Cristal

il y a
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Un souhait, une tentative, un désir: partager les émotions... Contemplatif dans l'agir, je vogue, toujours en quête d'expériences, de rencontres... Marche et méditation, lecture, écriture  [+]

Image de Été 2018
De ce premier matin du premier jour dans la lumière nouvelle, te souviens-tu ?
Un chant doucement s’élevait. Vibrant d’amour, les mots se libéraient du silence et révélaient la parole, le souffle, la liberté de dire.
Nous traversions alors ces jours paisibles posés en équilibre délicat sur le cycle des saisons.

Je me souviens, nous marchions longuement sous le doux soleil de février, goûtant la saveur des moments partagés, le frémissement du vent sur le visage, la joie puérile à l’approche du sommet. Là, silencieux, épuisés et heureux, nous parcourions du regard les massifs lointains.
Je me souviens, le monastère était couvert de neige. Une porte s’ouvrit, un moine chartreux sortit du bâtiment, la tête couverte d’une large capuche. Il longea la façade, contourna l’édifice, sa silhouette s’évanouit dans la brume. Le silence était presque douloureux, le grand hiver avait figé les éléments. Seule la neige tournoyante évoquait la réalité. Les arbres nus, dessinés à l’encre, constituaient l’essentiel dans sa pureté.
Je me souviens, vision éphémère dans la vieille ville. La pluie avait cessé. Le soir approchait, accompagné des derniers rayons de soleil. Une jeune fille marchait dans l’ombre immobile. Elle portait sous son bras un livre relié de cuir beige. Ses longs cheveux châtains semblaient jouir d’une vie propre, de mouvement et de lumière. Une lueur bleue et limpide s’étalait sur les pavés brillants. La jeune fille disparut à l’angle d’une ruelle. J’imaginais une suite, une errance se poursuivant par la miraculeuse combinaison de mes maladresses.

Je me souviens de tant d’instants, de pages, de feuilles tourbillonnant dans le vent infatigable, multiple, irrésistible, tel un courant d’air parcourant les mondes. Douce brise des années douces, rafales terribles arrachant les plaintes déchirantes des années de tourment, mistral étincelant et sifflant de nos années de lumière. Ces années de lumière qui jamais plus ne seront. Fragments de vie, fragments épars que l’espérance cimente, rend cohérents, que le flux universel emporte.

Un soir d’automne, assis sur une plage de galets face à la mer tranquille de la baie de Nice, nous avons au même instant tourné la tête vers l’ouest et regardé le soleil couchant. Le ciel offrait ses mouvances, coloré de rose et d’orangé en d’innombrables nuances. Nos pensées suivaient la course des nuages, éphémères filaments. Le dernier cil solaire disparut, nous laissant orphelins de lumière. Tu frissonnas, je me souviens.

En rejoignant le village au retour d’une randonnée, nous rencontrons un berger appuyé sur son solide bâton. Le troupeau de moutons, resserré autour d’un frêne, se fend à notre passage, des bêlements nous interpellent, quelques bêtes s’éloignent. Le berger nous salue, nous échangeons quelques phrases sur le temps qui se couvre, le brouillard qui nous poursuivait tout au long de la descente, la beauté de la cascade masquée par une falaise, à l’écart du chemin. Les mots laissent place au silence qui se dépose comme un voile et nous laisse accueillir la paix du soir. Le berger déjà s’éloigne, accompagné du tintement des clarines. Nous rentrons juste avant la nuit.

Emmêlés dans l’écharpe du temps, ces souvenirs, réminiscences et vagues rêveries tissent une chatoyante parure aux jours qui se succèdent, défilent joyeusement en une farandole étourdissante, éternellement renouvelée. Chaque matin est une renaissance, une aube nouvelle. Chaque matin je rends grâce à la vie, je goûte le miracle d’être, de respirer. La veille est un souvenir, une amorce que je perçois à travers le cristal limpide de la mémoire. Je m’applique à vivre le chapelet d’instants qui paisiblement s’égrène. Vois-tu cette qualité, comprends-tu que mon meilleur souvenir soit chaque jour : m’en être sorti vivant ?


