Conscience

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« La mouvance du retour à l'essentiel est à la mode. Elle porte des campagnes publicitaires majeures à l'avantage de marques dont les produits nous éloignent justement de l'essentiel.
Positionnement paradoxal qui s'avère efficace. Pour une raison évidente :
Nous percevons aisément que nos instincts tendent vers ces représentations de nature, de voyage, de pureté, de perpétuité.
À contrario, la nécessaire protection et facilité qui berce nos vies, nous pousse à rechercher l'essence accompagnés des armes qui la détruisent.
Cette perspective a de quoi nous enchanter :
D'un côté un retour originel à la nature etc, de l'autre l'accompagnement bienveillant de millénaires d'évolution et de technologie, matérialisés dans un ou plusieurs objets guides.
Le premier fait notre bonheur ; le second le libère du doute ( «je suis heureux heureux regarde, j'ai la preuve en photo et je la publie»).
Cet objet, synonyme d'assurance et gage de dominance sur le naturel, comporte notre avis sur le monde. Composant à la fois sécurité et vérité, il est notre assistance à l'environnement, notre possession. Il fait montre à notre place d'une grande maturité, et nous permet à travers lui l'expression d'un avis sur tout.
Progressivement donc, l'analyse moyenne d'un individu se proportionne à la moyenne des objets dont il a besoin pour exister. La notion d'identité dont on parle si souvent avec tant de verve, se réduit à l'emploi d'artifices.

L'intelligence est d'abord une liberté physique : dépenser son être et non assister sa progression. Se départir du monde pour délaisser ses certitudes de masse.
Le temps est la physique consciente des limites : l'espace diminué l'accélère ; l'espace libre le ralentit.
L'énergie se dépense, elle ne s'acquiert pas.
Pour l'explorateur, l'exploration se borne aux ressources personnelles qu'il sera capable d'investir. Aux correspondances qu'il sera capable d'établir avec l'immuable. Au temps propre tissé de vérités particulières qu'il révélera. Elle ne se situe pas forcément en voyage, mais uniquement dehors, en dehors. Celui qui voyage tout compris ne voyage pas, au mieux il se divertit, en réalité il accessoirise sa personne. Il pourra dire qu'il a été là, qu'il a vu ça. Point, retour à la ligne.
Qui s'étonnera de rendre une vie accessoire quand son but ultime est d'accessoiriser sa vie, toute naïvement caressée par la nouveauté, le pratique, le tout disponible, le style ou le statut ?

Nous voudrions tant exister, laisser une trace, une empreinte. Nous voudrions dire et être écoutés.
Nous octroyer ce loisir de l'expression dans un cadre respectueux et humain: tel est l'apanage des lois, de l'administration du progrès.
Pourtant, on ne respecte fondamentalement pas les lois mais ce qu'elles représentent : la peur qu'il n'y en ait aucune. De même pour le progrès : la peur qu'il n'y ait ni début ni fin.
C'est pourquoi nous nous jetons dans le combat inverse, définir tout, légiférer tout. Combler pour ne plus apercevoir de vide, rendre imperméable. Sur le modèle du rapport d'objet à consommateur, la loi remplace donc la responsabilité morale.
Or, il ne peut subsister aucune représentation de l'essentiel, aucun chemin vers autrui, ni rien de foncièrement commun qui nous attache à l'altérité, quand une réalité de masse remplit toutes les craintes et instincts particuliers. Il ne peut y avoir de respect où il n'y a plus de doute intime. C'est cela la source de l'individualisme et du repli. Car enfin, un monde capable d'intégrité naît par l'intimité profonde de ceux qui le perçoivent.
Si la quête demeure commune, la révélation arrive solitaire.
Et vivre ensemble c'est douter des lois. »
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Eddy Bonin · il y a
Oui, le vivre ensemble... J'ai lu cette nouvelle avec beaucoup de plaisir et vous ai donné mes voix.
N'hésitez pas à en faire de même si, seulement, ma nouvelle vous plait :) Un voyage au Japon en 3 minutes chrono : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-main-tendue-4

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zacharie delmas · il y a
c'est fait, un récit qui fait du bien, bravo !
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Chantane P. · il y a
Restons a l’essentiel....
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Joëlle Brethes · il y a
Belle réflexion…