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Corps et décor

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Charles.B

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Il émergeait vers quatre heure de l’après-midi.
À peine éveillé, il roulait son premier joint, buvait sa première bière puis invariablement, il lui fallait mon cul. Il m’attirait, me pressait contre lui, me pétrissait guettant mon envie, une lueur de désir éveillé, une pointe de sein dressée. Ses regards obliques, effleuraient furtivement le miroir reflétant son triomphe, de face, de profil, dur et tendu.
Très fier de ce gros ver cramoisi qu’il exhibait comme un trophée, comme s'il était le seul mâle du quartier à en posséder un.
Désapée, collée, plaquée, ses doigts partout à m’explorer, me fouiller, m’évider, mêlant sa salive à mes humeurs intimes, avant de me pénétrer sans ménagement et de se répandre toujours trop vite. Insatiable, il voulait ressusciter aussitôt. Je devais le revigorer des mains, de la langue et des lèvres, il entrait dans ma bouche explorait ma gorge à en vomir au propre comme au figuré.
Depuis peu, je gardais la tête froide quand il me baisait. Je ne ressentais plus ces tremblements, cette fièvre, cet embrasement à en perdre le souffle.
Collée au plafond, désincarnée, je nous observais, je regardais son corps lourd et pesant s'activer sur moi, sa peau mate entre la paleur de mes cuisses. Je pouvais faire le tri, je savais exactement ce que j’aimais ou détestais dans ce corps à corps énervé, brutal, qui me livrait comme une poule déplumée à son bon vouloir.
Une lente et inéxorable dérive, un sentiment tout neuf, subreptice, s’était glissé entre nous, une distanciation, une neutralité jamais éprouvée, que s’est-il passé ! Pourquoi on se réveille un matin et tout est moche ?
Toutes ces impressions, toutes ces question refoulées qu'on a empêché d'affleurer, ces mots qu'on n'a pas osé traduire en son par peur de s'entendre les dire. Voilà que tout ce qu'on a donné sans contre-partie reflue, s'impose comme la limite largement atteinte d'un parcours. Cet homme n'a consenti à partager que son égoïsme. il ne sait rien de ma réalité, de la consistance de ma vie, de mon corps de ma chair, hors du périmètre de sa prédation, hors de cet espace où il tire de moi son plaisir sans plus se soucier du mien.
Me prendre par tous les bouts lui a suffi, me fourrer, me planter.
Oui, me planter comme un décor.
La mer s'est retirée, l'amour, la passion, le désir ont fui, disparus, emportés dans le ressac de ma tourmente.
Échouée sur le sable ne subsiste plus qu'une vague répugnance.
Il faut que je m'en aille sans même chercher à expliquer, que je m'arrache le plus vite possible, comme un sparadrap sur une couenne poilue, d'un seul coup vif et sec !!
C'est à mon tour de le planter ! De le planter là... pour toujours.

PRIX

Image de Eté 2016
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Akénoby · il y a
Texte "dégoutant" comme il faut. On le ressent. Bravo. J'aurai aimé une chute plus à la "hauteur" du vécu.
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Graziella · il y a
très beau texte bravo
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IBEX · il y a
...ou la nature de l’homme !
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Guilhaine Chambon · il y a
J'ai beaucoup aimé votre texte que je découvre à l'instant. Bravo . Peut être avez vous déjà découvert Au fait qui est en finale . Je vous invite à venir vous promener sur ma page si bien sûr vois en avez envie. Belle journée
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Arnaud Gérard · il y a
Un point de vue féminin très crédible...
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Charles.B · il y a
c'est quoi ça MGU une pub ? Une pub sur Shortédition ? Et un accès sur ma messagerie ? Ou c'est une blague, ou il y a GROS DANGER !!!!
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Subtropiko · il y a
"La chair est triste" ! Mais comme on la comprend... Excellente, l'image "Collée au plafond, désincarnée, je nous observais"... Nous voici scotchés, nous aussi. Je clique.
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Chouchoune · il y a
Bravo c'est juste un texte mais il me touche car je le vis aujourd'hui après 10ans de vie commune
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Utilisateur désactivé · il y a
Juste un mot : chapeau!
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