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« Il n’y a pas de honte à être heureux. »
Noces à Tipasa, Albert Camus.


Allongé sur la plage, le regard à fleur de sable, dans un océan de dunes, je trace une piste avec mon doigt et tu me parles de Corine. Mon esprit part en voyage et tu me dis que Corine est en pleine dépression. La piste après un détour revient vers ma serviette. Je trace un rond avec mon index, c’est l’oasis que ma piste va traverser, avec des palmiers et de l’ombre pour une halte bienfaisante.
Tu me dis alors que l’état de santé de Corine ne semble pas m’intéresser, qu’elle n’a pas de chance dans la vie et qu’en plus sa vie sentimentale est un échec. Dans mon oasis, je commande une menthe à l’eau bien fraîche, c’est un moment de plaisir avec le monde.
Tu prétends ensuite que l’on ne peut pas laisser ton amie Corine dans cet état et qu’il faut faire quelque chose. Sous un ciel blanc de chaleur, mon index reprend sa route en longeant toute la longueur de ma serviette. Ivre d’espace, je cherche à cueillir des joies et tu me proposes d’inviter Corine jusqu’à la fin des vacances, ici, au bord de la mer, pour lui changer les idées.
Tu me demandes de répondre et je te réponds qu’il faut voir. Tu me dis que je n’ai aucun cœur.
Je m’arrête près d’une source, je bois de son eau et j’écrase entre mes doigts quelques plantes odorantes puis je reprends ma trace. Sur ma droite, j’aperçois un petit tertre, je m’arrête et je marche jusqu’à son sommet pour voir la lumière du soir commencer à revenir à la raison, mais aussi pour me nourrir de silence : le bonheur suprême. Tu prends ton téléphone et tu appelles Corine, je n’entends que des paroles lointaines et confuses et tu me demandes de lui dire quelques mots.
— Bonjour Corine, bien sûr nous serons très heureux de te recevoir, cela te fera beaucoup de bien de venir ici, je viendrai te chercher à la gare. À bientôt Corine, bises.
Je reprends ma route et lorsque je vois le grain de sel d’une première étoile, je trace un carré dans le sable, et j’entre dans la cour intérieure bordée d’arcades du restaurant d’une petite ville où m’attend un plat délicatement épicé, heureux de ce voyage de noces avec moi-même.

PRIX

Image de Printemps 2018
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Lange Rostre · il y a
Les voyages de l'esprit...
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Jarrié · il y a
Du plaisir à vous lire. Mon vote. Ma ''putain de nuit'' est lisible sue nouvelles, si le coeur vous en dit ? Bonne soirée
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Marie · il y a
Votre texte m’a énormément plu. Je trouve fascinante cette rêverie et ce voyage au bout des doigts. La dualité du narrateur m’intéresse : un peu égoïste, comme le suggère sa compagne ou trop souvent privé de son élément essentiel : le silence, «le bonheur suprême » ? Belle allusion au livre de Camus.
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Kiki · il y a
j'aime dessiné dans le sable. Ces dessins éphémères... vivre autre chose. Bravo. Mes voix pour cet écrit.

Je vous invite à aller lire le poème les cuves de Sassenage et vous guiderais dans les entrailles de celles ci. Merci d'avance et à bientot.

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Flore · il y a
Je pense à Camus en lisant ce texte, le bheur, si difficile à fréquenter. Bravo.
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Patrick Peronne · il y a
Vivre dans sa bulle ou vivre en étranger ? La tonalité de votre très bon texte me rappelle quelqu'un... Mon vote
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Zouzou · il y a
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Violette · il y a
Comme ça fait du bien de vivre dans son petit monde .......... et laisser glisser tout le reste !
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Florence Duquesne · il y a
"Il n'y a pas de honte à être heureux", il y aura toujours la guerre quelque part alors la dépression de Corine... Voté
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Jean Calbrix · il y a
Un très beau texte sur un rêveur impénitent ! Bravo, Felix ! Vous avez mes cinq votes.
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