en une déclinaison de gris sales.
Je vais le rattraper, c’est certain. Je ne distingue autour de moi qu’une foule compacte qui encourage celle qui la représente et la défend, celle qui veut la venger. Portée par cet appui muet, par la force de ces regards qui m’enveloppent, je survole la piste.
Cependant, pressentant ma présence à ses trousses, la brute jette un œil derrière elle. La fraction de seconde d’inattention fatale. L’erreur. Le guidon dévie à peine. La roue avant heurte le pavé et l’affreux énergumène est projeté dans le canal. J’observe la délectable scène au ralenti. Son corps traçant un parfait arc de cercle aérien finissant sa course dans l’eau ; sur son visage tourné vers moi, un rictus amer.
La foule s’est tassée sur le bord pour assister au spectacle. Dans l’eau aussi, son tapage est assourdissant. Il frappe la surface de ses membres affolés, vociférant des insultes à la cantonade.
Des insultes ?
— À l’aide ! Au secours ! Je ne sais pas nager !
Les gens silencieux le regardent, se regardent… Interrogations multiples, partagées, et inexprimées. Un étonnement réfléchi s’ébauche sur les visages. Quelle misère à notre époque de ne pas savoir nager...
L’heure n’est manifestement pas à l’action. Le coup de théâtre a plongé dans la léthargie les spectateurs trop chamboulés par les fréquentes allées et venues de l’ouragan. Les voici physiquement incapables de réagir à présent. Et moi alors ? Freinée net dans ma course quasi aérienne par sa fulgurante tentative d’ascension, je me tiens à leurs côtés. Je contemple son ballet aquatique. Personne ne sort son téléphone portable.
Nous reprenons le cours de nos déambulations. Le calme est revenu.

PRIX

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En compétition

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Marc D'ARMONT · il y a
Excellent. Bien aimé le cynisme de la fin. Bravo
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Norsk · il y a
Cyclisme et cynisme sont peut-être proche ? ;-) Merci !
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Gina Bernier · il y a
Tous ensemble pour le regarder tomber dans le canal... Mais aussi pourquoi cet énergumène perturbait avec son vélo de si gentils promeneurs!Jusqu'au denier moment j'ai cru que mémé aller sauter pour le récupérer... Vous avez crée un suspens terrible.
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Norsk · il y a
Tous sauvés pas l'inaction ! Même pas mémé ne bougera ! :-)
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Agathe Agathe · il y a
Personne n'a sorti son portable pour filmer?... Pff tout fout l'camp..
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Norsk · il y a
Eh non ! C'est de la SF ! :-)
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Vrac · il y a
"Les embarras de la circulation" à l'heure de la ville partagée. C'est drôle, même si la fin est amère
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Norsk · il y a
Un tantinet de non intervention calculée ! ;-)
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A. Nardop · il y a
Vous partez d'une triste réalité et dérivez avec humour et talent. Un plaisir. Heureux de vous découvrir.
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Norsk · il y a
Merci beaucoup !
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Vivian Roof · il y a
Et comment se traduit "Norsk"?
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Norsk · il y a
Ha ha ! Pour ça, il faut trouver la langue... Après, c'est fastoche ! :-)
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Vivian Roof · il y a
La langue est dans la bouche. À part ça ?...
Suédois ?

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Norsk · il y a
Presque ! Juste à côté !
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Vivian Roof · il y a
Oui, je viens de tricher. J'ai vérifié en demandant à Wikipedia. Vous êtes de là bas ?
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Norsk · il y a
Nei men jeg snakker norsk ! (et hop, un petit tour sur google translate ! ;-))
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Vivian Roof · il y a
Ah... Vous parlez le norvigeois ?
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Norsk · il y a
Yep !
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Vivian Roof · il y a
C'est encore du norvigeal ??
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Norsk · il y a
Ah non ! Ca c'est du familier. Du franco-anglais d'acquiescement. Pourquoi pas un simple "Oui" ? Chais pas...
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Sylvie Neveu · il y a
Quand on y pense, c'est affreux !!!
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Vivian Roof · il y a
Faut pas y penser.
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Sylvie Neveu · il y a
ça me fait penser que chez moi, on met des Y partout, ça donne : " T'y vas t'y ? "
Voui...

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Norsk · il y a
Je trouve aussi ! ;-)
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Loodmer · il y a
Bien vu cette opposition entre les différents modes de locomotion. A La Rochelle, en période touristique, il y a de plus en plus de heurts entre des piétons indisciplinés qui pensent que toutes les surfaces leurs sont acquises et des cyclistes intransigeants.
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Vivian Roof · il y a
Arriver à la Rochelle en voiture, c'est l'enfer.
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Loodmer · il y a
Faut connaître, mais tu penses bien qu'on ne va pas dévoiler nos itinéraires bis
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Vivian Roof · il y a
En général, je me gare au parking de l'hôtel, à l'entrée de la ville. Ensuite on peut y aller à pied. (sinon, t'as une place de parking, chez toi ?)
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Loodmer · il y a
C'est jouable si tu préviens. A 15' du centre, je gare ma voiture place de l'église et te laisse ma place au parking de la résidence.
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Vivian Roof · il y a
Trop sympa, mais je plaisantais ! Merci !
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Norsk · il y a
On peut enfin s'en prendre à d'autres qu'aux automobilistes et se battre de plus belle ! Et puis, il y a aussi les trottinettes, les monocycles, les smart wheels, les segways... On va pouvoir trouver plein de raisons de se friter ! :-)
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AP3 · il y a
Je suis ravi d'être venu visiter votre page pour découvrir ce récit finement mené, ode à l'absurdité de notre temps, à l'impatience, au racisme... jusqu'au retournement de situation où la victime devient bourreau et où le/la lecteur/rice ne peut s'empêcher d'acquiescer avant de réaliser que l'échange qui a eu lieu n'élève pas notre société plus haut, loin de ce talion inéluctable. En bref, félicitations et merci !
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Norsk · il y a
Inéluctable et inefficace talion ! ;-) Merci !
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