Coupez !

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Quelques sentiments ardents d’intranquillité  [+]

Au cinéma, les scènes coupent aux moments où, dans la vraie vie, on commencerait à sentir un temps mort ou un malaise, où l’on voudrait se retrouver ailleurs. Je ne parle pas de tous les moments de silence, car il y en a dans certains films, mais de ceux où l’on voudrait que cela passe à autre chose, que la situation s’arrête là. Quand ces situations apparaissent au cinéma, car cela arrive malgré tout, bien que rarement, c’est généralement pour en faire une situation comique.

Je crois que si j’aime, comme d’autres, autant le cinéma, c’est finalement en partie pour ces raccourcis. On a seulement les moments intenses, même pénibles, et pas tous ces moments, si nombreux pourtant, qui sont inutiles, que l’on pourrait dire en trop. J’ai longtemps pensé pouvoir observer, voire apprendre, la vie à travers les films. La découverte de ces coupes, ou plutôt de ce qu’elles cachaient, a été pour moi presque la révélation que le cinéma restera justement toujours éloigné de ce qu’est fondamentalement la vie. Je ne voulais pas entendre les gens qui pouvaient dire qu’il est des choses impossibles à montrer au cinéma. Maintenant je le comprends mieux, j’en ai en tout cas davantage l’intuition. Je sais de plus que ça regroupe bien d’autres choses que ces moments-là, comme en particulier le ressenti des émotions. La banalité y est en tout cas souvent absente alors qu’elle jalonne la vie. Bien sûr, on trouve un cinéma expérimental qui a tenté de le montrer, mais il est rare et souvent maladroit ; peut-être ne peut-il justement pas être bon sur ces aspects de la vie.

Je comprends aussi pourquoi je me sens à tel point mal à l’aise dans ces situations d’interaction sociale, même parfois avec une seule personne : c’est parce que j’aurais envie que la scène soit coupée, que cela passe à autre chose. Il n’y a guère que quand je suis seul, chez moi, que je ne ressens pas cela. Sans doute parce qu’alors je peux m’occuper ou non d’une manière qui me plaît, sans avoir à me soucier de la présence de quelqu’un d’autre, de la nécessité de maintenir une communication, verbale ou non, et que je n’ai pas envie de me trouver ailleurs. Seul chez moi, je peux rester passif, inexistant à la vie. Avec d’autres, ma passivité, mon désintérêt, m’apparaissent monstrueux et comme un handicap.
Je me rends bien compte, parfois, que ce malaise est réciproque. Pourtant, dans une telle situation on se sent comme piégé, on n’ose pas en sortir de peur de paraître inconvenant. On poursuit alors le malaise en essayant de raviver une discussion qui est presque morte, inintéressante pour les protagonistes.
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Lavie Hum · il y a
C'est une très belle réflexion!
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Ardores · il y a
Merci !

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