Conte sur le lac vert

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« Fin, feint, faim sont des homophones, qui peut m'en citer d'autres ? »
Alors que le maître interrogeait Léonie, le regard de Juliette fut attiré par une boule de lumière au loin. Intriguée elle se dit qu'elle enquêterait après l'école. Elle habitait Bilieu, avec sa maman et son petit frère Joseph. A la mort de son papa, ils avaient emménagé dans un cabanon sur un terrain en haut du village. Quand la sonnerie retentit, Juliette se hâta de rejoindre le lieu de rendez-vous habituel avec Jojo et Miso, Marie-Rose de son prénom, sa meilleure amie. Elle remonta la rue, passa devant le cimetière et l'église, qui d'un autre âge semblait en toute humilité abriter les âmes du monde entier. Puis elle emprunta le chemin qui longeait le stade du village d'où l'on apercevait facilement le lac majestueux, qui s'étendait de Charavines à Paladru. Les bogues des châtaigniers brunissaient, laissant entrevoir les prémices des couleurs de l'automne se mêlant aux verts éclatants des champs alentour. Juliette s'enfonçait maintenant dans les bois et humait, à en frémir des narines, l'odeur des champignons, et plus particulièrement ses préférés : les trompettes des morts. Elle aimait cette tranquillité, cette quiétude.
Son frère et Miso était déjà arrivés. Elle leur raconta la lune qui tombait vers le lac, la lumière qui s'immobilisait en haut du grand sapin de Monsieur Passage. Ce après quoi les deux autres tremblèrent tant il leur faisait peur. Ils suivirent malgré tout l'aventurière à contre cœur. La route qui menait du Grand Bilieu au petit Bilieu était magnifique. Dénuée d'arbres, elle offrait une vue à couper le souffle sur le lac. Les trois enfants tournèrent à droite après le café Perrin et entamèrent la grande descente qui menait au lac. Arrivés en bas ils traversèrent la route et escaladèrent la clôture qui entourait la maison du vieux fou. De l'autre côté tout paraissait n'être que cauchemar. Le sol jonché de caillasse ne laissait pas de place à l'éclosion de la nature et ses couleurs. Seul le sapin avait résisté,Juliette se désigna pour y grimper, elle en avait l'habitude, et n'eut aucun mal à atteindre le sommet. La plus grosse truite arc-en ciel qu'elle ait jamais vu la regarda et se mit à parler :
« Je suis l'esprit du lac, je vis habituellement dans son reflet mais des événements terribles m'ont obligés à intervenir. Dans la maison en dessous se cache la mort, la destruction, le mal. Il a enlevé dix pêcheurs qu'il a enfermé dans une grotte sous la maison et les force à briser la chaîne qui relie le lac à la Terre. Si cette chaîne se brise, l'eau du monde entier ne pourra plus nourrir cette planète et elle mourra. Résous ma complainte et fais le bon choix :

Tu as entendu mon cri et couru me sauver
Chez moi tu dois me renvoyer
En formulant un et un seul vœu
Qui rendra tout le monde heureux »

Et le poisson se tut.
Soudain les hurlements de Miso et Jojo déchirèrent le silence et l'arbre commença à trembler puis à vibrer. Elle se mit à réfléchir à toute vitesse... « la complainte...formuler un vœu...renvoyer l'esprit chez lui mais comment ? » Elle attrapa le poisson et s'apprêta à le jeter de toutes ses forces dans le lac en faisant le vœu de libérer son père, car elle était sûre qu'il était un des prisonnier, puis au dernier instant elle se ravisa.
« Non, il m'a dit qu'il vivait dans son reflet. Je ne dois pas me fier aux apparences, ce n'est pas un vrai poisson mais un esprit...le reflet du lac...c'est... c'est le ciel ! Mais oui c'est pour ça que j'ai cru voir la lune tomber, il vient du ciel ! Ok je sais où le renvoyer et pour le vœu je ne peux pas demander de ne sauver que mon papa...je crois que j'ai compris, j'espère... ». Elle serra l'esprit de toutes ses forces puis le propulsa dans les airs et les larmes au fond du cœur elle cria : « je souhaite que le monstre du dessous n'ait jamais existé ! ».
Aussitôt le silence se fit. Juliette n'était plus dans l'arbre, tout simplement car il n'existait plus, tout comme la clôture, la maison et sans aucun doute la grotte. A la place se tenait un petit terrain prolongé par un ponton de bois qui s'avançait sur le lac. Juliette avança sur le ponton,le lac étincelait sous le soleil. Elle le vit comme pour la première fois. Elle avait l'impression d'être un univers devant tant de beautés. Elle contemplait le ciel bleu clair et les collines vert émeraudes qui l'entouraient en écoutant le chant des sarcelles et le cri des grèbes. L'eau toujours aussi mystérieuse, mais tellement transparente, accueillait au milieu des roseaux un couple de foulques et plus loin la danse de deux cygnes entrelacés complétait ce tableau merveilleux. C'est alors qu'elle l'entendit une dernière fois :
« Merci Juliette, tu as sauvé le lac et ainsi toutes les vies humaines. Pour vous rappeler que le mal reviendra si vous ne prêtez pas attention à ce qui vous entoure et aux autres également, je laisse son souvenir au fond du lac... la vase sera là, mais n'aie crainte l'eau pure elle, est bienfaisante ! Maintenant tu peux te reposer ». Et Juliette se blottit sur le ponton et s'endormit au rythme des clapotis.
C'est la douce odeur de la quiche aux oignons qui la réveilla. Elle était chez elle, un stylo à la main, devant la rédaction qu'elle devait rendre au maître le lendemain. Elle n'en revenait pas, tout cela n'était donc qu'un rêve? Les larmes aux yeux elle finit sa rédaction, mais le début ne lui convenait pas, trop simple ou trop compliqué, elle n'aurait su le dire. Alors elle entendit maman et Jojo rirent dans le salon et se dirigea vers eux en maugréant : « Maman, comment tu commencerais une rédaction dont l'intitulé est -Raconte la nature, ses paysages et ses merveilles- ? »
Et c'est là, à l'entrée du salon qu'elle le vit, assis sur le canapé, Jojo sur ses genoux , sa maman à ses côtés comme si rien n'avait changé. Il la regarda, les yeux souriants et tendres et lui dit : « Commence par il était une fois... ! ».
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Keith Simmonds · il y a
J'aime la beauté de ce conte avec sa jolie chute! Bravo! Mon vote! Merci de venir faire un tour sur ma page pour lire et soutenir, si vous les aimez, “Coups de Vent”, “Un Soir Retentissant”, “Je Voudrais Bien t’Aimer Encore” et “Paradis Reconquis”! Bonne soirée et bonne chance!
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Un très joli conte, bien dans l'atmosphère du lieu qui nous entraîne de rebondissement en rebondissement jusqu'à cette bien jolie chute !