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Bellinus Bellin

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Extrait d’un dialogue pathétique sur Messenger le 26 mars 2020


— Chéri, je suis folle d’inquiétude ! Tu as appris pour ta moustache ?
— Quoi donc, ma douce ?
— Eh bien ! Pelloux est catégorique. Il faut la raser.
— Raser mes bacchantes ? Tu plaisantes ?
— Mais non, non, je t’assure. Je rigole pas du tout. Il paraît que le Covid-19 adore se planquer dans les poils,... ceux du visage s’entend. Je t’envoie le lien, c’est effrayant !
— Et tu crois cette connerie ?
— Ben oui, sur Facebook, mon amie Valentine...
— Valentine ! Elle couche avec un chauve et elle a toujours été jalouse de mes attributs !
— Non, non, chéri, ça n’a rien à voir voyons et elle m’a même précisé...
— Laisse tomber. Et rassure-toi. C’est un bobard. Une méga connerie, je te dis. D’ailleurs j’ai appelé mon barbier ce matin et il est catégorique.
— Tu as appelé L'Atelier Gentlemen ? Ils disent quoi ?
— No problem pour moi. Car les moustaches en guidon ne sont pas concernées.
— Pas concernées par le coronavirus ? Mais... comment ? Pourquoi ça ?
— C’est élémentaire et imparable, m’a expliqué Fred. Tout simplement grâce à leur double pointe efficacement recourbée et affûtée — et tu en sais quelque chose, ma douce, souviens-toi...  !!! Bref, en cas de contamination, le Covid-19 serait d’abord capturé puis encerclé dans la boucle terminale de mes moustaches. Pris au lasso, quoi ! Tu me suis ?
— Oui, oui. Et après ?
— En vain le petit con suppliera : « De l’air ! De l’air ! ». En fait, le Covid-19 est allergique à la kéra...
— La kéra quoi ?
— La kératine contenue dans la tige pilaire. Et ce n’est que le début de son supplice. Très vite, après l’asphyxie qui diminuera ses défenses naturelles, mes hallebardes gominées transperceront de part en part l’assaillant qui meurt, m’a dit Fred, quasiment sur le coup et dans d'horribles souffrances !
— Le Covid trépasse ?! Perforé par tes moustaches ? Chéri, tu... tu... es sûr ? C’est incroyable.... La Nature est décidément bien faite. Je respire. Je me sens protégée ! Oh ! mon amour, dès que nous pourrons nous revoir, après ces 8 jours de confinement insupportables...
— Ces 8 nuits surtout !
— Jour et nuit, mon trésor. Oui, oui, très bientôt, nous pourrons à nouveau vérifier, en le vivant, notre mantra pilaire qui nous a toujours porté bonheur : « Un baiser sans moustache...
—... est une soupe sans sel ! » Je sais. Je confirme. Je t’aime, Anne.
— Je t’aime, Aramis.
— Prends bien soin de toi, ma douce.
— Toi aussi, fringant mousquetaire. Et par amour pour moi, please, en pensant très fort à moi, surtout au moment des préliminaires, dès qu’ils reviendront comme le printemps, n’oublie pas ta cire à moustache puis caresse-les, tortille-les, vrille-les, durcis-les et surtout, surtout, pour sauver ton amoureuse, aiguise tes glorieuses !

Ecrit à Boulogne, en hommage à mon Maxou, le 26 mars 2020.
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Randolph · il y a
Pathétique, oui ! Éthique ? Qu'importe dans la virtualité virtuelle !
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Bellinus Bellin · il y a
Chamfort disait : "La plus perdue de tes journées est celle où tu n'as pas ri." Bon dimanche, Randolph ! Et pour rire encore un peu, c'est par ici, pondu ce matin :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/branle-bas-de-combat-au-vatican-pour-terrasser-satanum-coronavirum

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