Crabe

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Mamie, un crabe s’est logé en ton sein. Cet intrus, dont les pinces acérées t’accablent depuis des mois, s’est mis en tête de vouloir dégénérer ton corps. Il veut dérégler ton existence. Il veut t’être mortel.
Au début, il s’est fait discret, silencieux, presque invisible. Sa présence ne se traduisait qu’à travers quelques douleurs qui troublaient tes nuits. Même après des examens, ce n’était encore que « quelque-chose ». Alors, des astronomes ont regardé plus attentivement ce « quelque-chose », et ils ont découvert une constellation ; quoi qu’on ne puisse pas en réalité dire qu’il s’agisse d’une découverte, puisque cette constellation est bien connue à travers le monde, elle tue plus que la guerre.
Dès lors qu’il te fut dévoilé, ce crabe est devenu le centre de ton monde. Ton monde qu’il a d’abord choqué, tétanisé, paralysé comme jamais il ne l’avait été au cours de toute ta vie ; ton monde qu’il s’est efforcé à étouffer sous les troubles et les douleurs.
Mais il a fallu s’en remettre, et tout de suite aborder les premières opérations. Nous nous positionnions en supporters dans les tribunes de ta vie : « mamie, tu y arriveras ! Tu bouteras ce crabe hors de ton corps, avec toute la force dont tu es capable ! » Cependant, nous étions bien conscient que cela n’enlevait rien à la difficulté de la tâche, car pour faire fuir l’horrible crustacé, il fallait le mettre en contact avec une chose plus horrible encore. Et après chacune de tes chimiothérapies nous te voyions revenir, épuisée, écrasée par le poids du poison qui te laminait, te troublait l’esprit, qui s’accaparait de ton cerveau comme de tout le reste. Tu étais prise dans un tourbillon de fatigue, mais la douleur ne te laissait aucun répit, de jour comme de nuit. Et pire que tout, tu ne pouvais que contempler, impuissante, l’effet de cette « cure » sur ton corps...
Ce sont d’abord tes cheveux qui sont tombés, plus vite que les arbres de la forêt amazonienne. En quelques jours seulement, ton crâne en était dégarni, et tu avais l’impression en te regardant dans le miroir de sortir de Dachau. Mais ce n’était pas finit, et bientôt tu voyais tes ongles se noircir comme du charbon ; eux aussi voulaient fuir la présence du crabe et du poison. Alors, pour limiter la casse, tu as misé sur l’efficacité des produits que l’on te conseillait de prendre, même si cette efficacité n’était plus grand-chose face au rythme épuisant d’une chimiothérapie par semaine ; elles avaient envahi ta vie.
Et pourtant...
Malgré ce crabe logé en ton sein, le choc de sa découverte, les conséquences du poison sur ton esprit et ton corps ; malgré tout cela et plus encore, tu t’accroches toujours, tu tiens bon, tu plies mais tu ne casses pas. Le crabe a cherché à te briser de ses pinces, mais il n’a pu que t’affaiblir. Tu n’en n’es pas encore débarrassée, mais voit le chemin parcouru ! Et tourne ton regard vers l’avenir, l’avenir proche, le jour d’après ; car chaque lendemain qui passe te rapproche de la fin de ce calvaire, calvaire dans lequel nous t’apporterons toujours notre soutien.
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