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Conte oriental pour jeune fille de bonne famille

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Danny Mienski

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Il était une fois une très laide jeune fille, Yo-Zet, de la noble famille des Zi, dans l’Empire du Milieu. Ses parents désespéraient de jamais lui trouver un mari qui acceptât de payer sa dote. Yo-Zet était une jeune fille à épouser en l’état, ni reprise, ni échangée.

Deux rues et trois temples plus loin vivaient les Tsu, une autre noble famille du même Empire qui était toujours au Milieu. Les Tsu avaient eu la chance d’avoir sept enfants très beaux. Le fils aîné des Tsu, Maï-Kheul, devait hériter des terres de ses honorables parents à sa majorité, sous le regard envieux de ses six frères et sœurs. Le prince Maï-Kheul était non seulement promis à une vie de faste et de bling-bling, mais aussi à l’honorable honneur de faire tuer ses honorables frères par les yakusas de l’époque, les honorables Samouraïs.

Malgré cela, Maï-Kheul Tsu était triste. Il était amoureux de la très laide Yo-Zet Zi. Il ne trouvait pas étrange d’embrasser son bec de lièvre et de caresser son crâne à moitié chauve. Il ne faisait pas attention aux poils qui poussaient sur ses verrues et ne s’offusquait pas de son regard fuyant, qui était dû à son strabisme divergeant. Yo-Zet avait un cœur pur comme le cristal le plus pur, une voix mélodieuse comme un chant d’oiseau, et une peau très douce, comme une peau de lapin. Mais les parents de Maï-Kheul se refusaient à un pareil mariage. Ils ne voulaient pas voir leurs beaux enfants épouser une Zi. Ils disaient avec perfidie que les Zi sentaient mauvais et qu’il allait se ruiner en parfums pour couvrir son odeur de cage à lapin.

Au fond, pensait Maï-Kheul, sa famille n’était qu’une bande de bourgeois réactionnaires. Il décida de sécher ses belles larmes sur ses belles joues roses et se leva avec la ferme intention de demander la main de Yo-Zet à ses parents.

Il sauta dans son char rouge, tiré par huit chevaux qui ne mangeaient que six bottes de foin au kilomètre, et trotta avec vigueur sur le chemin qui séparait le palais des Tsu du palais des Zi. En le voyant partir, ses frères ricanèrent en douce et allèrent tout rapporter à leurs parents.

Maï-Kheul traversa deux rues sous les hourras du peuple, car Maï-Kheul était non seulement riche et beau, mais aussi très aimé de la Chine d’en-bas. Les gens pensaient que Maï-Kheul défilait sur son char parce que ses parents étaient enfin morts et s’empressaient de lui offrir des litchis et des gâteaux de riz à son passage pour obtenir ses faveurs.

Maï-Kheul les ignora superbement. Il pensait à sa future femme. Il passa devant trois temples dédiés au Bouddha, au Vieillard sous la Lune et à l’Empereur Jaune. Au Bouddha, il offrit une poignée de litchis ; au Vieillard sous la Lune, il offrit les gâteaux de riz. Il n’avait plus rien à offrir à l’Empereur Jaune, alors il laissa sur l’autel un ticket-restaurant. Les moines virent dans sa ferveur religieuse un bon signe pour l’avenir et lui dirent au revoir en se frottant le ventre.

Il arriva bientôt devant le Palais des Zi. Deux gardes rouges armés de nunchaku se frottèrent le nez et lui firent signe d’avancer. Le prince mit le frein à main et descendit de son char.

— Plus un pas en avant, Prince Tsu !
— Je dois voir les parents de Yo-Zet.
— C’est interdit !
— Interdit ?
— Non, pour vous, c’est autorisé.
— C’est vrai ?
— Non. C’est interdit.

Les deux gardes rouges rigolaient aux dépends du Prince.

— Mais pourquoi les gardes rouges sont-ils si méchants ?
— Parce que !

La princesse Yo-Zet, peut-être laide mais pas sourde, reconnut la voix du prince et sortit à la fenêtre. Elle lui expliqua qu’un messager, envoyé par les Tsu, était arrivé peu de temps avant lui au palais. Celui-ci, après avoir bu un verre d’eau parce qu’il avait couru plus vite que les huit chevaux du prince, défendit à la famille Zi de recevoir le prince Tsu dans leur palais, sinon ce serait la guerre ! Or, l’Empire du Milieu n’avait connu ni guerre civile, ni révolution, ni acte terroriste depuis mille générations, et il n’était pas question de déroger à la règle qui faisait que le monde tournait rond, même si Yo-Zet était moche.

Le prince exigea de parler aux parents de Yo-Zet, même s’il devait pour cela dormir devant la grille du palais. Or, il était inconcevable de laisser un prince dormir sur le sol, sans tisane et sans oreiller. La famille Tsu pourrait se sentir déshonorer et trouver un nouveau prétexte pour faire la guerre à la famille ZI.
Les parents de la jeune Yo-Zet descendirent aux grilles du palais. Maï-Kheul, qui n’était pas seulement beau, riche et aimé du peuple, mais aussi très intelligent (c’est énervant, n’est-ce pas ?), leur proposa d’organiser les fiançailles en dehors du palais. Ainsi, ils ne l’auraient jamais reçu à l’intérieur de l’enceinte et la famille Tsu ne serait pas déshonorée. La paix serait maintenue dans l’Empire du Milieu, les mandarins continueraient se s’enrichir sur le dos des pauvres et tout le monde serait heureux.

La famille Tsu trouva la solution acceptable et organisa les fiançailles de la très laide Zi avec le très beau Tsu. Les voyant si heureux, la famille Tsu finit par céder et aida la famille Zi à organiser le plus beau mariage que l’Empire ait jamais connu.

Peut-être aurez-vous deviné quel cadeau de mariage la famille Tsu offrit aux jeunes mariés ? Des vasques remplis de parfums, évidemment !

Ainsi, chère jeune fille, il ne faut jamais désespérer. Même si vous êtes très laide, rassurez-vous, il aura toujours un beau Tsu pour vous aimer.
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