Corsica

il y a
3 min
0
lecture
0
Quatre-vingt douze ans... j’ai quatre vingt douze ans ! déjà tant d’année derrière moi.
Dans ma tête je n’ai pas autant. Dans mes articulation si !
Je ne suis ni faite pour les mots croisés, ni pour le tricot. Ma belle mère avait essayer de m’apprendre au début de mon mariage avec son fils, mais devant l’énormité de la tache elle avait renoncé.
Alors elle tricotait pour nous. Je me rappelle d’un magnifique pull orange et vert, tout des losanges... vous vous doutez bien que je ne sortais pas avec !!! je le mettais seulement quand elle venait à la maison.
Les années ont filées si vite.
A l’époque j’étais gendarme motorisé, on m’avait envoyé en Corse pour prêter main forte aux forces de l’ordre, il y avait plein d’attentat du au FLNC.
Au fond de moi je les comprenais, ils empêchaient que cette magnifique île soit bétonnée.
Mais ça, je devais le garder pour moi.
Je sillonnais les routes sur ma moto, c’est comme ça que je l’ai rencontré. Je l’ai arrêté pour excès de vitesse. Mais il était si charmant que je ne l’ai pas verbalisé, pour me remercier on a été boire un verre.

Il était médecin le jour et le soir venu il se transformait en homme en noir, cagoulé, armé.
Mais ça je l’ai su bien plus tard, quand on était déjà marié.
C’est alors posé la question : le dénoncer ou participer !
L’amour rends fou, l’amour est aveugle, l’amour...
Alors le jour j’étais une gendarme bien notée, respectée. Le soir, une ombre noire qui empêchait les promoteurs de détruire des zones qui bien plus tard sont devenue protégées, Scandola, Piana et tant d’autres.
Une vie tellement mouvementée, qu’il n’y a jamais eu de place pour des enfants, après j’étais trop vieille pour devenir maman.
On se suffisait, on s’aimait, on se tirait la bourre sur des routes qu’on connaissait par cœur.
Des belles années, qui malheureusement qui comme toutes les choses bien ont une fin.
Quatre vingt douze ans. Mon dieu, si je regarde derrière moi... non vaut mieux pas... Si, je vous raconte, il est temps que je me confesse.
J’avais presque cinquante ans quand j’ai su que mon mari me trompait.
He oui, il avait une liaison avec une de ses patientes. Et ça durait depuis pas mal de temps... Pas mal d’années.
Comment je l’ai appris ? Vous allez rire ! Une lettre anonyme ! Une vraie !! des lettres découpées dans un journal, comme dans les films !
On me donnait l’adresse de la dame, et les jours ou il y allait.
Bien sur, en bon gendarme j’ai fais mon enquête. Filature, fouille de son téléphone, de son ordi.
Le monde c’est écroulé, ma vie de rêve a prit fin.
Ce que j’ai fait ensuite ? Ben comme tout problème je m’en suis débarrassé.
Les routes sont dangereuses en Corse.
Dans la gendarmerie on apprends la mécanique, on apprends les pannes, on apprends plein de choses. J’ai trafiqué sa moto. Juste ce qu’il faut pour provoquer un accident, un petit truc sur les freins, trois fois rien juste une bricole qui n’est pas détectable si on y regarde pas de trop près. Quand on a plus de freins, et bien... on s’arrête pas quand il faut.
Et vous devinez la suite, bing bang boum, patatra, je deviens une veuve épleurée.
Ho la pauvre. Un couple si charmant. La moto c’est tellement dangereux. Elle à l’air si triste.
C’est vraiment terrible. Un joli enterrement. Et vous avez vu toute ces fleurs. Il y a tant de monde.
Et vous savez quoi? Et bien, sa maîtresse était présente! Elle pleurait plus que moi la garce!
Je me suis pris un fou rire dans mon mouchoir. Tout le monde a pensé que j’avais une crise de larme. Je pouvais pas m’arrêter. Mes collègues de boulot m’ont entouré, soutenu, réconforté.
Dur de garder mon sérieux quand je la regardais sangloter. Pouffiasse ! Envie de lui mettre des baffes.
En plus elle était moche, vieille, au moins dix ans de plus que moi. Qu’est qu’il avait pu lui trouver ?
J'ai du subir les condoléances de toute l’assemblée. C’était long, chiant.
Halala si vous saviez brave gens.
Quatre vingt douze ans. Et vous me croyez si vous voulez mais je n’ai jamais eu aucun regret. On ne joue pas avec mes sentiments, c’est tout.
J’ai encore un truc à confesser. Sa pétasse, j’ai fais de sa vie un enfer, juste pour le plaisir.
Quelques petites mesquineries par ci par là au fil des ans.
Sucre dans le réservoir, pneu crevé, par-brise cassé, merde dans sa boite aux lettres, parfois la nuit j’allais chez elle juste pour sonner à la porte, un jour elle a déménagée.
Je suis sur qu’elle savait que c’était moi qui lui faisais la misère...
J’ai quatre-vingt douze ans. C’est l’hiver de ma vie. Je suis plus Corse qu’une Corse.
Bientôt je vais retrouver mon mari en enfer. M’aura t’il pardonné ?
Venez visiter mon île, mais attention, les routes sont dangereuses...
Un accident est si vite arrivé !
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,