Cosmogonie des souvenirs

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Ils naissent du vécu, s’évaporent du réel et s’élèvent vers les cieux. Au firmament, les voilà qu’ils gonflent puis s’agglomèrent. Les condensés cotonneux forment peu à peu un nuage irrégulier. On ne peut pas les distinguer, et pour autant, ils ne forment pas un bloc homogène.

C’est une armada de sens et d’impressions. C’est une foule, c’est un grondement. Plus le nuage avance, plus ils sont nombreux. Toujours plus bruyants, bouillonnant d’une vie passée. Quelques-uns finissent par se séparer du groupe. Ils se précipitent et disparaissent. D’autres s’échappent, certains reviennent. Qu’importe les pertes, les allées et venues, ils avancent, invariablement, attirés vers un but qu’ils ignorent. On ne sait où ils vont, eux non plus, si ce n’est vers l’horizon. Les disparus deviennent plus nombreux que les vivants. Le temps les grignote. Les conglomérats s’étiolent, les défections s’enchaînent. Les larmes de l’oubli tombent sans cesse.

Un jour, il est seul. Il avance, comme s’il était toujours accompagné. Jamais il n’atteindra l’horizon. Tout comme les autres, ses larmes s’échappent malgré lui. Amers regrets d’un temps perdu. Il tombe, chute inexorable. Il retrouve la terre qu’il a fui, entouré de ses congénères. Mais ce ne sont pas les mêmes qu’il a connu, de parfais étrangers.

Un jour, il s’échappera du réel et s’évaporera vers le ciel. Il ne sera plus le même, mais continuera le chemin entamé par son prédécesseur.
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