Costume rouge au Restaurant de minuit

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Restaurant de minuit, 9 avril
À Kobé, le « Restaurant de minuit » est presque plein. C’est l’un des trente-deux établissements de la ville ouverts de minuit à sept heures du matin, proposant des plats faits maison. Les clients sont des habitués, des insomniaques ou des célibataires qui n’ont quitté leur bureau qu’après vingt-trois heures. Certains cumulent les trois profils !
Assis au comptoir, un homme se distingue avec son élégant costume rouge. Quelques clients papotent sur ce choix de couleur, mais la plupart l’ont reconnu : c’est Saito Iruka, le journaliste de la chaîne KBC. Il a commandé au patron, qu’on appelle Master, un riz au poulet, le plat de son enfance. Le riz crépite dans le poêlon, il est gras et bien grillé. Master a mis quelques petits pois, Saito va les trier, comme il faisait enfant.

Restaurant de minuit, 13 avril
Une équipe de la chaîne KBC est en train de tourner un reportage sur Saito Iruka, le journaliste vedette. Celui-ci se confesse, face caméra, dans l’atmosphère bienveillante du restaurant de minuit. Il avoue être un enfant adopté, et avoir décidé de retrouver sa mère biologique qui l’a abandonné quand il n’avait que cinq ans. Le reportage insérera une photo de lui à son arrivée à l’orphelinat d’Okayama quarante ans plus tôt.
Master se demande si ce reportage tourné dans son établissement lui vaudra de nouveaux clients.

Restaurant de minuit, 20 avril
Saito déguste un poulet miso tout en se confiant à Master. Le présentateur explique que depuis le reportage, les vieilles dames affluent, l’inondent de messages. Des profiteuses appâtées par la notoriété et l’argent. Leur histoire tient à peine debout quelques secondes. On ne le dupe pas comme ça.
Une cliente entre au Restaurant de minuit, en manteau râpé, et s’installe à l’écart. Elle commande un riz au poulet, et une fois servie, elle trie les petits pois. Elle regarde Saito en pleurant.
Master ne peut suivre toute la conversation qui s’ensuit, il a du monde à servir, mais il saisit quand même l’essentiel. Saito a demandé à la vieille femme si elle savait pourquoi il portait toujours des costumes rouges. Elle a pleuré de plus belle, mais donné la bonne réponse ! Le jour où elle a abandonné Saito (pour son bien précise-t-elle), ils étaient à la fête foraine, et il portait un anorak rouge. Elle suppose que s’il porte encore aujourd’hui cette couleur, c’est dans l’espoir que sa mère le retrouve. Et c’est Saito qui maintenant fond en larmes. Quant à Master, il inonde lui aussi le ramen à l’œuf d’un vieil habitué.

Restaurant de minuit, 22 avril,
Saito Iruka est devenu un habitué des lieux. Il commande souvent du riz au poulet, exigeant des petits pois pour le plaisir de les trier. Mais il ne porte plus de costume rouge ; il s’habille en vert, en jaune, en bleu, en gris, en violet…

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Mijo Nouméa · il y a
Jolie histoire, comme quoi les couleurs que l'on porte sont souvent la symbolique de nos état d'âmes ou d'une quête intime:)

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