4
min

Crochu

Image de Christophe Rouag

Christophe Rouag

159 lectures

61

Il y a de nombreuses années de cela, j’étais en vacances d’été chez ma tante. Elle habitait un petit hameau dans les Alpes appelé « La Morte ». Malgré son nom l’endroit n’inspirait guère d’inquiétude, à part peut-être pour le petit garçon que j’étais à l’époque.
En effet, je ne devais pas avoir plus de 8 ans, et pour un enfant qui a grandit dans une ville, les bois qui entouraient la maison pouvaient se montrer effrayants quand la nuit tombait.
Lors de ces vacances ma seule compagnon d’aventure était ma cousine, de deux ans ma cadette. Nous étions plutôt libres de nous amuser sans surveillance, mais à la nuit tombée il nous était interdit d’être dehors.
Dans la maison, l’espace de jeu était plutôt réduit. L’ennui nous guettait assez vite, si bien qu’il nous fallut partir à la recherche d’un nouveau défi : s’introduire dans la chambre du grand frère de ma cousine. Bien sûr, quand il n’était pas là, il nous était strictement interdit d’y entrer et surtout de fouiller dans ses affaires. Ce qui est précisément ce que nous avions l’intention de faire.

Un soir, alors que mon cousin n’était pas là, nous tentâmes l’aventure. Il était très amusant pour nous de mettre notre nez dans ses affaires. Seulement notre petite aventure nocturne nous avait fait oublier de surveiller l’arrivée de mon cousin. Ce qui nous pendait au nez arriva. Il nous prit sur le fait alors qu’il entrait dans sa chambre.

Après une brève remontrance de sa part, mon cousin nous intima de nous asseoir sur son lit et nous menaça d’une punition. Seulement cette dernière n’allait pas être infligé par lui, mais par un être malfaisant nommé Crochu.
Il nous raconta que Crochu était un être démoniaque qui vivait tapis dans les ténèbres jusqu’à la nuit tombée pour s’infiltrer dans les chambres des enfants afin de les dévorer. Il nous décrivît une créature humanoïde pourvue de griffes à la place des ongles, d’une peau sombre, de crocs tranchants ainsi que d’horribles yeux rouges sang. Il nous expliqua que rien ne pouvait l’arrêter à part peut-être la lumière.

La description de Crochu était terrifiante, mais même avec les larmes qui nous montaient aux yeux, ma cousine et moi faisions tout pour rester stoïques. C’est à ce moment là que ma tante entra dans la chambre et l’interrompit pour nous dire d’aller nous mettre au lit. Ce que nous fîmes immédiatement.
Je savais que son histoire était inventée, que Crochu ne pouvait pas être vrai. Mais je ne pouvais m’empêcher d’avoir peur de cette étrange créature. Aussi infondée son existence fut-elle.

Nous nous mîmes au lit, mais même au chaud sous les couvertures, je tremblais de terreur. La partie en moi qui rejetait l’existence de Crochu avait perdu la bataille contre une peur irrationnelle qui ne cessait d’envahir mon esprit. Cette nuit là, je décidai de laisser ma lampe de chevet allumée, aux aguets derrière mon couvre-lit, pour le cas où.
L’heure avançait. Il devait être deux ou trois heure du matin. J’étais toujours sur mes gardes mais dans le lit d’à coté ma cousine dormait profondément depuis longtemps.

Peu à peu, la fatigue commença à m’envahir. Mes yeux se fermaient irrémédiablement, comme si on avait lesté mes paupières. Mes forces m’abandonnaient malgré moi.
Dans un soubresaut, je tentai de rester éveillé mais le sommeil était plus fort, si fort que je finis par m’endormir profondément en un instant.

Je ne sais pas combien de temps après et malgré la lourdeur de sommeil, un étrange bruit qui résonnait dans la nuit me réveilla. Il semblait venir de l’intérieur de la chambre mais j’avais l’esprit trop embué pour en avoir la certitude. Peut-être était-ce ma cousine?

Sans m’en rendre compte, je repartis dans les bras de Morphée. Mais ce même bruit me sorti à nouveau de mon sommeil. Cette fois, il était plus présent. Il me parut indéniable qu’il venait de la chambre. Les idées plus claires, assis sur mon lit, j’inspectai scrupuleusement la pièce du regard. On aurait dit que quelqu’un grattait quelque chose mais je ne comprenais pas où et quoi. Les grattements cessèrent mais furent remplacés par une respiration rauque et immonde. Mon coeur commençait à battre dangereusement fort. Pour me rassurer, j’essayais de me convaincre que tout ceci était l’oeuvre de mon cousin. Mais c’était vain. Tous mes sens me disaient une chose : Crochu était là. Dans ma chambre. Prêt à m’attaquer.

