Culotté

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Jury

Patrick BAUFILS Né en 1948. Instituteur retraité. Je participe à un atelier d'écriture, à une troupe de théâtre amateur et je suis président de l’association gestionnaire de la  [+]

Image de Automne 2016
À l'époque lointaine de mon enfance, les méthodes éducatives n'avaient pas, loin s'en faut, les délicatesses, scrupules, précautions et prudences en vigueur aujourd'hui. En fait de vigueur, celle de nos précepteurs, aux rigoureux préceptes, ne manquait pas de s'exprimer lorsque nous ne répondions pas à ce qu'ils attendaient de nous. La moindre infraction à la règle était sanctionnée, selon la disponibilité et l'humeur du moment, de quelques coups d'une règle en bois dur sur les doigts ou les mollets, d'une volée des redoutables lanières du martinet, ou plus simplement d'une paire de baffes (la baffe étant rarement solitaire), d'une bonne fessée (il n'existait pas de mauvaises fessées), ou encore d'un coup de pied au cul. Le tout accompagné de cette immuable sentence : « Ça t'apprendra ! »
N'étant pas particulièrement de la catégorie des enfants modèles, j'ai donc beaucoup appris, de main de maître, maîtresse, père, mère et autres intervenants. Et s'il est avéré que « qui aime bien châtie bien », j'ai dû éprouver toutes les épreuves d'une enfance comblée d'affection.
Mais, parmi ces innombrables preuves d'amour, l'une d'elle m'est restée en mémoire, comme la soudaine et stupéfiante révélation de la complexité du monde, de possibles contradictions dans l'ordonnancement de l'univers, d'absence de cohérence dans les lois qui le régissent. Chaos ayant pour corollaire d’incompréhensibles et capricieux agissements de la part des adultes.
Il s'agit, je m'en souviens comme si c'était hier, de mon premier contact charnel avec Mademoiselle Sirembois, vieille fille plantureuse et austère, institutrice des petits à l'école Sainte Marie-Marguerite de Saint Sauveur. Elle avait pour réputation d'apprendre à lire à tous ces bambins avec une redoutable efficacité, grâce à une stricte méthode syllabique qui émaillait nos cahiers de phrases aussi édifiantes que celles ci : « Le papa de Pipo a pris un petit pot de persil. Il part pour l'apporter à pépé. Pépé est le papa du papa de Pipo ».
Mais elle était tout autant connue et appréciée des parents pour les remarquables fessées que ses immenses mains faisaient pleuvoir, afin de maintenir attention et discipline chez ses élèves.
Il n'y avait pas quatre jours que j'avais fait ma première rentrée dans sa classe que, ayant par inadvertance laissé échapper à haute voix je ne sais quelle réflexion maladroite, je la vis soudain débouler, roulant des yeux furibonds, vers mon bureau, me tirer brutalement hors du banc, en hurlant «  Ah ! Par exemple ! Mais t'es culotté toi ! » avant de me coucher sur ses genoux pour m'administrer, à grands coups redoublés, une de ces fessées qui faisaient sa gloire.
L'heure de la récréation survenant peu après, c'est le derrière encore endolori, les yeux pleins de larmes, la morve au nez et des interrogations plein la tête que je m'empressai d'aller m'enfermer aux toilettes, afin de procéder à l'inventaire des dégâts et de réfléchir au calme à ce qui venait d'arriver. En fait je souffrais moins de la cuisante douleur qui irradiait mon postérieur que de la totale incompréhension des raisons de cette fureur qui s'était emparée de ma maîtresse. Or, il me semblait capital, pour éviter de reproduire involontairement pareille faute, d'en saisir la nature. Je tenais plus que tout à rentrer dans le rang, à accéder au statut d'élève obéissant et sans histoire que mes parents semblaient désirer si fort pour moi.
Je n'avais, pour tenter de comprendre, que les paroles qu'elle avait prononcées et criées suffisamment fort pour que je les entende parfaitement. Son courroux avait été déclenché par le fait que je sois culotté ! Alors, bien que perplexe, j'abandonnai sans plus hésiter le pantalon court et la culotte qui me vêtaient, pour me précipiter en classe ainsi « déculotté », le sexe recroquevillé par la fraîcheur de ce mois de septembre et par l'impudeur de son exposition publique.
Vous dirai-je mon désarroi et ma stupeur lorsque, hurlant à l'abominable provocation et me promettant l'enfer sur terre comme au ciel, Mademoiselle Sirembois me récompensa d'une nouvelle fessée plus violente, plus sauvage, plus douloureuse encore de s'appliquer sur un fessier déjà meurtri et que ne protégeait plus le moindre rempart de vêtements... Et plus désespérante encore d'ajouter de l'incompréhension à l'incompréhension.

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Claire Dévas · il y a
Je le découvre... ce texte truculent et plein d'esprit. J'ai beaucoup rit et en même temps... on se dit parfois qu'il a des fessées qui se sont perdues.
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Stéphane Sogsine · il y a
Cela me rappelle madame Mac Miche dans "un bon petit diable" que j'ai lu quand j'étais môme
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Alice · il y a
Bien culotté! Désolé pour l’absence!
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Pabauf · il y a
Comment vas-tu ? Serai toujours content d'avoir de tes nouvelles (short stories or personal actualities)
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Corinne Val · il y a
On connaissait les coups de règle mais pas la fessée. Abominable. Mon vote
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Liane 69 · il y a
il est culotté ce Païnou de m'envoyer lire des souvenirs d'enfance qui auraient pu être les siens
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Cristel D · il y a
un texte bien culotté !
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Hermeline · il y a
mon vote pour cette saga incomparable...
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JACB · il y a
Re-vote et bonne chance pour l'automne Pabauf!
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Patrick Blanchon · il y a
Y a des coups de pied au c.. Qui ne se perdent donc pas...
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Freddy Potec · il y a
Voilà j'ai revoté, elle n'était pas tendre la maîtresse vieille fille un peu frustrée sur le plan sexuel sans doute, comme il y en avait tant autrefois. Elle aurait des problèmes aujourd'hui avec les parents d'élèves.

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