Sous la voltige de quelques flocons de neige, je m’endors. Les souvenirs d’une vie sont inscrits dans le cristal de chaque flocon. Mystères et merveilles et douleur et douceur de la mémoire.

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RAC · il y a
MAGNIFIQUE ce texte ! Compliments ! J'avais vraiment l'impression d'y être... Un grand bol d'air !
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Randolph · il y a
Merci RAC ! Cathy Grejacz l'a lu et trouvé affreux...
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Cathy Grejacz · il y a
C’est pas le texte qui est affreux...
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RAC · il y a
Ben c'est quoi alors ?!
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Cathy Grejacz · il y a
C’est le gars qui tient la plume.... il est un peu.... étrange. ... mais Chuuut...
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RAC · il y a
J'aime beaucoup les gens étranges, s'ils sont gentils !
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Dranem · il y a
Je n'avais jamais lu ce texte que je découvre. Un texte clair et limpide comme l'eau cristalline, de ce miracle de la vie....
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Randolph · il y a
Oui. ...
Merci Dranem

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Gail · il y a
Mes souvenirs d'enfance sont à Nice .... moi aussi, je me souviens.....
Quelle belle écriture que la vôtre!

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Randolph · il y a
Merci Gail !
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Fred Panassac · il y a
Très beau. Je respire le grand air ici, loin des ondes négatives. C'est bien un peu de sincérité. Merci !!!
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Randolph · il y a
Je suis heureux de votre ressenti ! Merci
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Anne-Marie Menras · il y a
Ode aux souvenirs heureux, ode à la vie...Quel bonheur de vous lire. +4 voix.
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Randolph · il y a
Le bonheur d'être lu...merci !
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Luc Michel · il y a
Magnifique ! Merci Randolph d'être venu me voir, je lis peu, pas trop le temps mais vos textes sont une vrai découverte pour moi. Celui-ci est superbe, tout simplement!
Je me permets de vous suggérer ce texte, un peu dans la même veine : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/avec-mon-pere-3
Sans obligation, ni d'achat, ni de lecture !

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Randolph · il y a
Merci Luc..je suis allé lire "mon père" et retrouve l'amour de la montagne, entre autres...
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Flore · il y a
C'est superbe, la vie qui s'écoule comme du sable au travers des doigts de la main, avec tant de beaux moments partagés, des images, des souvenirs, comme un album du temps qu'on feuilletterait et qui aurait conservé les moments de bonheur simple, les vrais...J'aime beaucoup, et c'est vrai aussi que les TTC, je n'y viens pas assez souvent. La poésie m'attire davantage.
Peut-être aussi parce que je ne sais pas faire...

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Randolph · il y a
Merci Flore
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Ginette Flora Amouma · il y a
C'est un très beau moment de plénitude .
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Randolph · il y a
Merci Ginette
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Francine Lambert · il y a
Une jolie réflexion sur "le miracle d’être, de respirer" parsemée d'images très poétiques comme "ces jours paisibles posés en équilibre délicat sur le cycle des saisons". ou encore "Les arbres nus, dessinés à l’encre". Cependant je dois avouer qu'il m'a manqué un je-ne-sais-quoi d'accrocheur pour entrer totalement dans votre texte . . . Quelques voix cependant pour la poésie, à bientôt Randolph !
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Randolph · il y a
Merci Francine pour ces commentaires détaillés. ...sans chercher à convaincre car j'ai beaucoup de progrès à faire, je revendique cependant ce " survol " dans mes écrits. ...juste suggérer émotions et imagination. ...
Je vais donc essayer de conserver mon approche tout en étant plus "accrocheur "
En tous cas, un grand merci !

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Lange Rostre · il y a
Beaucoup d'authenticité dans vos mots. Belle écriture. Voté.
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Randolph · il y a
Merci Lange

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