Ma seule et unique parade à cet instant fut de me réfugier sous les couvertures comme si elles étaient un rempart infranchissable me séparant du monstre. Ce n’était assurément qu’une illusion. C’est alors que je me souvint des dires de mon cousin; ma seule arme de défense était la lumière. Je commençai timidement à sortir de mes couvertures avec la ferme intention de me saisir de ma lampe de chevet. L’idée était de la brandir telle une arme afin d’empêcher Crochu d’avancer vers ma cousine et moi.
Pour une raison inconnue, l’intensité de la lumière provenant de la lampe commença à vaciller comme si quelqu’un était un train de dévisser l’ampoule. Je sorti des couvertures et la lampe s’éteignit avant que je ne puisse l’atteindre. J’était alors totalement à découvert, dans le noir.
C’est à cet instant que je le vis. L’immonde créature me fut révélée par la lumière de la lune émanant de la fenêtre. Ces traits ont marqué mon esprit à jamais. Et je peux dire qu’ils étaient conformes à la description de mon cousin. Mais deux choses m’ont terrifiées plus que les autres; ses griffes meurtrières qu’il arborait au bout de ses doigts, ainsi que ses yeux rouges sang. Je jurerais qu’il brillaient d’un feu démoniaque au moment où nos regards se sont croisés. C’est à cet instant précis qu’il me sourit. Laissant apparaître sa mâchoire cauchemardesque que la lumière lunaire mettait en avant. J’étais tétanisé. Il était à quelques mètres de mon lit. Mais je vis clairement que Crochu me contemplait avec un appétit non dissimulé. L’instant d’après, il fit quelques pas dans ma direction. Il lançait son attaque contre moi. Aussi, je sortis de ma torpeur provoquée par l’horrible silhouette, me ruai sur la lampe de chevet et repositionnai l’ampoule. Crochu était déjà sur moi et m’agrippa le pied. Je brandis la lumière vers lui. Il recula immédiatement, accompagnant son repli d’un râle de douleur. Mais quand il lâcha ma jambe ses griffes entaillèrent ma cheville laissant une marque sanglante.
Crochu reculait toujours. Je trouvais le courage de me lever car il fallait coûte que coûte chasser ce monstre.
Enfin sur mes deux pieds, je ne sentais plus la douleur provenant de ma cheville. J’avançais doucement mais avec conviction vers Crochu, ma lampe brandie devant moi aussi courageusement que je pus. Le câble électrique était assez long et je pus acculer le monstre dans un coin de la chambre; il était pris au piège. La lumière de ma lampe éclairait tout son être, il n’avait pas d’ombre. Ses yeux se mirent à briller fortement. On aurait dit qu’ils allaient exploser. L’instant d’après, une intense lumière jaillit de son regard, accompagnée d’une onde de choc qui me projeta en arrière. Je me retrouvai allongé par terre, inconscient, la lampe éteinte et disloquée sur le sol.




Je me réveillai au petit matin, à l’endroit même où j’avais perdu connaissance.
Je me relevai et posai la lampe cassée sur la table de chevet. Ma cousine dormait toujours. Comment était-ce possible qu’elle ne se soit pas réveillée pendant l’attaque? Avais-je vraiment réussi à vaincre Crochu ou tout cela n’était que le fruit de mon imagination? Il m’était impossible de comprendre où se trouvait la vérité. Mais j’avais tout de même la certitude qu’il ne pouvait pas s’agir d’un canular élaboré par mon cousin.

Même si Crochu n’est jamais revenu pour moi, la nuit, je me tiens prêt, ma lampe de chevet allumée, pour le cas où. Car même si je ne saurai jamais ce qui s’est réellement passé, les cicatrices de ma blessure sur la cheville, elles, sont belles et bien vraies et seront toujours là pour me rappeler cette nuit d’horreur.

PRIX

Image de 2018

Thèmes

Image de Très très courts
61

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Lyriciste Nwar
Image de Polotol
Polotol · il y a
Tout y est pour se refaire une petite frayeur style Scary movie. A+
·
Image de Reveuse
Reveuse · il y a
Ça tient du film d'horreur cette histoire et en même temps il y a la crédulité de cet enfant qui va affronter le monstre malgré sa peur c'est bien vu les enfants sont un peu comme ça à la fois imprudents et tellement naïfs !!j aime bien ce texte. Vous avez mes votes et si le cœur vous en dit vous pouvez aller lire mon texte L'ombre de Baptiste.
·
Image de Thérèse Le Du
Thérèse Le Du · il y a
Un joli conte fantastique !!!
Bravo Christophe.

·
Image de chat
chat · il y a
miaou.......
·
Image de Nicole
Nicole · il y a
Super.....
·
Image de Jcjr
Jcjr · il y a
Il est des nuits où les histoires servent aux enfants des supports fantastiques à leurs angoisses, donnant des nuits agitées que seule la lumière peut calmer. Oserez-vous venir vous perdre dans " le brouillard " ?...
·
Image de Eric
Eric · il y a
Véritable conte Halloween super!
·
Image de DOMI
DOMI · il y a
L'histoire est bien racontée c'est comme si on y était !!
On croise les doigts (crochus !!!) pour le concours

·
Image de Chantal Sourire
Chantal Sourire · il y a
Si je peux me permettre, qq fautes d'orthographe et répétitions nuisent au texte, c'est dommage . je vote pour l'histoire et son suspens.
Aimerez-vous ma fourchette d'or ou mon soleil nocturne ? Merci au cas où...

·