Coup de froid

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"Le hasard c'est la forme que prend Dieu pour passer Incognito" Jean Cocteau J'écoute la vie et je la peins, je l'écris ou la chante selon mon humeur. Membre de la S.A.C.E.M. comme parolière. Mon  [+]

Il règne un froid mortel dans cette baraque, je grelotte et mes pieds sont complètement gelés, je dois sûrement couver un début de grippe.......
Par acquit de conscience, je fais un rapide tour du propriétaire pour m'assurer que les chauffages sont bien allumés et c'est le cas, tout fonctionne parfaitement.
Dans le vestibule, je croise Adeline ma moitié depuis bientôt treize ans, elle ne répond pas à mon salut et je sais très bien pourquoi, donc je ne vais pas insister et attendre que l'orage passe.
C'est cette soirée improvisée qui a mis le feux aux poudres, Frédo un collègue de travail qui nous invite à boire un verre au dernier moment pour fêter la naissance de Hugo son premier fils.
Bien sûr je préviens Adeline et lui promets de ne pas rentrer trop tard, mais l'alcool aidant, la soirée se prolonge et je ne regarde plus ma montre.
Je ne sais pas vraiment à quelle heure je suis rentré ni dans quel état mais résultat de mon action, soupe à la grimace pour la journée.
Je me dirige vers l'armoire à pharmacie pour trouver le médicament qui pourra atténuer le mal de crâne insupportable qui fait tambouriner mes tempes et m'oblige à regarder droit devant moi.
J'arrive au salon et quelle surprise, une grosse partie de la famille est là, j'ai du encore rater un épisode, les dates et moi ça fait deux.
Un anniversaire, une communion, un baptême, je n'ose poser la question de peur d'être ridicule, je me mêle aux convives en prenant l'air détaché de celui qui sait.
Mamie Odette feuillette des albums photos, je la sens triste ou nostalgique de ce temps d'autrefois où tout était mieux, plus convivial, plus familial ou l'entraide et l'assistance tordaient le cou à l'indifférence.
Il fait vraiment trop froid dans cette baraque, après les pieds voilà que mes mains sont elles aussi gelées à présent........
Dans la salle de jeux, j'aperçois Lino et Théo mes neveux facétieux que je n'ai jamais vraiment réussi à différencier.
Je leur lance un « salut les boucans » auquel ils ne répondent pas, trop absorbés par leurs jeux vidéos derniers cris sur écran tactile.
Au détour du corridor, je croise à nouveau Adeline, alors je tente sans grande conviction un rapprochement en lui décrochant mon plus beau sourire.
Bien sûr, elle reste de marbre et son regard glacé me transperce le cœur avec une précision chirurgicale, son visage est blafard, ses traits tirés et ses yeux rougis par le manque de sommeil, je regrette vraiment de lui avoir causé tant de soucis.
Le seul qui me manifeste encore un semblant d'intérêt et de joie dans cette maison, c'est Mozart, mon adorable labrador.
Il tourne autour de moi en poussant des jappements aigus qui ressemblent à des notes de musique, d'où son surnom qui coulait de source.
Il lèche mes genoux, mais je ne sens pas sa langue râpeuse car tous mes membres sont totalement engourdis par le froid.
Je jette un rapide coup d’œil à la vieille pendule de tante Adèle, déjà 15 heures, le manque de sommeil se fait sentir, je suis complètement épuisé.
Mes pas hésitants me conduisent vers la chambre à coucher qui est un peu à l'écart au fond d'un long couloir.
Je m’effondre sur le lit avec cette sensation bizarre que mon esprit ne contrôle plus mon corps, sûrement les restes de vapeurs d'alcool.
Je ferme quelques instants les yeux et malgré la couette rabattue sur mon corps, toujours ce froid qui me paralyse et cette désagréable sensation de flotter en apesanteur.
Je reste ainsi de longues minutes à lutter pour retrouver mon équilibre et malgré tous mes efforts je ne contrôle plus rien.
Quand je les ouvre à nouveau, Adeline est assise sur le rebord de mon lit, son doux visage baigné de larmes, près d'elle Frédo retient sa tête entre ses mains en répétant laconiquement :
C'est de ma faute, tout est de ma faute, je n'aurai jamais du le laisser partir dans cet état.
Les pleurs d'Adeline redoublent d'intensité, j'essaie des les rassurer tous les deux mais aucun son ne sort de ma bouche et soudain je m'aperçois horrifié que je flotte au dessus de mon corps immobile et glacé.
Je viens de comprendre le froid mortel et Adeline hurle :
« Putain de camion »....
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